Imágenes de páginas
PDF
EPUB

les lieux six mois avant le 1er mai 1274, pour procéder au dépouillement des documents, principalement de tous ceux qui intéressaient la Croisade en Terre Sainte et la réunion des Grecs avec les Latins: buts que poursuivait avant tout Grégoire X. Etant donné, qu'on a là le point cardinal du pontificat de ce pape, il n'est pas étonnant que Grégoire X manifesta à plusieurs reprises sa hâte d'arriver, au plus tôt, à Lyon.

Il quitta Orvieto dès le 5 juin 1273 (1). Le 18 juin suivant, il fit son entrée à Florence. Charles d'Anjou, roi de Sicile, et Baudouin II, empereur latin de Constantinople, étaient arrivés quatre jours avant lui. Le pape voulait passer les grandes chaleurs au palais des Mozzi, situé sur la rive gauche de l'Arno. Durant son séjour, il opéra la réconciliation des Guelfes et Gibelins de Florence, le 12 juillet; mais quatre jours plus tard, certaines manoeuvres des politiciens firent sombrer l'œuvre de Grégoire X. Il en fut extrêmement affecté, lança l'interdit sur Florence et se retira auprès de la famille du cardinal Ubaldini au château Santa Croce de Fagna sur la rive du Levisone au Mugello, à 25 kil. de Florence (2). Le seul fait que Grégoire se retira chez les Ubaldini, dénote que le pape ménagea de moins en moins Charles d'Anjou; aussi le roi de Sicile ne suivit-il pas Grégoire à Santa-Croce.

Déjà à Florence, les ambassadeurs du roi de France, Philippe le Hardi, stylés par Charles d'Anjou, avaient abordé le pape: Nos trouvames a Florence le pape, le roi de Cesile et Monsignour Symon, Monsignor Otobun... » (3). Bien qu'ils prissent les instructions de Charles, ils durent retourner le consulter à Florence, quand ils suivirent le pape à Santa Croce. Ils y traitèrent sans succès l'entreprise du roi de Sicile, qui tentait de faire donner la couronne impériale à son neveu Philippe le Hardi. Salimbene est vraisemblablement trop radical lorsqu'il écrit: Rodolfus rex Romanorum,

[ocr errors]

(1) Annal. Urbevetani, dans MGH SS XIX, 270.

(*) Davidsohn, Forschungen zur Geschichte von Florenz, Berlin 1908, IV, 211 ss.; Gesch. von Florenz, ibid. 1908, II, 2, 90-7; P. Lino Chini, Storia antica e moderna del Mugello, Firenze 1875, II, 87 ss.

(3) Champollion-Figeac, Documents historiques inédits, dans Documents sur l'Hist. de France, Paris 1839, I, 652.

[ocr errors]

qui de voluntate pape Gregorii decimi ad imperium habendum erat electus, ... (1). Il est certain que l'élection avait une grande importance aux yeux de Grégoire. Ne s'était-il pas promis d'aller lui-même sauver la Terre Sainte? L'ancien croisé espérait beaucoup d'un futur empereur pour réaliser son projet. Pour hâter l'élection, il envoya, au mois d'août, Théobald de Ceccano, abbé de Fossanova, intimer aux Electeurs de nommer un roi des Romains; sans quoi il penserait lui-même à s'occuper de la question (2).

S. Bonaventure ne semble être arrivé à Santa Croce () qu'après le départ des ambassadeurs du roi de France; car sans cela ceux-ci n'auraient pas manqué d'intéresser à leur cause l'ancien Général, si connu et si lié à la cour de S. Louis. Et, si les ambassadeurs l'eussent prié de soutenir la cause du fils du saint roi, leur rapport au roi de France aurait témoigné d'une façon ou de l'autre des résultats (4). Mais, peut-être, S. Bonaventure revenant de la France avait-il de plein propos ralenti son voyage. Toujours est-il certain, qu'un ennemi de Charles d'Anjou, Henri d'Isernia, et adhérant d'Ottokar (autre prétendant à l'Empire) cherchait à gagner le Saint à la cause d'Ottokar (5); mais Rodolphe était, selon Leclère et Perrens ("), le candidat du pape; donc probablement aussi de S. Bonaventure; de fait, il fut élu le 1re octobre (7). Remis d'une grave maladie et après un séjour de presque trois mois (), Grégoire reprit, en septembre, son voyage pour Lyon.

(1) MGH SS XXXII, 500.

- Il est bien regrettable qu'on ne possède

plus la chronique de Grégoire X, par Salimbene.

(2) O. Redlich, Rudolf von Habsburg, Innsbruck 1903, 153.

(3) Voir notre article sur: La date du cardinalat de S. Bonav., å

savoir le 28 mai 1273, AFH XIV, 401-14, 408, 412.

(*) L. Leclère, Les rapports de la papauté et de la France sous Philippe III (1270-85), Bruxelles 1889, 25-37.

(5) Th. Dolliner, Codex epistolaris Primislai Ottocari II, Viennae 1803, 10, 15 etc. Voir AFH XIV, 409.

(*) Leclère, 1. c. 31; Perrens, Histoire de Florence, II, 169; Davidsohn, 1. c. IV, 224.

(7) Salimbene, 1. c. ajoute que Rodolphe, comme Ottokar, étaient deux amis et protecteurs des Franciscains.

(*) Champollion, 1. c.

Grâce aux Regesta de Potthast, à la carte des anciennes routes d'Italie et aux chroniques locales, on peut reconstituer l'itinéraire de Grégoire X et de S. Bonaventure, qui voyagea avec lui, et illustrer quelque peu leur voyage.

Le pape aura certainement encore célébré la fête patronale de la Sainte-Croix (14 sept.) à Santa Croce, parce qu'il n'arriva à Bologne, à 80 kil. du château des Ubaldini, que le 20 septembre (1), par la voie Florence, Futa, Bologne.

[ocr errors]

A Bologne il descendit « apud sanctum Michaelem in Buscho » (*) des Chanoines de S. Augustin. Le « 8 calend. octobris (24 sept.) (3) il y donne un acte à son parent le chanoine Visconti de Plaisance. Il ne quitta Bologne que le mardi 26 septembre de bon matin, en suivant la voie Emilienne.

Il fit, avec sa suite, sa première halte à Modène (38 kil.). Le pape fut l'hôte de la famille Rangoni (4). On possède sur la présence de Grégoire et des quatre cardinaux de sa suite, et de S. Bonaventure en particulier, un précieux document du notaire modenais Filippo da Donnolina: Die martis V exeunte septembris (26 sept.) D. Gregorius PP. decimus fuit in civitate Mutine die martis suprascripta, et ibi stetit per totam diem, et in die Mercurii sequenti recessit de civitate predicta versus Regium cum quatuor Cardinalibus Romanis, videlicet Dominis Octoboni, Simone, Iacobo Savelli et Bonaventura, ELECTO ALBANENSE, ordinis frat. Minorum; et hoc scio, quia ego Notarius infrascriptus vidi dictum DD. Papam »(5).

Le 27, la curie poursuivit donc sa route jusqu'à Reggio, à 25 kil. de Modène, et passa la nuit au monastère bénédictin de Saint-Prosper (6), mais n'entra pas dans la ville (7).

[ocr errors]

(1) Campi, Dell' Historia ecclesiastica di Piacenza, Piacenza 1651, II, 268. Il est inutile de réfuter les historiens qui placèrent, longtemps avec Campi, Santa Croce près de Bologne. Une homonymie les a induits en erreur.

(2) Cronica... Fr. Hieronymi de Burcellis, RIS, Città di Castello 1912, 27.

(3) Campi, 1. c. 269.

(*) Ibid.

(5) G. Tiraboschi, Memorie storiche Modenesi, Modena 1793, II, 98. (6) Memoriale Potestatum Regiensium, dans RIS VIII, 1136. (1) Chronicon Regiense, dans RIS XVIII, 7.

Le jour suivant Grégoire parcourut les 24 kil. qui séparent Reggio de Parme. L'historien Fr. Affò observe que S. Bonaventure était avec le pape, qui fut hébergé par les frères della Religione vecchia c'est-à-dire les Jeanbonites de Mantoue, habitant hors de la ville près de la Porta Pidocchiosa (1).

[ocr errors]

D

[ocr errors]

Le matin du 2 octobre, vers l'heure de tierce, Grégoire fit son entrée solennelle, avec huit cardinaux, dans sa ville natale (2). Il est évident que le pape ne se soumit pas aux fatigues d'un long voyage avant d'entrer à Plaisance et avant de subir le cérémonial d'une fête comme fut celle de la venue d'un souverain Pontife dans sa patrie. On peut donc tout au plus supposer qu'il partit de Pontenure à 10 kil. de Plaisance, où il faudrait ainsi placer son arrivée le 1er octobre, si non le 30 septembre; puisque le 1er octobre était un dimanche. Ainsi, Grégoire se serait reposé le dimanche, à Pontenure et put facilement combiner les cérémonies de son entrée à Plaisance.

On doit, en plus conclure de ce qui précède, que les 48 kil. de Parme à Pontenure ont été parcourus en deux étapes: 22 kil. de Parme à Borgo San Donnino le 29 septembre, et 26 kil. de Borgo S. Donnino à Pontenure le 30 septembre.

A l'entrée du pape à Plaisance assista l'archevêque Othon Visconti (3), exilé de son diocèse de Milan, depuis 1262, par les Torriani (4). Grégoire X s'était promis de passer quelques jours dans sa patrie; puisqu'il fixa sa rencontre avec Ubertino de Lando au 6 et au plus tard au 12 octobre. Il espérait d'y réconcilier le comte avec la commune de Plaisance; aussi lui fit-il donner un sauf-conduit (5).

Grégoire X ne manqua guère de visiter durant son séjour le célèbre sanctuaire de Santa Maria di Campagna, où une

(1) Fr. Affò, O. M. Obs., Storia della città di Parma, Parma 1795, II, 11; III, 73. Supprimés par Boniface IX, leur église passa, sous Eugène IV en 1434, aux Observants, qui la dédièrent à l'Annonciation. Mais, en 1546, elle fut transférée ibid. III, 74. Voir aussi A. Pezzana, Storia... di Parma, Parma 1842, II, 175; MGH SS XXXII, 488.

(2) Campi, 1. c. 269. (*) E. Jordan, Les

Paris 1909, 358.

(3) Cronica civitatis Placentinae, Parma 1862, 30. Origines de la domination angevine en Italie,

(5) Campi, 1. c. 270.

eum cum ambaxiatoribus communis Paviae, causa loquendi sibi (1).

[ocr errors]

Le 11, à midi, Grégoire X avait déjà gagné l'abbaye cistercienne de Morimondo à Abbiategrasso, à 40 kil. de Milan (2). Combien de temps séjourna-t-il à Morimondo? Rien ne permet de le déterminer; nous savons seulement qu'il passa ensuite à Novare, où il semble s'être arrêté pour forcer Ubertino à s'aboucher avec ses cardinaux. Mais le comte s'obstinait à ne vouloir traiter qu'avec Grégoire luimême (3).

-

Aucun renseignement positif, connu, nous permet de fixer le reste du voyage de Grégoire en Italie. Tout au plus peut-on arguer qu'il suivit la même route que Philippe le Hardi et Innocent IV. En reportant d'Afrique le corps de S. Louis, Philippe le Hardi passa en avril 1271 par Milan, Morimondo, Verceil, Suse, Mont-Cenis, Lans-le-Bourg, Saint-Jean-deMaurienne, Chambéry. Parti de Reggio le 1er avril, le roi de France entra à Paris le 21 mai (4). Innocent IV, se rendant lui aussi à Lyon pour le premier Concile, en 1244, suivit en partie la route parcourue par Grégoire X et précisement à la même époque de l'année, au mois de novembre. Arrivant de Gênes, on le trouve le 14 novembre à Suse; bien que malade, il franchit les Alpes au Mont-Cenis, s'arrête au bourg Saint-Michel le 18; puis on constate son séjour à Chambéry le 24; ensuite il s'arrêta successivement à l'abbaye clunisienne de La Chambre et à celle des Cisterciens de Hautecombe; puis il descendit par le Rhône jusqu'à Lyon, où il arriva le 29 novembre. L'état précaire de la santé du pape, l'avait obligé de faire la majeure partie du voyage en litière (5).

Pour arriver de Novare, dernière ville d'Italie, où nous constatons la présence de Grégoire X, le pape avait

(1) Chronique de Plaisance citée par Campi, 1. c. 263.

(2) G. Giulini, Memorie, 1. c. 270.

(3) Campi, 1. c. 444; L. Cerri, Ubertino Lando, conte de Venafro, dans Archivio stor. per le prov. Parmensi, XVIII, 1918, 21.

(4) MGH SS XXVI; Ch.-V. Langlois, Le règne de Philippe III le Hardi, Paris 1887, 53 ss.

(5) Potthast, p. 574, nos 11465–7.

« AnteriorContinuar »