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du maléfice dont on ne doutait point que le roi ne fût victime, et se réjouirent de leur arrestation. Les deux sorciers assuraient qu'on pouvait par le simple attouchement faire tomber quelqu'un en démence, et le bruit courait qu'on avait vu plusieurs fois ce barbier seul et à une heure suspecte près du gibet de Paris. On soupçonnait qu'il y prenait de quoi opérer des sortilèges ou faire du poison. Nous croyons que toutes les accusations du vulgaire contre ces malheureux étaient mal fondées. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après les avoir laissés longtemps en prison, on les remit en liberté, et on leur permit d'habiter comme auparavant leur quartier, sans qu'ils eussent souffert aucun dommage dans leurs personnes ou dans leurs biens.

CHAPITRE III.

Promotion de quelques seigneurs à des offices de la cour.

Vers la fin de ce mois, le roi, qui avait recouvré la santé, pourvut à la nomination de quelques charges devenues vacantes à la cour. Il nomma grand-bouteiller de France, à la place de messire Enguerrand de Coucy, mort à son retour de Hongrie, messire Jacques de Bourbon, cousin du duc de Bourbon, qui prêta, selon l'usage, serment de fidélité, le 27 juillet. Messire Hutin d'Aumont fut créé garde de l'oriflamme, pour succéder au fidèle chevalier messire Guillaume des Bordes, qui avait été, disait-on, empoisonné. Il prêta publiquement serment de fidélité dans l'hôtel royal de Saint-Paul, en présence des rois de France et de Navarre, des ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, et d'un grand nombre d'autres seigneurs. Mais comme ledit sire Guillaume des Bordes n'avait jamais déployé l'oriflamme depuis qu'elle avait été remise entre ses mains, et l'avait toujours gardée chez lui, le roi, jugeant qu'il n'en devait pas être ainsi, ordonna au nouvel officier de la porter à l'église de Saint-Denys, pour qu'elle y fût conservée, suivant l'ancienne coutume, jusqu'à ce qu'on en eût besoin. Conformément aux ordres du roi, messire Hutin d'Aumont se rendit.

indignum reputavit, novo vexillifero precipiens ut illud ad ecclesiam beati Dyonisii deferret, et ibidem servaretur, donec eo indigeret, morem antiquum servando. Qui, sequenti luce, regiis obtemperando mandatis, ad ecclesiam veniens, et in presencia prioris et conventus, abbate tunc absente, illud super altare martirum integrum demonstravit, et post missarum solemnia ad cameram thesauri veniens, illud cum vestimentis regalibus reposuit conservandum.

Ab isto iterum mense tribus aliis transactis, cum rex in ecclesia beate Marie Parisiensis, pro conestabulario domino de Couciaco, domino Guidone de Trimoulla et ceteris qui in Hungaria obierant, fecisset solemnes exequias celebrari, consilium habuit cui miliciam suam posset committere. Nec diu post, dominum Ludovicum Sacri Cesaris, tunc marescallum, consensu et favore avunculorum suorum ducum, comitum et baronum astancium, conestabularium instituit, emeritum utique militem et fidelem, sibi post fidelitatis juramentum regium ensem concedens. Quamvis is esset facie dispicabili, et oculis aliquantulum obliquis, nec tamen ad indecentem modum, tot tamen bonis moribus conspicuus, et actibus insignis militaribus erat, ut inter ceteros milites reputaretur fulgor inextinguibilis probitatis. Loco autem ejus dominum Boussicaudum, qui et Johannes Lemaingre vocabatur, precipuum marescallum Francie ordinavit. Qui quidem pusillus statura, sed membris plenioribus robustus valde, in consiliis quidem promptus, animo tamen preceps, in agendis impetuosus et in ira modi nescius existebat.

le lendemain à l'abbaye. Là, en présence du prieur et du couvent, car l'abbé était alors absent, il plaça l'oriflamme sur l'autel des martyrs, et la fit voir tout entière. Puis, après avoir entendu la messe, il monta dans la chambre du trésor et y déposa la bannière, pour qu'elle y fût gardée avec les ornements royaux.

Trois mois après, le roi fit célébrer dans l'église de Notre-Dame de Paris un service solennel en l'honneur du connétable messire de Coucy, de messire Guy de la Trémoille et des autres chevaliers morts en Hongrie. Il tint ensuite conseil pour décider à qui il confierait le commandement de ses armées. Du consentement et sur la demande des ducs ses oncles, des comtes et des barons de sa cour, il donna la charge de connétable à messire Louis de Sancerre, chevalier d'une fidélité éprouvée, et lui remit l'épée royale, après avoir reçu son serment. Messire Louis de Sancerre avait les yeux de travers; sa figure était laide, mais n'avait rien de désagréable. Il était du reste si recommandable par ses bonnes moeurs et s'était signalé par tant d'exploits, que tous les chevaliers le regardaient comme la perle des braves. Le roi lui donna pour successeur dans l'office de premier maréchal de France messire Boucicault, qu'on appelait aussi Jean le Maingre. C'était un homme de petite taille, mais fort et robuste; il était résolu, mais emporté; actif, mais impétueux, et ne savait garder aucune mesure dans sa colère.

CAPITULUM IV.

De nupciis filii ducis Britanie et filie regis.

Tricesima die primi mensis suprascripti, rex Karolus, cum ducum, baronum et militum nobili comitiva, in domo regali de Luppara solemnitatem nupciarum Johannis comitis et domine Johanne filie sue iterari statuit hac de causa. Nuper namque, ut dictum est, sponsalia celebrata fuerant solemniter, quia pappa dispensaverat de gradu consanguinitatis cum partibus. Sed quia bulla non faciebat mencionem de nubencium etate qui adhuc impubes erant, papali rescripto propter hoc iterato, eciam iterata est solemnitas nupciarum.

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CAPITULUM V.

Richardus rex Anglie occidi fecit avunculum suum et cognatum.

Dum rex Anglie Richardus pactum indissolubilis amicicie pepigisse cum rege Francie gloriatur, inde audacior factus regnicolarum suorum injurias, qui contra se anno isto pluries arma moverant, non amplius dissimulare censuit, sed repettere vindictam. Sciens tamen tam temerarios ausus ex opum nimia habundancia processisse, graves et insolitas exactiones super plebem imposuit. Qui vero fautores et duces principales concionum predictarum extiterant, ignominiosa morte censuit condempnandos, eciam si de regali prosapia existerent. Inter principes factionis inique dux Glocestrie, ipsius regis patruus, et comes Darondel erant precipui ; et hii anno preterito contra ipsum et consiliarios suos conspiraverant, ut dictum est, et comes dictus

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CHAPITRE IV.

Mariage du fils du duc de Bretagne avec la fille du roi.

Le 30 juillet, le roi Charles fit renouveler la cérémonie des noces du comte Jean de Bretagne et de madame Jeanne sa fille, dans sa maison royale du Louvre, au milieu d'une brillante assemblée de ducs, de barons et de chevaliers. Les fiançailles avaient été naguère, il est vrai, célébrées solennellement, ainsi qu'il a été dit, après que le pape eut accordé la dispense pour le degré de parenté des deux parties. Mais comme la bulle ne faisait pas mention de l'âge des fiancés, qui n'étaient pas encore nubiles, on avait demandé et obtenu un nouveau bref pontifical. Ce fut pour cette raison qu'on recommença la cérémonie des

noces.

CHAPITRE V.

Richard, roi d'Angleterre, fait mettre à mort son oncle et son cousin.

Le roi Richard d'Angleterre, enhardi par le traité de solide amitié qu'il se félicitait d'avoir conclu avec le roi de France, ne crut pas devoir fermer plus longtemps les yeux sur les injures de ses sujets, qui avaient plusieurs fois cette année pris les armes contre lui, et se disposa à en tirer vengeance. Sachant que leurs audacieuses tentatives provenaient de l'excès de leurs richesses, il accabla le peuple d'exactions extraordinaires et insupportables. Quant à ceux qui avaient été les fauteurs et les principaux chefs des soulèvements, il résolut de les faire périr de la mort des traîtres, fussent-ils du sang royal. A la tête des factieux se trouvaient le duc de Glocester, oncle du roi, le comte d'Arundel et le comte Maréchal' qui, comme nous l'avons dit, avaient conspiré l'année précédente contre le roi et son conseil. Mais

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