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dont l'embouchure n'avait pas été vue par le Découvreur (1). Des ennemis nombreux avaient surgi de toutes parts: la jalousie, l'envie tramaient leurs suggestions contre le Découvreur; la suspicion se répandait en haut lieu; le Roi lui-même était prévenu contre Lasalle.

Le Gouverneur du Canada abusa d'une lettre de Lasalle pour s'emparer de ses postes et le renvoyer en France (2). Un blâme à l'adresse de Lasalle était contenu dans la lettre de Louis XIV au comte de Frontenac: 30 april 1687 (3).

L'honneur de Lasalle et des émoluments très considérables étaient en jeu : les mines de Sainte-Barbe au Texas étaient l'objet des convoitises nationales. On était sur le qui-vive dans les milieux diplomatiques. Brouillé longtemps avec Beaujeu, commandant de vaisseau, Lasalle était traité de visionnaire par De Machant-Rougemont (*). C'est dans ces conjonctures des plus épineuses, que l'ouvrage d'Hennepin tomba comme une bombe au milieu des foules anxieuses. Grand fut l'émoi général, trop mince, voire douteuse, la gloire rejaillissant sur Lasalle et sur la France.

Au concours néfaste des circonstances il faut ici opposer le caractère personnel, expansif, droit et primesautier d'Hennepin. Belge de naissance, ses ennemis ne purent jamais accuser d'infidélité ce patriote de bon aloi. Sa franchise loyale ne pouvait entendre vilipender son malheureux pays; son franc-parler, inné aux siens, ne pouvait taire les événements fâcheux dont le Hainaut était le theâire depuis nombre d'années. Né sous l'occupation militaire française, il avait grandi en plein remous des troupes ennemies. Pouvait-il dès lors feindre ignorer le traité conclu en 1648, entre l'Espagne et les ProvincesUnies, contre la France envahissante? C'étaient des souvenirs d'enfance encore vivaces. Puis la paix des Pyrénées, du 17 novembre 1659, qui cédait définitivement à la France la majeure partie de l'Artois; surtout le traité d'Aix-la-Chapelle, en vertu duquel sa ville natale tombait au pouvoir de Louis XIV en 1668; plus récemment, en 1673, le Brabant venait d'être terrorisé par le passage d'armées innombrables; enfin tout le Hainaut ravagé en 1679. Pareils thèmes, inévitables en temps d'hostilités, suffisaient pour attiser le feu de la discorde, et aviver l'antipathie, fille du patriotisme. Suspect dès lors en haut lieu, Hennepin se sentait regardé comme une brebis galeuse au milieu du troupeau français, grisé par les victoires successives du Roi très-chrestien ».

Vu les circonstances épineuses et les relations très tendues de la France avec les nations voisines alliées contre elle, la démarche de

(1) L. c. II, 611.

(2) L. c. II, 307.

(3) L. c. II, 266. (*) L. c. II, 454, 469. Le nom même de Mississipi deviendrait bientôt impopulaire en Europe, surtout à partir de la spéculation financière de l'Ecossais Law, qui émit des obligations désastreuses du Mississipi.

Lasalle à Paris ne pouvait manquer d'être efficace. Les supérieurs intimidés par les plaintes menaçantes de ce haut fonctionnaire représentant des intérêts de la France, travaillèrent à faire jouer les ressorts de la diplomatie, et à mettre Hennepin sous la tutelle déguisée du comte de Frontenac, gouverneur de Québec. La fierté belge refusa de courber la nuque devant ce stratagème: Hennepin se trouva dès ce moment voué aux furies et abandonné à son sort.

Ces considérations d'ordre général nous empêchent de réduire la cause efficiente de la disgrâce encourue par Hennepin, à une antipathie personnelle de Lasalle vis-à-vis de son ancien aumônier naval, ou bien à un sentiment de simple jalousie entre les deux découvreurs. La cause réelle se trouve dans les visées politiques françaises, incompatibles avec l'honneur et la conscience du digne religieux belge.

A la lumière des faits et de la situation politique, on comprend pourquoi le P. Hennepin, religieux toujours soumis à ses supérieurs, se permet sans le moindre scrupule de ne pas obtempérer au Provincial français, désirant le renvoyer en mission lointaine comme indésirable. Sachant que ce refus déplaisait aux intéressés, Hennepin préféra rester fidèle à son souverain légitime, le roi d'Espagne, que la diplomatie française comptait forcer à ouvrir le Texas à la convoitise nationale. Le P. Hennepin doit avoir vu clair dans les dessous de la politique; car dès 1697 l'Angleterre ainsi que la Hollande projetaient une invasion à main armée dans la Nouvelle-Espagne à travers la Louisiane.

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Hennepin, en qualité de sujet espagnol, pouvait-il en conscience coopérer à ce coup d'état? Sa conduite paraît ici, comme ailleurs et toujours, parfaitement sensée et honnête. S'il en avait agi autrement, il serait à classer dans la catégorie des Peñalosa et des Bernou, dont il est question plus bas. Le P. Hennepin explique sa conduite: Autrefois étant dans le Canada avec le sieur de la Salle, nous nous entretenions souvent au fort de Frontenac du projet, que nous faisions de cette grande entreprise. Il me disait, qu'il mourrait content, s'il pouvait se rendre maître des mines de Ste Barbe, qui sont dans le Nouveau Mexique (1). Et comme il répétait souvent le même discours devant moi, quoiqu'il scût, que j'étais sujet du Roi d'Espagne, je ne pus m'empê cher un jour de faire paraître mon affection pour mon souverain. Je lui dis donc ces paroles célèbres: Vincit amor patriae: l'amour de ma patrie l'emporte dans mon cœur. Je n'aurais peut-être pas tant souffert, que j'ai depuis, si j'avais pu dissimuler mes sentiments secrets. Mais je ne pus me retenir dans cette occasion »(2).

(1) G. Shea ajoute: now with the official documents of the French Governement, the papers of Beaujeu and Dainmaville's account, it is evident that Hennepin was right; A Sketch, 41*.

(2) NV 13.

§ II. Chronologie comparée des trois ouvrages
du P. Hennepin (1).

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13

28

Guéri, il assiste à la bataille de Seneffe, 11 VIII 1674.
Louis XIV notifie l'envoi prochain de 5 Récollets
au Canada, 22 IV 1675.

6-7 Robert Cavelier, parti du Canada, arrive à la Ro-
chelle, 1675.

R. Cavelier devient Sieur de la Salle 13 V 1675.
Las., accompagné de 4 Récollets: C. Leclerc, L. Hen-
nepin, Z. Membré, L. Buisset, s'embarque à la
Rochelle pour le Canada, après le 19 V 1675.
Las. débarque à Québec 16 VI 1675.

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14

15

16

16

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16

H. travaille à Québec, à l'Ile-percée, au Cap Tour-
menté, à Trois-Rivières, Ste. Anne, au Bourg-
Royal, à la Pointe de Lair; devient chapelain du
Fort Frontenac ou Catarockouy.

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'Je fus envoyé en Canada en qualité de Mission-
naire l'an 1676.

Las. revient en France s'aboucher avec Colbert 1677.
H. visite le P. Bryas, missionnaire, S. J. 1677.
H. reçoit la visite d'officiers Hollandais, 1677-78.
Las. avec La Motte et Tonti, quitte la France
pour le Canada, juillet 1678.

Las. rentre à Québec, nanti de patentes des PP.
G. Allart et H. Lefèbre, sept. 1678.

H. reçoit à Québec ses patentes pour l'exploration.
1 X [1678] à Trois Rivières, le P. Sixte étant
absent, H. prêcha au service divin.

H. est au Fort Frontenac, à 11 h. du soir le 2 XI. 18 XI 1678, H. prit congé des religieux du Fort. 26 XI, notre petit bâtiment se trouvait effloqué'. 225 XII, ils purent enfin partir.

6

6, nous entrâmes dans le Niagara'.

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(1) Nous abrégeons les mots répétés souvent: Hennepin), Las(salle), E(st), Ouest), S(ud), N(ord); DL ND Nouv. Découverte.

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Descript. de la Louisiane; NV Nouv. Voyage;

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54 23, on entra dans le lac d'Orléans (des Hurons). 55-57 24, au N.O.: le 25, calme; le 26, vent violent. 59-61 27, au N.-O., puis S.-E. Le même jour à Missilimakinak. Arrivée le 26 (!) VIII 1678(1).

27, nous arrivâmes à Missilimakinak. Arrivée le
28 (!) d'Aoust 1679 (!).

129

130-1

133-4

68

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2 IX, ils entrent dans le lac Dauphin (Illinois).
ils mirent à la voille '.

140

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25, ils continuent leur route le long de la côte O. du
lac Dauphin (Illinois). Nous partîmes le 19 Sept.'.
28 IX, après la Messe, nous entrâmes assez avant
dans la nuit. Débarquement forcé.

144

145

77

1 X, ils partent et arrivent à un village des Pou

touatamis.

146

84

2 X, ils partent.

154

88

16, abondance de chasse.

157

88

'vingt-huit. oct., nous arrivâmes au fond du lac
Dauphin'.

(1) La succession des dates corrige 1678 en 1679.

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157

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1907 III, ils trouvent à 2 lieues environ de l'embouchure, les Tamaroa ou Maroa.

243

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(1) Le 23 III 1680 était, en fait, la veille du 2e dimanche du Carême; le jour de Pâques tombait le 21 IV.

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