Imágenes de páginas
PDF
EPUB

LIV. XXI. Robert, ainsi élevé à l'empire, se disposa malgré son grand âge à aller à Rome avec une nombreuse armée de ducs, de barons et de gens de guerre, pour obtenir par la force les autres insignes de la dignité impériale. Mais il rencontra en chemin un obstacle imprévu. Le seigneur de Milan, qui avait été récemment investi du titre de duc par le roi de Bohême, rassembla les troupes de mercenaires étrangers qu'il avait pris à sa solde pour affermir sa tyrannie, et s'opposa au passage du nouvel du nouvel empereur. Il n'entre point dans notre sujet d'écrire l'histoire des empereurs; nous ne devons en parler qu'incidemment et en peu de mots. Cependant il est de notoriété publique que par suite de la résistance du duc de Milan l'empereur ne put aller à Rome, et ne signala son voyage par aucun exploit. Il fit de vaines tentatives pour s'emparer de quelques villes qui avaient dépendu jadis de l'empire, et combattit sans succès les troupes dudit duc. Cette guerre lui coûta un grand nombre d'hommes, des sommes énormes et tous ses joyaux. Enfin, voyant l'hiver approcher et craignant que ses troupes ne mourussent de faim, il s'en retourna couvert de honte et de confusion avec les débris de son armée.

CHAPITRE IX.

Le roi fait don du comté de Foix au captal de Buch'.

Avant la fin du mois de février, l'illustre et vaillant chevalier gascon que l'on appelait le captal de Buch, voulant accomplir la promesse qu'il avait été naguère contraint de faire au connétable de France, se rendit à Paris auprès du roi, et lui jura fidélité envers et contre tous, en présence des ducs et des barons de sa cour. D'après le conseil de ces seigneurs, le roi lui rendit, ainsi qu'il avait été convenu, les deux fils qu'il avait donnés en ôtage, et lui céda même

[merged small][ocr errors][merged small]

cibus pluries exposcerat, et sibi debitum consanguinitatis jure comitatum Fuxinensem eidem et successoribus concessit perpetuo possidendum. Munus diu peroptatum, concomitante milicia assistenti, cum graciarum actionibus acceptavit. In signum exuberantis leticie, et ut ceteros milites ad amorem alliceret, peractis hastiludiis et jocis militaribus, solemne prandium regi et suis obtimatibus celebravit. Hic, grandevus existens atque famosus, hucusque regem Anglie coluerat, ad quem forsitan deserendum et ambicio comitatus et excecrabilis intronizacio ejus commoverat. Sed de fidelitate successorum plurimum dubitabatur. Nam sicut per fide dignos habui pro comperto, dum in regis et dominorum Francie curiis dulciter et amicabiliter filii ejus tractabantur, antiquiori junior mortem sepe minatus est, si se redderet Gallicum, leopardum semper liliis aureis preferendo. Hac de causa, post ejus obitum, antiquiorem filium comitem designavit. Et cum regi de dominio predicto fidelitatem manualiter exhibuisset cum pacis osculo, totum quod in Gasconia possidebat sue subdidit dicioni, promittens quod in brevi castrum de Bouteville et quedam alia sibi subderet, ne amplius occasione ipsorum regnum dampnificaretur. Auctoritate quidem ejus multi exquisiti pugiles et acephale conciones, in armis tamen strenue, predicta custodiebant, que viatores spoliantes usque ad viginti leucas agrestes accolas ad pastum annuum quinquaginta milia scutorum auri cogebant.

Regi tum et ducibus vale dicto, quia sciebat gentem illam tantum questum nolle sponte amittere, quamdiu oppidorum custodia potirentur, cum vires non suppeterent ut quod promiserat de facto adimpleret, difficultatem tali supplevit astucia. Ad sodales namque de Bouteville, qui tractatum penitus ignora

à perpétuité pour lui et pour ses successeurs le comté de Foix, qu'il avait plus d'une fois réclamé instamment comme lui appartenant par droit d'héritage. Le captal reçut avec la plus vive reconnaissance cette faveur si long-temps désirée, et les chevaliers de sa suite joignirent leurs remerciments aux siens. Pour témoigner toute la joie qu'il en éprouvait et pour s'attirer l'affection des chevaliers de France, il donna à la cour le spectacle d'une joûte et d'un tournoi, et offrit un magnifique festin au roi et aux principaux seigneurs. Ce comte, qui était déjà vieux et qui jouissait d'une haute renommée, avait jusqu'alors servi le parti du roi d'Angleterre. Le désir d'avoir le comté de Foix et l'exécrable usurpation de Henri l'avaient peut-être déterminé à quitter ce parti. Toutefois, on avait lieu de douter beaucoup de la fidélité de ses successeurs. Des personnes dignes de foi m'ont assuré que, pendant le séjour de ses fils à la cour du roi et des seigneurs de France, où ils étaient traités avec beaucoup d'égard et d'amitié, le plus jeune, qui préférait toujours le léopard aux fleurs de lis, menaça plusieurs fois son frère aîné de la mort s'il se faisait Français. Aussi le captal désigna-t-il son fils aîné pour héritier du comté après sa mort. Il prêta serment de fidélité entre les mains du roi pour lesdits domaines, et après avoir reçu et donné le baiser de paix, il lui fit aussi hommage de toutes les terres qu'il possédait en Gascogne, et promit de remettre bientôt en son pouvoir le château de Bouteville et quelques autres places, qui avaient été jusqu'alors une occasion de désastres pour le royaume. Il avait en garnison dans ces places des hommes d'élite et des bandes indisciplinées, mais aguerries, qui détroussaient les voyageurs et faisaient des courses jusqu'à vingt lieues à la ronde, tirant chaque année des habitants près de cinquante mille écus d'or de contributions.

Le comte savait que ces gens seraient peu disposés à renoncer à de tels avantages, tant qu'ils seraient en possession de la garde de ces places; comme il n'avait pas assez de forces pour réaliser sa promesse, il eut recours à la ruse. Après avoir pris congé du roi et des ducs, il se dirigea à grandes journées vers le château de Bouteville, et manda

bant, magnis itineribus contendens, eos ilico evocavit; qui, cum obtemperassent mandato, credentes quod eorum auxilio indigeret, mox clam ipsis derelictis castrum cum sua comitiva modica occupavit. Iterum autem, cum de inopinato recessu mirarentur et castrum repetere maturarent, eis introitum denegavit, seque fidelem regi Francie effectum asserens, monuit ne de cetero pastum exigerent consuetum, nec sub pena suspendii deinceps de occupatis oppidis exeuntes, erupciones facerent in prejudicium Gallicorum.

CAPITULUM X.

De brachio sancti Benedicti et capite ipsius concessis ecclesie.

In anno Domini millesimo trecentesimo nonagesimo quarto inseruisse recolo inclitum ducem Biturie, Johannis quondam regis Francie filium, patruumque nunc agentis in sceptris, de reliquiis Hylarii gloriosissimi confessoris ab ecclesia beati Dyonisii, ubi corpus ejus sanctissimum requiescit, cum magna difficultate recepisse, promittens quod de parte capitis beatissimi Benedicti et ejus brachio recompensaret ecclesiam. Ex tunc ad honorem Dei ac tam sanctissimi patris, ponderis ducentarum et quinquaginta marcharum argenti figuram episcopalem unum brachium tenentem capitellisque deauratis circumdatam subtiliter fabricari preceperat, auro quoque et preciosis ornari lapidibus ad reponendum reliquias sacrosanctas.

Ut tante representacionis munus decencius offerretur, ad hoc diem qua mense martis hujus almi confessoris celebratur solemnitas, dignum duxit eligere, rogans regem et de regali sanguine procreatos ut tunc in ecclesia beati Dyonisii presencialiter dignarentur interesse. Cum comitiva tam insigni, die

près de lui les gens de la garnison, qui ignoraient l'engagement qu'il avait pris; ceux-ci obéirent, dans la pensée qu'il avait besoin de leur assistance. Aussitôt le captal les quitta secrètement et alla s'emparer du château avec une poignée d'hommes. Les gens de la garnison, surpris de son départ inattendu, retournèrent en toute hâte vers le château; mais il leur en refusa l'entrée, leur déclara qu'il avait juré fidélité au roi de France, et leur enjoignit sous peine d'être pendus de ne plus exercer leurs extorsions, et de ne plus sortir de leurs places fortes pour ravager le pays de France.

CHAPITRE X.

L'église de Saint-Denys reçoit en don le bras et la tête de saint Benoît.

Je me souviens d'avoir mentionné en l'an du Seigneur mil trois cent quatre-vingt-quatorze que l'illustre duc de Berri, fils du roi Jean et oncle du roi aujourd'hui régnant, avait à grand' peine obtenu de l'abbaye de Saint-Denys une portion des reliques du très glorieux martyr saint Hilaire, dont le corps est déposé dans cette abbaye, et qu'il avait promis de donner en retour une partie de la tête et un bras de saint Benoît. Pour enfermer ces saintes reliques, il fit faire cette année, en l'honneur de Dieu et d'un si grand saint, une figure de l'évêque du poids de deux cent cinquante marcs d'argent, qui tenait un bras à la main, et qui était toute couverte de draperies d'or, toute semée d'or et de pierres précieuses.

Pour donner plus d'éclat à cette magnifique offrande, le duc choisit le jour de la fête de ce glorieux martyr, qui se célèbre au mois de mars, et pria le roi et les princes du sang de vouloir bien assister en personne à la cérémonie dans l'église de Saint-Denys. Au jour fixé,

' Il faut lire mil trois cent quatre-vingt-treize Voir ci-dessus, livre xiv, chap. xvi, p. 117.

« AnteriorContinuar »