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DISCUSSIONES

LES " THEOREMATA" DE SCOT

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La compilation qui figure dans les cuvres complètes de Scot sous le titre « Scoti Theoremata subtilissima », est-elle, comme l'assure l'éditeur Wadding, certainement sortie de la plume de Jean Duns Scot? ou bien, des raisons d'un grand poids peuvent elles être invoquées, qui fassent ranger cette composition parmi les spuria Scoti opera?

Que les Théorèmes soient certainement l'œuvre génuine de Scot, ou qu'ils soient certainement une œuvre supposée, la question présentée en ces termes rigoureux ne saurait être tranchée d'une manière décisive que par l'examen des Manuscrits. Car, même au cas où des preuves évidentes nous montreraient dans les Théorèmes une cuvre certainement de Scot, ou bien,, au contraire, une œuvre supposée, il resterait à voir si, substantiellement de Scot, l'æuvre n'a pas subi d'interpolations en quelqu'une de ses parties, ou si, substantiellement supposée, elle ne contient pas au moins quelques fragments, dont Scot serait en réalité l'auteur. Or tout cela ne peut apparaître dans une suffisante évidence que si l'on procède à l'examen très méticuleux des MSS.

Mais où sont aujourd'hui les Manuscrits des Theoremata? Ainsi le P. Fidelis a Fanna, qui, travaillant pour l'édition des Opera omnia sancti Bonaventurae, examina dans les Biblio

(a) SUMMARIUM: Argumentis desumptis ex critica tum externa tum interna probare intendit Auctor opus, quod sub titulo « Scoti Theoremata » in variis editionibus hucusque circumfertur, non esse authenticum sed plane spurium.

[Nota DIRECTIONIS).

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thèques de l'Europe plus de cinquante mille Manuscrits, parmi lesquels une quantité de MSS. de Scot, n'a noté nulle part avoir jamais rencontré un seul MS. des Scoti Theoremata.

Nous sommes réduits, de ce chef, à une critique externe fort incomplète; il nous reste, il est vrai, la ressource de la critique interne.

CRITIQUE EXTERNE.

I.

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Oů Wadding a-t-il pris le texte des Theoremata? En a-t-il fait lui-même une étude approfondie par l'examen comparatif des MSS.? La chose n'apparaît pas; ou plutôt, c'est exactement le contraire qui ressort des quatre lignes constituant toute la censure des Theoremata. D'ailleurs, les voici :

(Vivės, t. V, p. 1). «R. P. F. Lucae Waddingi censura. Nulli dubium opusculum hoc Scoti esse; ingenium quippe eius sapit (critique interne et ab Henrico Willoto, ab Antonio Possevino, et Ioanne Pitsaeo inter Scotica recensetur. In variis codicibus MSS. varia est dispositio, uti in suis etiam praefationibus monent Mauritius et Cavellus, qui copiosissimos adiunxerunt Commentarios » (critique externe).

Donc, pour nous en tenir à l'examen des MSS., Wadding se réfère au travail de Maurice de Port et de Cavellus, qu'il reproduit de confiance et d'après lequel la disposition des Théorèmes varie de manuscrits à manuscrits: « in variis codicibuts VSS. varia est dispositio Theorematum, ut

, in suis etiam præfationibus monent Mauritius et Carellus ». Conclusion: Wadding n'a fait, sur les MSS. des Théorèmes, nul travail de critique personnelle.

Que vaut la critique de Maurice de Port et de Cavellus, qu'il ne fait que reproduire de confiance? La valeur, en effet, de l'édition de Wadding repose tout entière sur la valeur de l'édition de Maurice de Port, de même que la valeur de celle-ci dépend des MSS. dont il édite le texte.

En quel état Maurice de Port a-t-il trouvé ces MSS. ? Laissons-le nous le dire.

Praefatio Mauritii, (Vivès, t. V, p. 3): « Textus insuper valde intricatus erat, tum ratione ordinis propositionum: tum quotationum perplexitate, et numerorum ac remissionum; tum diuturnitate temporis et scriptorum vitio, atque originalium hactenus raritate. Itaque nedum mihi, imo ipsimet auctori, ad plenum huius tractatus depuratio difficilis certe nunc esset; ut potuimus tamen cuncta disposuimus, et nunc magis declarabimus, et iuxta textum prolixius solito, instabimus; propositiones tamen ipsae et sententiae principales satis clare habentur. Difficultas fere tota est et in ordine earum, et in applicatione quotationum, et allegationum, ac verificatione earum ».

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Il se plaint de ce que le texte des MSS. rende la tâche extrêmement ardue à qui veut les déchiffrer: Textus talde intricatus erat». Le terme valde intricatus » se traduit assez bien par: «très emmêlé, très embrouillé » et cela, pour plusieurs raisons que Maurice énumère: 1) à cause de l'ordre des propositions « tum ratione ordinis propositionum »; – 2) à cause du désordre des notes marginales, de la numération des articles et des renvois «tum quotationum perplexitate et numerorum ac remissionum » ; 3) à cause de la vieillesse des copies et des fautes de copistes: «tum diuturnitate temporis et scriptorum vitio »; 4) à cause, enfin, du petit nombre des MSS. : « atque originalium hactenus raritate».

Si bien, ajoute Maurice de Port, que l'auteur lui-même aurait eu grand peine à se reconnaître dans tout ce fatras: « Itaque nedum mihi, imo ipsimet auctori ad plenum huius tractatus depuratio difficilis certe nunc esset ». Voilà pourquoi, comme nous l'avons pu faire, nous avons tout mis en ordre: « texte des propositions, titres sous lesquels nous les avons groupées et rang qu'elles tiennent, chacune, sous les titres divers : « Ut potuimus tamen cuncta disposuimus ».

De l'aveu même de l'éditeur, Maurice de Port, le texte qu'il nous présente dans les Theoremata, est un texte qu'il a trouvé confus, emmêlé, embrouillé au point que l'auteur même n'aurait pu que le plus difficilement du monde s'y reconnaître; mais texte que lui, Maurice de Port, a lu de son mieux, qu'il a travaillé, corrigé, arrangé, ordonné suivant la disposition qu'il a jugé la meilleure. Son édition est le résultat de ce travail.

Mais s'est-il préoccupé de savoir si ce texte que les rares copies lui fournissaient, non seulement embroussaillé, mais avec tant de fautes de copistes, était bien le texte même qui serait sorti de la plume de Scot? Sur ce point le silence de Maurice de Port est complet. A-t-il fait une sévère critique externe, une rigoureuse critique interne, pour s'assurer de l'authenticité du, ou plutôt, des textes manuscrits? Sur ce point capital Maurice de Port se tait.

La lecture lui a révélé, certes, de nombreuses et très graves divergences entre la doctrine marquée dans beaucoup de Théorèmes et la doctrine constamment tenue par Scot dans ses ouvrages authentiques; mais, loin que ces divergences nombreuses et graves aient amené Maurice de Port å se prononcer pour ou contre l'authenticité du texte manuscrit des Theoremata, l'on voit Maurice accepter a priori et sans critique ce texte comme authentique et, cette acceptation prononcée de confiance et les yeux fermés, se mettre en devoir de concilier la doctrine des Theoremata et la doctrine constamment professée par Duns Scot dans ses autres ouvrages. Quelles difficultés incroyables Maurice de Port trouve dans cette conciliation, il nous en fait ingénûment l'aveu.

Cavellus acceptera, lui aussi, sans critique personnelle aucune, le texte édité par Maurice comme authentique et, trouvant sans doute que la conciliation tentée par le premier éditeur ne concilie pas grand chose, il reprend le travail et se multiplie dans les explications et les conciliations. Avec quel succès ? Disons plutôt avec quelle torture cérébrale? « Scholia hactenus elaborata, magno certe labore et rerebri vexatione, tertui in multis satis intricato insereie sategi ».

Voilà donc deux hommes, les premiers éditeurs des Theoremata, Maurice (1463–1513) et Cavellus (1571-1626), qui nous offrent un texte, sans que ni l'un ni l'autre ne fassent confidence du soin qu'ils ont pris pour décider la question primordiale, celle de l'authenticité. Enfin Luc Wadding arrive qui, en 1639, s'abstient d'en

, quêter sur l'authenticité des Theoremata et se contente de nous livrer le texte élaboré par Maurice de Port et accepté de confiance par Cavellus, de nous le livrer avec l'arrange

nous

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