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II. En 1544, le trône abbatial de la Sainte-Trinité fut occupé par Dom Nicolas Punzi ou de Punzo originaire d'une antique famille de Cava, qui, comme nous l'avons dit naguère, avait fait sa profession religieuse entre les mains de Vincent de Risis. C'était la première fois, depuis la réunion du monastère Métellien à la Congrégation Cassinienne, que l'Abbaye allait être gouvernée par un de ses enfants. Dom Nicolas de Punzo, dit un chroniqueur, était un religieux d'une intégrité exemplaire, d'une prudence consommée, qui avait déjà administré plusieurs monastère de la Congrégation, avec les plus grands éloges et même avait été l'un des définiteurs du Chapitre général de l'Ordre » 1).

Pendant les cinq années de son gouvernement (1544-49), l'Abbé De Punzo soutint avec ardeur les droits de son Monastère contre les prétentions de Mgr Thomas Sanfelice, alors évêque de Cava, qui fut longtemps (1529-50), par ses injustes vexations, le tourment des religieux 2). Ce prélat impétueux qui, au concile de Trente, s' attira une réclusion de quatre années 3), voulait sans cesse revenir, à son profit, sur les conventions de 1513. La différent fut porté à la Cour Romaine, et par trois fois l' intrigant évêque de Cava y fut condamné. Aussi, bon gré mal gré, dut-il abandonner ses projets par trop vexants *).

L'Abbé De Punzo se livra dès lors (1546) à des soins plus conformes à ses goûts pacifiques. Afin de procurer à ses religieux un lieu d' innocente recréation et de soulagement contre les grandes chaleurs de l'été, il fit l'acquisition, au sein des montagnes voisines, d'une petite vallée reculée, inaccessible aux regards des curieux, comme aux rayons du soleil, et qui toujours est rafraîchie et réjouie par les eaux du Selano, tombant en cascade du haut des rochers. Ce lieu solitaire et enchanté s'appelait alors La Falanga; il se nomme aujourd'hui le Fosso dell' Arena 5).

1) Primus, qui post Cavensis Monasterij cum S. Justinae Congregatione unionem ex alumnis eiusdem Coenobij ei regendo praeficeretur, fuit Nicolaus Puntius de Cava, vir sane summae prudentiae et integritatis, qui plura alia Congregationis Monasteria antea summa cum laude gubernaverat, unusque ex Capituli Generalis Definitoribus fuerat. DE BLASI, Chron. 1544. Cf. VENER. Dict. IV. 16.

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Et nos non modice vexavit. » dit RODULPHE, MS. 61. p. 172.

3) Dans le feu de l' argumentation il s'était emporté jusqu'à donner un soufflet à un évêque grec, qui combattait une de ses propositions. Il fut pour cela, et par ordre du pape Paul IV, enfermé dans le Château Saint-Ange. (Cf. NOTARG. Memor. p. 88). 4) VENER. Dict. I. 283; DE BLASI. Chron. 1546.

5) Et præter multa alia Vallem emit, ubi Phalanga dicitur, quæ inaccessa in soli

C'est encore Dom Nicolas De Punzo qui fit construire, dans la partie la plus éloignée de l'église, cette longue suite de cellules, qui forment le beau corps de bâtiment, à trois étages, connu vulgairement, au XVIe siècle, sous le nom de Galeone 1). Cette portion de l'Abbaye fut dès lors spécialement affectée à l'habitation des religieux]: la partie supérieure, pour les Pères; la partie inférieure' pour les novices et les frères convers. Puis, à quelques pas de cette élégante construction, sur un des angles de la grande terrasse de San-Germano, au centre de l'Abbaye, s'éleva une tourelle gracieuse, au sommet de laquelle fut placée l'horloge du Monastère (1548) 2). C'est durant ce travail de restauration que De Punzo fut surpris par la mort, le 12 Avril 1549. III. L'Abbé De Punzo eut pour successeur Dom Péregrinus Dall' Erre, bon et vénérable vieillard, originaire de Modène, qui ne gouverna pas même deux années la Sainte-Trinité de Cava (Mai 1549. Déc. 1550) et dont nous ne saurions absolument rien, si un grand el infortuné poëte n'avait pris soin de nous fournir sur son compte quelques détails brefs, mais bien intéressants.....

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Dans une de ses lettres, Torquato Tasso raconte, avec une douce satisfaction, que dans son enfance, quand il était encore tout petit et à peine âgé de six ou sept ans, son père, alors secrétaire du prince Sanseverino, par suite de ses occupations, le conduisait souvent avec lui, tantôt à Salerne et à Sorrente, tantôt à Cava, où il contracta une grande intimité avec les religieux du Monastère de la Sainte-Trinité et où, bien souvent, il fut beaucoup caressé par le Père Dom Pellegrino Da L' Erre, qui y était Abbé, et par son suc cesscur, qui était des comtes de Potenza » 3).

tudine sita est. Et quia pervia est copiosis aquis fluentibus ab alto Montium assurgentium contra Cœnobium ad meridiem, eo libenter monachi interdum mane pransuri adeunt. Nimirum valde æstivo tempore, neque enim aliàs præ nimis algore loci, illuc adire licet. Ibique æstum paulisper temperant et longe a commercio sæcularium solvunt animum. etc. RoDUL. MS. 61. p. 178.

) Ejus opera Dormitorii Novi nuncupati, quod ab Ecclesia remotius est, ingens moles et structura omnis fundata et erecta fuit; in quo cellarum non exiguus numerus et Officinæ multæ, maximo quidem sumptu ac labore, sed longe maiori commodo, ornamentoque constructa fuere. RODUL. MS. 35. D. Nicol. de Cava. Hic dormitorium, vulgo dictum Galeone, a fundamentis erexit. Matr. Maj. Cav. f. 311. Cf. Cod. dipl. Cav. Synop. p. xx.

2) En ce même temps l' on fit aussi diverses cloches pour appeler les religieux aux offices du Choeur, au Chapitre, etc. Voy. VENER. Dict. I. 194. DE BLASI, Chron. 1548, etc.

3) Le lecteur, j'en suis sûr, ne sera pas faché de lire ici, en entier la lettre du

Or dans ces lieux historiques de Cava, où tout rappelle la mémoire d'Urbain II, que de fois l'Abbé Dall' Erre et l'Abbé Guevara, en caressant l'enfant poëte ou bien en le conduisant avec eux, vers la pittoresque Pietra Santa, ne durent-ils pas lui parler de ce grand pontife, qui était venu à Cava visiter son ancien maître des novices; qui, plus tard, ayant été créé pape, s'était rendu, en grande pompe, de Salerne à la Sainte-Trinité, pour en consacrer l'Eglise; qui était allé enfin au concile de Clermont prêcher la première croisade et exciter l'Europe Catholique à la délivrance de Jérusalem?. . . . . . . Idées toutes que l'on retrouve dans les œuvres du Tasse. Aussi est-ce à bon droit que l'on peut conjecturer que c'est dans les murs mêmes de l'Abbaye de Cava que Le Tasse reçut les premiers germes de ses poëmes immortels: la Jérusalem Délivrée et la Jérusalem Conquise ').

En cette opinion est d'autant plus probable que dans ce second poëme que le Tasse espérait, quoique à tort, devoir être son plus grand titre de gloire, il décrit à dessein la vallée de Cava et le site de la fameuse abbaye bénédictin 2). En rappelant les événements qui sont

Tasse. C'est la seconde adressée au P. Dom Ange Grillo, ce bon et docte religieux de S. Benoît de Mantoue, auquel le malheureux poëte se recommandait, dans la suite, pour obtenir les faveurs d'un prince qui lui donnait une prison pour récompense de la Jérusalem Délivrée!... Voici la lettre:

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Io ho conosciuta Vostra Paternità reverendissima ne la sua cortesissima lettera, quasi in una viva imagine de l'amor suo; e benchè ogni parte mi sia grandemente piacciuta, l'affezione, nondimeno, che mostra di portarmi, oltre tutte l'altre m'è stata cara. Però, non contento di questa prima cognizione, desidero di conoscerla di presenza; e la prego che supplichi il Signore Iddio con tutto il cuore, che tosto ce ⚫ ne conceda occasione. Fra tanto le mando la risposla a' due sonetti co' quali m' ha onorato: e mi conservi ne la sua grazia ed in quella del reverendo padre abbate Guidi, e del reverendo padre D. Girolamo Troiano, e di tutti i padri de la sua Congregazione, a' quali sono affezionato per l'antica ed intrinseca dimestichezza a ch' io ebbi con molti di loro nel monastero de la Cava; dove, essendo fanciulletto, fui spesse volte accarezzato dal padre don Pellegrino da l'Erre, che v' era abbate, e poi dal suo successore, che fu de' conti di Potenza: la qual memoria ora è rinovata da me tanto più volentieri, quanto ho maggiore speranza di non trovar per « l'avvenire minor cortesia ne la sua Religione. E le bacio le mani. Da le mie stanze di Ferrara, 25 di marzo 1584. »

(Lettere di Torquato Tasso disposte per ordine di tempo ed illustrate da CESARE GUASTI. Napoli, 1856, tom. II. p. 194, lettera n° 274.)

1) Cf. MORCALDI, Cod. dipl. Cav. Synop. p. xxi.

2) ..... Andrò a vedere un giorno questi padri di san Benedetto e dirò loro ch'io son l'amico del padre don Angelo Grillo, che per suo amore ho fatto menzione particolare

historiés sur les parois de la riche tente, où Godefroy de Bouillon reçoit Alete et Argant, parmi divers personnages, il montre Urbain II, qui fuit dans l'humble grotte de Cava, le monde et ses soins trompeurs; et puis, dans une tableau, resplendissant de lumière, il repré sente ce vieillard honnête demandant l'hospitalité à cette abbaye solitaire, qui se cache au milieu des rochers à pic et des montagnes qui touchent les nuages....:

Non lunge in prezioso aureo contesto,

Di color variato e di figure,

Si scorge in umil Cava un vecchio onesto
Fuggir il mondo e sue fallaci cure;
E le nubi toccar quel monte e questo
E cader l'ombre nelle valli oscure;
E il sacro albergo in solitari e cupi

Luoghi celarsi in fra pendenti rupi 1).

L'affection que Dom Peregrinus Dall'Erre avait su inspirer au Tasse enfant, l'abbé Jérôme Guevara, qui venait d'être élevé pour la quatrième fois sur le siége de Cava, sut se l'attirer également, comme le chantre de Godefroy lui-même nous l'apprend dans sa lettre déjà citée. Et ces relations d'amitié entre Torquato Tasso et les religieux Cassiniens se conservèrent toujours dès lors, comme on peut le voir dans cent autres passages de la correspondance du poëte, surtout dans ses nombreuses lettres à Dom Ange Grillo 2).

L'abbé Guevara, durant son dernier gouvernement, d'ailleurs trèscourt (1550-52), employa tous ses soins à faire rentrer dans le domaine temporel de son monastère la ville de Roccapiemonte, aliénée naguère, comme nous l'avons vu, au grand déplaisir des religieux et même des habitants de ce pays, qui, dès 1534, s'étaient constamment efforcés de retourner sous la protection paternelle de l'Abbé de Cava.

di papa Urbano e del monastero de la Cava ove egli si tornò Monaco » etc. (Lette ra no 1064 t. IV. p. 138). Ce passage, qui de prime abord semble détruire notre opinion, la confirme, au contraire, de plus en plus. Comment Le Tasse, pour être agréable à son ami, eût-il pu songer à parler de Cava et d'Urbain II, s'il n'avait entendu, dans son enfance, à Cava même, raconter la vie d' Urbain II. et affirmer sa profes sion monastique dans ce monastère (ove egli si tornò monaco)? Ce dernier détail, aujourd'hui rejeté comme contraire à la verité, commençait alors à circuler à Cava, grâce à quelques mots mal entendus d'une bulle d'Urbain II (Voy. pag. 42. not. 1); et là seulement Le Tasse pouvait l'avoir pris.

1) Gerusal. Conquistata. Cant. III. Stanz. 4.

2) Dans le recueil cité, on peut en lire plus de 100 adressées à ce seul religieux.

Guevara eut enfin la joie de voir ses démarches couronnées de succès, et, en 1552, par sentence définitive de la Cour royale de Naples, Roccapiemonte fut soustraite au duc de Castrovillari et rendue à la Sainte Trinité 1).

Cependant l'abbé Guevara était arrivé à une extrême vieillesse. Accablé par l'âge et sentant ses forces l'abandonner, dans l'assemblée générale de 1552 même, il renonça à une dignité, dont il croyait ne pouvoir plus fructueusement s'acquitter. Il vécut quelque temps encore, adonné entièrement aux œuvres de piété et de tous vénéré com me le restaurateur du monastère de Cava et la gloire de la Congrégation Cassinienne 2).

CHAPITRE IV.

RAPIDE SUCCESSION DES ABBÉS.

1552-1588.

1. Ange Sangrino. · Il est appelé au Concile de Trente. Ses poëmes sur les saints de Cava. — II. Bernard De Adamo Contestation et Contributions diverses. — III. Bernard Ferraiolo.-S. Charles Borromée demande des religieux de Cava pour l'abbaye de La Follina. - IV. Didier De Hippolytis. — Son triple gouvernement.— Philippe II prive Cava de divers privilèges.— Perte de Sainte-Sophie de Salerne. — Bulle de Grégoire XIII. — V. Nicolas De Pavie. Tentatives pour établir un système unique de poids et de mesures dans les terres de l'Abbaye. Décision de Rome touchant les démêlés avec les évêques de Cava. — Profession de Pierre Mangrella.- VI, Philippe Scannasorce. Sa douceur. — – Nouvelle Bulle de Grégoire XIII. Dime des poissons de la mer de Vietri. — Réformation des Cisterciens de Florence.

Durant la seconde moitié du XVI S. les abbés de la Congrégation Cassinienne se succédèrent à Cava, avec une grande rapidité. Ainsi de 1552 à 1588, époque de l'élection de Dom Victorin Manso, c'est-à

1) Post annos quindecim Roccæ prædictæ cives, nostram, qua regebantur, olim paternam manum recogitantes, experti quoque brachium sæculare, decreverunt nullis impensis parcere, ut se redimerent. Sed multorum prius Abbatum tempora transicrunt....... Quarta tandem vice Ilieronymus prædictus eligitur et Vaxallos Roccæpiemontis recuperavit, Enim verò deffinitiva sententia ipso procurante per Sacrum Regium Consilium lata est, quod Isabella Caracciola, Castrovillarum Dux, Roccam prædictam, una cum vaxallorum pristina Jurisdictione, alijsque iuribus Cavensi Monasterio redderet ac protinus relaxaret. » RODUL. MS. 61. p. 177 et 178.

2) Cf. DE BLASI. Chron. 1552.

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