Imágenes de páginas
PDF
EPUB
[blocks in formation]

PROPRIETAS LITTERARIA

DISCUSSIONES

FR. BERNARD DÉLICIEUX, O. F. M.

SA LUTTE CONTRE L'INQUISITION DE CARCASSONNE ET D'ALBI

SON PROCÈS, 1297-1319 (a)

(Fin) (1).

§ 14. Interrogatoire pendant l'instruction du procès.

L'instruction du procès fut confiée à Guillaume Méchin, évêque de Troyes (), et à Pierre Letessier, abbé de SaintSernin (3), qui figurent ici en qualité de commissaires pontificaux. Les cardinaux nommés plus haut, ont tenu un rôle beaucoup moins important pendant cette enquête (*). Dans son Memoriale historiarum », Jean de Paris ne parle que vaguement de cette procédure

(a) SUMMARIUM. Fr. Bernardus, pluries Avinione a commissariis pontificiis processum instruentibus interrogatus, parce respondet, pauca admittens, multa negans. Deinde Tolosam, Castrum Novum de Arrio et Carcassonam translatus, tribunali mense septembri 1319 sistitur. Plurimi evocantur testes, confirmantes maiorem partem accusationum contra Fr. Bernardum, quem iudices ad omnia confitenda adhortantur. Quasdem leviores admittit Deliciosus accusationes gravioresque abnuit. Torturae. bis subiectus et pressus interrogationibus sibi contradicere incipit, se studuisse magiae conspirationemque instigasse admittit. Tandem 3 dec. plene suam culpam confitetur, crimine Benedictum XI veneno se interimere voluisse excepto, et absolutionem humiliter petit. Die 8 dec. 1319 ad degradationem et immurationem perpetuam condemnatur. Bulla papalis 25 feb. 1320 iubens Fr. Bernardum habitu religioso spoliandum, iam mortuum affligere non potuit. Condemnationis effectus fuit subiectio locorum personarumque, qui contra inquisitores insurrexerant. Sequuntur statutum contra nigromanticos, quod Barcinonae a capitulo generali O. F. M. anno 1313 habito editum probatur, et sententia condemnatoria in Fr. Bernardum lata die 8 dec. 1319. [NOTA DIRECTIONIS].

(1) Voir AFH XVII, p. 183-218, 313-337, 457-488.

(2) Hauréau, 146, 148. Lea, II, 100. Vaissète, IX, 391 not. Vidal, Bull. 50. (3) Hauréau; Lea; Vidal, 11. cc. (4) AFH XVII, 487.

des cardinaux. Il nous fait supposer qu'elle eut lieu bientôt après l'arrestation du prévenu. Nous avons déjà parlé de l'interrogatoire qu'ils ont fait subir à Fr. Bernard. A part ceci, toute donnée manque. Pendant l'interrogatoire devant les commissaires Délicieux désigne Nicolas de Prato, O. Pr. (1), ce profond connaisseur du coeur humain, comme son ennemi; son rôle pendant l'interrogatoire confirme cette assertion. Les deux autres cardinaux paraissent avoir été plus objectifs. En tout cas, le prévenu ne parle jamais d'eux comme de ses ennemis. Embrassant environ six séances, l'interrogatoire devant les commissaires (2) commença au début de février 1318 (3). D'abord, Bernard reçut communication des 60 articles (*). Sur les charges concernant la lutte antiinquisitoriale, il reconnut avoir pris part à la défense du défunt Castel Fabri, en obéissant à l'ordre formel du provincial, Arn. de Roquefeuil (5). C'est Richard, syndic du couvent (°), qui aurait fait un appel contre l'inquisiteur ('). Le prévenu reconnut avoir reçu quelques sommes d'argent que le peuple lui avait prêtées pour se défendre et pour faire des démarches auprès du pontife, afin de procurer l'apaisement du pays agité par les poursuites inquisitoriales (). Les consuls de Carcassonne auraient aussi promis de lui donner dix sous tournois journellement pour cette défense (°). Mais ils n'ont pas tenu parole. Il dit avoir été deux fois en France à la cour du roi (10), en faisant le premier voyage comme exécuteur du testament de saint Louis, évêque de Toulouse (1). La seconde fois, il aurait voulu s'y justifier devant le roi au sujet de quelques accusations infondées qui furent dirigées contre lui. Il reconnut aussi avoir tenu tel ou tel discours, en donnant, pourtant, à toutes ses allocutions un sens tout à fait inoffensif.

Pendant le troisième interrogatoire (12), un conflit curieux éclata entre l'inculpé et les commissaires. Interrogé, s'il n'avait jamais

(1) Quétif-Echard, Script. O. Pr. I, 546-7. A. M. Bandini, Vita del cardinale Niccolò da Prato, Livorno 1757, 43ss. (2) F. 29r ss.

(3) La Ire séance n'est pas datée, tandis que la II, formant la continuation immédiate de la Ire, porte la date du 8 février 1318. Représentant la suite logique de cette dernière séance, le IIIe interrogatoire eut lieu le 26 juin 1318. La même année figure dans toutes les autres séances datées, excepté l'interrogatoire du 7 mars. Nous plaçons donc la Ire séance avant le 8 février 1318 et corrigeons d'après cela l'indication erronée de la IIe séance.

(5) L. c. 194-7.

(6) L. c. 196 s.

(*) Voir AFH XVII, 475-85. (7) D'abord, Bernard refusa de révéler le nom de celui qui rédigea l'instrument de l'appel, en affirmant avoir promis pleine discrétion. Finalement l'insistance des commissaires le contraignit à nommer Jean de Penne, docteur ès décrets. Hauréau, 7, 173s. Lea, II, 74. Vidal, J. Galand, 23. (*) L. c. 317s, 324s, 336, 470, 471, 473, 476, 477-80, 482s. (19) L. c. 206-8, 210s, 336s, 470s, 476. (11) L. c. 206.

() L. c. 318.

(12) F. 33r ss.

affirmé que l'excommunication de Jean de Picquigny était inefficace et qu'elle était fausse, de même que toute la procédure inquisitoriale depuis une vingtaine d'années, Bernard, fougueux qu'il était, déclara tout d'un coup qu'il ne répondrait plus: quatre cardinaux, à savoir Nicolas de Prato, Guillaume Pierre de Godin ('), Nicolas de Fréauville (2) et Vital du Four, O. F. M. (3), travaillant contre lui à la cour d'Avignon. De plus, les commissaires seraient des «homines simplicis et inferioris status». C'est pourquoi il voudrait en appeler au pape pour réclamer d'autres commissaires plus haut placés et l'intervention dans son affaire des cardinaux connaissant les poursuites inquisitoriales examinées sous le pontificat de Clément V, à savoir Napoléon Orsini (*), Bérenger Frédol (5), Pierre. Colonna (*) et Arnauld de Pelagrue (7). Frappé par les commissaires d'une sentence d'excommunication, après avoir été vainement exhorté à ne pas persister dans son refus de parler, Bernard se soumit enfin, en niant le bienfondé de la charge. Ce n'est qu'à la fin de la séance que Bernard fut relevé de cette excommunication, tantôt si promptement fulminée contre lui, les commissaires ayant cédé aux instances du prévenu.

Bernard caractérisa bien son audace, en espérant se tirer d'affaire avec l'appui des amis des Franciscains spirituels ou de ses

(1) Hauréau, 41, 84, 86, 88. Wadding, Annales Minorum, ad a. 1318, n. 26 (VI, 321). Douais, Les Frères Précheurs en Gascogne, dans Archives hist, de la Gascogne, VII, Paris 1885, 421. Vaissète, IX, 228, 298, 299-301. Vidal, Bull. p. xxv. Quétif et Echard, Scriptores O. P., I, 592. Baluze, 1. c. 627, 672ss. Ange de Clareno, Historia VII trib. ALKG II, 148.

(2) Hauréau, 85s. C. Balthasar, Gesch. des Armutsstreites im Franziskanerorden, Münster i. W. 1911, 243. Finke, Aus den Tagen Bonifaz' VIII, 145. Finke, Zur Charakteristik Philipps des Schönen, 209. Wenck, Philipp der Schöne, 46. Lizerand, Clément V, 414. Baluze, 1. c. 636. Tous les trois étaient O. Pr.

(3) Baluze, 676-8. Wadding, 1. c. Tocco, La quistione, 13s, 17, 22-4, 29, 33, 51ss. René de Nantes, Hist. des Spirituels, 315, 320, 383, 402. Clareno, 1. c. Chron. XXIV Gener., AF III, 456, 460, 472; il avait été Ministre provincial d'Aquitaine 1307-12. Voir aussi le doc. de son successeur publié AFH XVI, 345. Inutile.de relever expressément que Fr. Bernard Délicieux ne fut pas parmi les Frères y nommés. Mar. de Florentia, Compendium chronicarum O. F. M. AFH II, 634; édit. Ad Claras Aquas 1911, 65.

(4) Voir sur cet ami des Spirituels, Baluze, 600s. R. de Nantes, 327, 352, 369, 399, 402. Vidal, Bull. 167. Tocco, 1. c. 46, 168 ss. Callaey, Ubertin de Casale, 29, 141, 220 ss. A. Huyskens, Kardinal Napoleon Orsini, Marburg 1902.

(5) Hauréau, 83, 89, 133. Lea, III, 278. Vaissète, IX, 332, 210-2. Douais, II, 302, 304, 306, 330, 333, 340, 342. Balthasar, 1. c. 242.

(6) R. de Nantes, 423-6. Balthasar, 244. Tocco, 45, 158ss. Cf. AFH XVI, 331 ss. () R. de Nantes, 386. Baluze, 648. Tocco, 48, 170 ss. Ce cardinal n'était pas O. F. M., comme il a été imprimé plus haut: AFH XVII, 458, mais Protecteur de l'Ordre.

[ocr errors]
« AnteriorContinuar »