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CHRONIQUE.

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ALLEMAGNE ET AUTRICHE.

On annonce le prochain retour à Pékin de M. von Brandt, l'ancien ministre d'Allemagne, qui fut longtemps le doyen du corps diplomatique en Chine, mais que son mariage avec une étrangère, Miss Heard, – contrairement aux règles du corps diplomatique allemand obligea à prendre sa retraite. M. von Brandt retournerait en Chine comme délégué d'un syndicat de grands industriels allemands, et son voyage excite un grand intérêt, tant à cause de la personnalité de l'ancien ministre, dont les ouvrages attestent une connaissance approfondie du Céleste-Empire, qu'à raison des modifications qui se sont produites dans la situation générale de l'Extrême-Orient. M. von Brandt avait pour compagnon sur le paquebot Preussen, qui l'a transporté en Chine, l'ancien interprète de la légation allemande à Pékin, M. Karl Arendt, actuellement professeur de chinois au séminaire oriental de Berlin.

Hambourg, 30 décembre, 1895. Le commerce allemand se prépare à publier, à l'exemple de l'Angleterre, un journal en langue japonaise destiné à faire connaître la marchandise allemande.

Ce journal serait rédigé et imprimé à Berlin par les soins du Séminaire des langues orientales, et distribué gratuitement dans toutes les classes de la population japonaise. Les frais seraient couverts par le prix des annonces, et on pourrait établir, par ce moyen, des relations directes entre l'acheteur et le vendeur, en écartant l'onéreux intermédiaire des maisons établies au Japon.

(Agence Havas.)

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ASIE CENTRALE.

Temps, 19 Octobre 1895. Le Times publie une note, apparemment officieuse, portant que l'émir d'Afghanistan a décidé de réduire sous sa domination l'Etat montagneux du Kafiristan et que le gouvernement britannique ne s'opposera point à son projet. Déjà Abdurrhaman aurait mobilisé, sur la rive afghane du Tchitral, un corps de 5,000 hommes, soit 8 régiments d'infanterie, 1 de cavalerie, 1 batterie d'artillerie, que commande son général en chef, Gholam Hayder; il concentrerait deux autres corps dans le Kohistan et le Badakchan respectivement, et l'on peut prévoir que les Kafirs n'ont aucune chance de sauvegarder leur indépendance.

La nouvelle que l'émir Abdurrhaman, après tous les bons tours qu'il a joués aux Anglais, n'aura à vaincre aucune opposition de la part du gouvernement de la reine, est extrêmement surprenante. Le Star et d'autres organes de l'opposition radicale, estiment qu'il faut savoir lire entre les lignes de la note du Times et insinuent que le gouvernement Salisbury ne serait pas fâché de voir se produire à l'extérieur des complications qui distrairont l'opinion du spectacle des affaires intérieures : c'est pour cela qu'il laisserait avec une apparence de bonne grâce l'émir s'engager dans une aventure qui pourrait tôt ou tard aboutir à une nouvelle guerre anglo-afghane.

M. ED. BLANC, de retour d'un voyage en Asie centrale, a fait une communication à la Société de Géographie de Paris sur ses recherches. Nous en extrayons le passage suivant:

Parmi les faits archéologiques nouveaux et imprévus, figure l'existence d'une nouvelle civilisation antique: c'est celle que les Grecs paraissent avoir portée au delà du Pamir, dans la partie occidentale de l'empire chinois, c'est-à-dire dans le bassin du Lob-nor et jusqu'au Nord du Thibet. Cette civilisation est attestée par des camées, des terres cuites, des bas-reliefs, des monnaies bilingues où des éléments ethniques que l'on croyait jusqu'à présent n'avoir jamais eu de contact, le grec, le chinois, le ouïgour, le thibétain, le mongol, se trouvent combinés de la façon la plus imprévue et cependant la plus indiscutable. La plupart des documents qui établissent ce fait appartiennent aujourd'hui à M. LUTCH, le savant orientaliste, qui, pendant dix ans, fit partie de la mission russe en Kachgarie.

La capitale de ce royaume, essaimé de la Grèce par l'intermédiaire de l'empire macédonien et probablement du royaume gréco-bactrien, paraît avoir été Khotan ou peut-être le vieux Tchertchen.

GRANDE BRETAGNE ET IRLANDE.

Major Sir Claude Maxwell Macdonald, K. C. M. G., commissaire impérial du protectorat du Niger, été nommé le 1er Janvier envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire d'Angleterre à Peking et à Seoul, où il remplace Sir Nicholas

O'Conor envoyé à St. Petersbourg comme ambassadeur. Sur le Niger, Sir C. Macdonald a comme successeur Mr. Ralph Moor. Sir Claude Macdonald, fils du Major-Général J. D. Macdonald, est né en 1852 et entra en 1872 dans le 74e Highlanders. Après avoir été en service actif pendant la campagne d'Egypte en 1882, il resta dans ce pays jusqu'en 1887 en service spécial. Depuis il a été Consul-général p. i. à Zanzibar, puis envoyé en mission au Niger (juin 1889); il a été depuis 1891 consul à Fernando Po et dans la colonie allemande de Cameroun. On ne voit pas le rapport entre cette carrière purement africaine et celle d'un diplomate accrédité à Peking.

CHINE.

L'ex-général des Pavillons noirs à Formose Liu Young-fou qui s'était refugié à Canton, a pris derechef le commandement de deux bataillons de ses vieilles troupes.

M. J. NEUMANN, des douanes impériales chinoises, a été nommé professeur d'Allemand à l'université de Peking (Toung-wen kouan).

L'influence civilisatrice?? du militarisme commence à se faire sentir en Chine. Selon les ordres de l'Empereur, la puissance du Tsoung-li Yamen (Min. des affaires étrangères) sera considérablement affaiblie, et son pouvoir passera en grande partie entre les mains du nouveau Ministère de la Guerre, qui traitera dans toutes les questions difficiles avec les représentants des puissances étrangères. Le nouveau ministère, qui remplacera le Grand Conseil ( ), comptera six membres. Il est composé du prince Koung (Président), du prince Li (Vice-président), de Weng Toung-ho, président du département des Finances, de Li Houng-tsao, président du département des Rites, de Fou, président du département de la guerre et du mandchou Joung-tou, commandant de la gendarmerie de Peking. On voit que le nom de Li Houng-tchang ne paraît pas dans cette liste (Ost-asiatische Lloyd).

S. E. Monsieur KNOBEL, ministre plénipotentiaire des Pays-Bas à Peking, a été reçu en audience par S. M. l'Empereur de la Chine, le 11 Novembre de l'année passée.

Le bâtiment de l'Université à Peking sera sous peu éclairé à la lumière électrique ; les machines etc. sont le don d’un riche Chinois de l'Amérique.

La Société des télégraphes chinois impériaux pose un second fil de Peking à Helampo, vis-à-vis de Blagovestchensk, où les lignes chinoises se joignent aux lignes russes.

Le Ost-asiatische Lloyd du 6 Décembre dernier contient un article très bien écrit sur Confucius et Lao.tsze, sous le titre de «Zwei Lehrer des Ostens».

M. le professeur C. H. OLIVER a été nommé président du Toung-wen kouan (Collège chinois des langues étrangères) à la place du Dr. W. A. P. Martin.

Le Ostasiatische Lloyd du 15 et 22 Novembre contient une conférence très intéressante faite par le ministre protestant Hackmann sur la Chine moderne et le moyen-âge européen

On a établi à Peking une Société pour la diffusion des sciences occidentales, à la tête de laquelle est placé un membre de l'Académie des Han-lin, du nom de Kang Tchang-sou, Cantonnais de naissance, qui s'est fait, il y a quelques années, une grande réputation par un nouveau commentaire sur les

Discours de Confucius. Cet ouvrage fut considéré par les hautes autorités du Kouang-toung comme tellement hérétique et révolutionnaire, qu'ils le dénoncèrent au gouvernement qui appela l'auteur à la cour pour se disculper.

Il paraît qu'il a réussi dans sa défense, car on l'a nommé président de cette nouvelle Société dont font partie Yuen Chih-kai, l'ex-résident à Seoul en Corée, Tchen Tchih-liang, secrétaire du grand conseil, le censeur impérial Wang Yen-hia, les Hanlin Ting Ching-hing, Weng Tso-fou, Tseng Tchoung-peh

(fils du fameux marquis Tseng), le neveu du prince de Li, le fils ainé du Viceroi de Nanking, ainsi qu'une quinzaine d'employés de hauts grades littéraires. Il est devenu de bon ton à Peking de se faire admettre comme membre de cette Société. Le vice-roi Tchang Tchih-toung est dit avoir contribué 5000 dollars aux fonds de la Société, tandis que le second maître d'hôtel impérial, Sun Tchia-nai a mis une maison à sa disposition libre.

Le président du Ministère des finances a promis que son département allouera une contribution à la Société.

On le voit, la Chine ne veut pas rester en arrière des Japonais, mais quant à nous, nous ne croyons pas que les Chinois se jettent si vivement dans l'étude des sciences occidentales par amour pour nous. Ce seront nous, qui, avec le temps, aurons fourni les armes aux Chinois qu'ils tourneront contre nous, comme les Japonais l'ont déjà fait.

Le North China Daily News, auquel nous empruntons cette notice, ajoute donc à bon droit la phrase que les personnes qui sont à la tête de ce mouvement ne font pas cela par enthousiasme, mais visent seulement à un but pratique.

A cause de l'insurrection mahométane, le 61 anniversaire de l'ex-Impératrice régente a été célébré le 26 Novembre sans aucune ostentation publique.

Ces rebelles ont pris l'importante ville de Sou-tcheou ( , dans la province de Kan-sou) et avancent continuellement.

Plus de 50 Chinois, qui avaient pris part à l'insurrection avortée contre les autorités du Kouang-toung, ont été exécutés en Novembre à Canton.

Temps, 15 Octobre 1895.

On télégraphie de Berlin au Standard que « les puissances » (ce sont apparemment la France, la Russie et l'Allemagne) ont adressé au gouvernement mikadonal une demande péremptoire au sujet de l'évacuation de la Corée, comme elles le firent pou l'évacuation de la péninsule mandchoue du Liao-Toung. Elles auraient renouvelé, dans ce nouvel appel au Japon, l'expression de leur désir que la Corée soit laissée à elle-même. On sait d'ailleurs qu'il y a quelques jours déjà les représentants des puissances à Séoul ont conféré avec le ministre japonais en cette capitale, en vue de hâter l'évacuation du royaume où ne resteraient qu'un petit nombre de soldats pour la protection de la légation japonaise.

Le Nouveau Temps, de Saint-Pétersbourg, annonce que l'évacuation du LiaoToung sera terminée à la fin de décembre, c'est-à-dire dans le délai voulu: Port-Arthur, complètement démantelé et privé de ses armements par les Japonais, aurait été officiellement rétrocédé, dès avant-hier, au général délégué par le gouvernement chinois. Enfin, le même organe ajoute qu'un nouveau port coréen, Mokno (?), situé à l'extrémité méridionale de la Corée, va être ouvert au commerce européen. Il présenterait d'exceptionnels avantages comme station navale.

Un journal anglais, dont les informations sont le plus souvent sujets à caution, le Globe, connu pour l'outrance de son chauvinisme, croit savoir que le chargé d'affaires britannique à Pékin, M. Beauclerk, a présenté au tsong-li-yamen une note demandant que le nouveau vice-roi du Sse-Tchouan, Chou-Han, soit mis en jugement à raison des pamphlets antichrétiens dont il serait l'auteur. La dépêche de Shanghaï qui apporte cette nouvelle au Globe, contient encore ce qui suit:

Les navires de l'escadre russe actuellement dans les eaux chinoises ont 6,000 hommes de troupe à bord, non compris les équipages. Cette escadre voudrait établir ses quartiers d'hiver dans la baie de Kiao-tcheou (Chan-Toung méridional), qui est à peu près libre de glaces toute l'année et qui occupe une position centrale excellente à mi-chemin entre Shanghaï et Tché-Fou; mais le gouvernement chinois soulève de vives objections contre ce projet.

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