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nicaines nous apprennent que seul le Maître Général permettait dans des cas particuliers l'étude de la philosophie: In libris gentilium et philosophorum non studeant, etsi ad horam inspiciant. Seculares scientias non addiscant, nec etiam artes quas liberales vocant, nisi aliquando circa aliquos Magister Ordinis vel capitulum generale voluerit aliter dispensare; sed tantum libros theologicos tam juvenes quam alii legant »(1). Les Franciscains suivaient la même voie (2). Chez les Dominicains on connaît, par le chapitre provincial de Limoges, la première érection d'un studium ès-arts, vers 1241 (3). Mais le mouvement ne semble pas avoir pu se créer sans rencontrer des protestations au chapitre d'Avignon en 1245 *. Selon Koperska l'Ordre est resté officiellement sur ces mêmes positions de 1228 jusqu'à 1259 (5).

Gregorovius prétend que le pape Urbain IV fut le premier Souverain Pontife qui fit enseigner la philosophie d'Aristote; qu'il appela S. Thomas à la curie pour l'y exposer en 1261; et que celui-ci y enseigna ensuite la morale jusqu'en 1269. Tout cela, dit Denifle, est en partie inexact et en partie faux. L'expression tenere studium Romae ne se rapporte pas à l'étude de la curie romaine, mais bien à celle de l'Ordre dominicain. En 1265, par exemple, le chapitre provincial d'Anagni envoya Thomas à Rome; celui de Florence, en 1272, lui confia l'étude de Naples. Ainsi croulent toutes les combinaisons et structures de Gregorovius ().

(1) Denifle, Archiv für Litt. u. Kirchengesch. I, 222.

(2) Hil. Felder, Geschichte der wissenschaftl. Studien im Franziskanerorden, Freiburg i. Br. 1904, 380 ss.; Hist. des études etc., Paris 1908, 395 ss.: Storia degli studi ecc., Siena 1911, 387 ss.

(3) Douais, Acta Capitulorum provincialium, Toulouse 1891, 20.

(1) L. c. 40.

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(5) L. c. 144.

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(6) H. Denifle, Die Enstehung der Universitäten des Mittelalters bis 1400, I, Berlin 1885, 308. Voici la décision du chapitre provincial de 1265: Fratri Thome de Aquino iniungimus in remissionem peccatorum, quod teneat studium Rome, et volumus quod fratribus provideatur in necessariis » : du chap. provincial de Florence: Studium generale theologie quantum ad lectiones et personas et numerum studentium committimus plenarie fratri Thome de Aquino »; l. c. et Douais, 522, 531. A. Pennazzi, Istoria dell'ostia... di Orvieto, Montefiascone 1731, 418, a conservé cette autre décision, malheureusement sans date: Assignamus fratrem Thomam de Aquino pro Lectore in Conventu Urbevetano in remissionem suorum peccatorum. On constate, par une recommandation du Chap. gen. de 1267, qu'on insiste que l'Ordre soit dignement représenté dans les couvents des villes où se rendait la curie romaine: Prior provincialis Romane provincie diligenter provideat, ut conventus ubi curia fuerit, fratres ydoneos habeat secundum exigentiam curie, priorem specialiter et lectorem; Reichert, Monum. Ord. Fr. Praed. Romae 1898, III, 138. On peut ajouter ici une indication de la Chronique du couvent de Pise, où il est dit que S. Thomas avec fr. Proynus

Le Bx. Albert-le-Grand et son illustre disciple S. Thomas se consacrèrent à concilier Aristote et la foi. Les Franciscains et nombre de Dominicains ne crurent pas pouvoir les suivre dans cette généreuse tentative. Alexandre de Hales, S. Bonaventure avec toute son école maintinrent la philosophie au service de S. Augustin et de la théologie. Le Bx. Humbert de Romans, Maître général des Prêcheurs, qui démissionna en 1263, resta fidèle à l'ancienne école dominicaine, comme le prouve son commentaire des Constitutions de l'Ordre, question XIIIe:

Utrum possimus studere in philosophia. Respondeo: Multi impugnant et impugnaturi sunt fidem catholicam per philosophiam, et ideo expedit sciri quaedam apud philosophos, ut fides melius defendatur, sicut expedit scire haereses propter idem. Item, multi errores sunt apud eos, et etiam alibi, qui per quasdam eorum veritates confunduntur... Valent ergo philosophicae scientiae ad fidei defensionem, ad errorum destructionem, ad sanetarum Scripturarum intellectionem, in ingenii acuitionem, ad fidei adiutorium, ad cordium commotionem, ad evitandum Ordinis contemptum, ad scientiarum illarum contemptum. Proinde non sunt omnino contemnendae. Sed nec aequaliter sunt ab omnibus sectandae vel appetendae philosophicae scientiae » (1).

A vrai dire, on n'a pas étudié le mouvement scolastique du XIIIe siècle sous ses divers aspects. Il n'est donc pas étonnant, qu'un personnage cependant très dévoué à l'université de Paris (2) et qui ne fut jamais sympathique à l'Aristotélisme, parce qu'il semble avoir été toujours le protecteur de l'Augustinisme, n'ait pas encore été l'objet d'une étude spéciale. Le Cardinal Simon de Brion, d'abord chancelier de S. Louis, fut élevé à la pourpre le 24 décembre 1261; et passa la plus grande partie de sa vie en France, comme légat. Rarement on le trouva à la curie romaine: à peine du 13 novembre 1263 au 30 janvier 1264 (3). Il quitta ensuite Paris le 9 février 1269, pour aller au conclave qui élut Grégoire X, le 1er sept. 1271 (*). Mais il reviendra bientôt en France, pour monter plus tard sur le trône pontifical sous le nom de Martin IV (1281-85).

de Pise et deux autres Dominicains furent promus prédicateurs généraux au chapitre de Naples, le 29 sept. 1260; Cronica del conv. di S. Caterina a Pisa, dans Arch, stor. ital., Firenze 1845, VI, p. II, Sez. III, p. 412.

(1) J. J. Berthier, B. Humberti de Romanis... Opera de vita regulari, Romae 1899, II, 42. Cet ouvrage fut laissé incomplet par le Général.

(2) Du Boulay écrivit déjà « A pueritia in Scholis Parisiensibus liberalibus artibus informatus, Universitatem ut matrem suam summo semper honore coluit; Historia Universitatis Parisiensis, Parisiis 1666, II, 710; voir aussi 340s. (*) Potthast, Regesta Rom. Pont. n. 18713-93.

(4) Fragments des Registres d'Eudes Rigaud, O. F. M. dans Bouquet, Recueil des Historiens des Gaules, XXI, 593.

Crevier affirme que ce légat condamna l'aristotélisme à Paris (1). Fait-il allusion à la confirmation des prohibitions de 1263, citée plus haut, ou faut-il reporter l'action du légat aux luttes de 1277? Peutêtre bien à l'une et à l'autre époque. Il est certain que Simon s'occupa beaucoup de l'université. A ce titre il ne mériterait que trop qu'on examinât de près son activité.

Durant la longue vacance du Saint Siège (nov. 1268 - sept. 1271) des artistes se montrèrent de plus en plus hardis à la suite de leur maître Aristote. Etait-ce à cause du départ du cardinal-légat Simon, qui venait de se rendre au conclave le 9 février 1269? On n'a pas assez remarqué et mis en rapport avec la présence de certains personnages à Paris, une allusion de la lettre de Jean XXI en 1277 à l'université parisienne: « quidam errores in preiudicium eiusdem fidei de novo pullulasse dicuntur (2). Simon vit et revit à Paris un autre légat et sa suite, qui se rendait en Angleterre. C'était le cardinal Ottoboni (Adrien V), le grand ami et protecteur de Jean de Parme, ex-Ministre général et ancien maître ou bachelier de l'université de Paris. La suite du légat, futur pape, ne comptait pas moins de trois autres futurs Souverains Pontifes, tous plus ou moins liés à l'université de Paris: Théo bald Visconti, archidiacre de Liége, qui alla devenir Grégoire X (1271-1276), le fameux Pierre Hispanus. professeur durant bien des années à Paris et futur Jean XXI (1276-77), et Benoît Gaëtani (Boniface VIII; 1295-1303) (3). La légation dura du 4 mai 1265 à l'année 1269. Théobald Visconti, maître en droit canon, fut majordome du cardinal Jacques Pecoraria; en 1243 il refusa l'évêché de Plaisance par amitié pour le Dominicain Jacques de Castro Arquato; prépara le premier concile de Lyon, deux années plus tard, et alla ensuite prendre la maîtrise en théologie à Paris, comme archidiacre de Liége (5). Durant sa légation en Angleterre il eut maintes fois à faire la navette entre la cour de Londres et celle de Paris. Ami et coufident de S. Louis, il partit avec le roi de France pour la croisade (1270), dont il était prédicateur. A ces divers titres Théobald reserra ses anciens liens d'amitié avec l'Ordre dominicain et particulièrement avec les provinciaux de France et d'Angleterre. Pierre de Tarentaise, son successeur sous le nom d'Innocent V (1276), et Robert de Kilwardby, chargés tous deux de promouvoir la croisade (*).

(1) Hist. litter. de la France, XIX, 388.

(2) Denifle, Chart. I, 541.

(3) Ed. Jordan, Registres de Clément IV, Paris 1893, donne les lettres au légat et à sa suite aux n. 39-78.

(*) Bonucci, S. J., Istoria del... B. Gregorio X, Roma 1711, 11-6.

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A Paris, Théobald Visconti, le pieux archidiacre de Liége vit aussi de bien près les exploits de l'influent chanoine de Liége (1), Siger de Brabant. Les excès du chef des artistes parisiens n'auront certes pas gagné la sympathie du futur Grégoire X, qui prêchait alors la croisade. La campagne qu'un autre prédicateur et théologien, Gilbert de Tournai, menait (aux côtes de S. Bonaventure) contre ses anciens collègues ès-arts, aura d'autant plus attiré l'attention de l'archidiacre liégeois. Ce fameux maître ès-arts, entré dans l'Ordre franciscain et devenu maître en théologie, n'était pas homme à céder le terrain aux artistes aristotéliciens, ne jurant que par Aristote. Aussi l'épitaphe de Gilbert rappelle-t-elle le lutteur: debellans arma Golliae (2).

Ici il faudrait étudier et s'arrêter à des épisodes et à des personnages, qui intéressent la question; mais cela nous entraînerait beaucoup trop loin, plus que ne le permettent les limites de cet article.

Il est certain que les extravagants excès de beaucoup d'artistes durent rendre bien délicate la position des aristotéliciens modérés et tout particulièrement de celui qui paraît avoir été leur protecteur, le cardinal dominicain Annibaldi, élève de S. Thomas. Il n'est pas moins intéressant de noter, en passant, qu'il resta le seul Cardinal dominicain aristotélicien (3) jusqu'à ce qu'en 1288 le Franciscain. Nicolas IV, promut Hugues Séguin de Billay (*).

Etant donné que l'ancienne école augustinienne dominait toujours à la curie remaine, il n'est pas surprenant de voir Grégoire X élever, dès 1272 et motu proprio aux sièges primatiaux d'Angleterre et des

(1) Mandonnet, Siger, 64.

(2) Ce Franciscain, dont on ne s'occupa guère, eut une grande influence: Alex. IV veut ses sermons en 1255; à la demande de S. Louis il écrivit en 1259 De eruditione regium; le De modo addiscendi pour Jean de Flandre, fils de Gui Dampierre et plus tard évêque de Metz et de Liége; le De officio episcopi pour Guillaume, évêq. d'Orléans (1237-58); la vie de S. Eleuthère pour l'évêque de Tournai, Jean (1261-66); la lettre exhortatoire à la B. Isabelle, Soeur de S. Louis, à la demande de Philippe confesseur d'Alphonse, frère de S. Louis et le De pace pour Marie Dampierre, fille de la comtesse Marguerite. Voir P. Eph. Longprė, O. F. M., Tractatus de Pace, Quaracchi 1925, xvss. - Il y aurait d'intéressants et curieux rapprochements à faire entre le fameux De erroribus Philosophorum (édité par le P. Mandonnet, Siger de Brabant, t. II, pp. 1-25) et les écrits de notre Gilbert. D'autre part ses rapports avec les écrits de cette époque de S. Bonaventure, ne sont pas moins à relever. C'est un personnage, dont les œuvres comme les relations mériteraient une étude spéciale et une place dans l'histoire de l'université.

(3) Il suffit de nommer les augustiniens Hugues de S. Cher (1244), Tarentaise (1273), Kilward by (1279) et probablement son confrère Latino (1279). () Eubel, Hierarchia, I, 11.

Gaules, des hommes, partisans de ses propres convictions: Robert Kilward by et Pierre de Tarentaise; et de constater que l'année suivante il choisit encore dans cette même école ses conseillers théologiens pour les introduire dans le Sacré Collège, en conférant le cardinalat à S. Bonaventure, au B. Pierre de Tarentaise et à Pierre Hispanus (Jean XXI) (1). Et, comme s'il voulait encore affirmer davantage ses sentiments et ceux de son entourage, il pcsa l'acte qu'on lit dans une chronique du XIVe siècle: Le pape créa cinq cardinaux... « inter quos fuit fr. Bonaventura... summus magister in sacra theologia, homo sancte vite et multe eruditionis, qui plures edidit libros et precipue iiij super Sententias, quos dominus Papa cum tota curia approlavit, et in archivio ecclesie poni fecit cum aliis libris authenticis »(2). Ce renseignement historique, un des trop rares qu'on nous a conservés sur S. Bonaventure, croît en importance par le fait que parmi les exemplaires, exposés chez les libraires parisiens, entre 1275 et 1286 selon Denifle, on ne trouve pas les dernières œuvres de S. Thomas: « Tertia Summae pars, quam Thomas imperfectam reliquit, ubique omittitur. Forte tunc temporis non erat adhuc multum divulgata ().

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L'intransigeance et l'impertinence des artistes récompensaient mal les efforts conciliateurs des aristotéliciens. S'intéressant peu ou pas des dogmes de l'Eglise, beaucoup d'artistes proclamaient sans ambages leur philosophie la reine absolue des sciences: quod non est excellentior status, quam vacare philosophiae. Quod sapientes mundi sunt philosophi tantum » etc. (*). L'ancilla theologiae exigeait donc l'émancipation complète et absolue, reléguant l'Eglise et sa théologie en dehors de sa route. Mais le cardinal-légat, Simon de Brion, ne leur accordera pas l'absolutisme, l'évêque et les maîtres de Paris non plus. Grégoire X avait donné les plus larges pouvoirs au légat (), et le pape Jean XXI ne les révoqua pas en 1276. Le 6 déc. 1276, fête

(1) Eubel, 9. (2) MS. lat. 5006, fol. 158v de la Bibl. Nat. de Paris. Voir aussi G. Golubovich, Biblioteca bio-bibliografica della Terra Santa, Quaracchi 1913, II 125.

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(3) Chart. I, 649, n. 17. A propos de cette liste le P. J. A. Destrez, O. P., écrit dans la Revue des sciences phil. et theol., XIII (1924), 189, n. 2, cette liste de l'université de Paris datée 1275-1286 par les éditeurs du Chart. Univ. Par., mais en réalité de très peu postérieure à 1275,... ne connaît pas en effet les œuvres que S. Thomas a composées en Italie et plus spécialement la IIIa Pars; or il est manifeste qu'on n'a pas dû attendre l'année 1286 pour mettre cet ouvrage en circulation à Paris. S. Thomas étant mort en 1274, c'est dans les premières années qui ont suivi sa mort que la IIIa Pars a dû être connue à Paris, et cette liste qui ne la connaît pas, est antérieure à cette époque. Ici la date de l'apparition du MS. exemplaire aurait un réel intérêt historique. (*) Mandonnet, Siger, II, 176. (5) Guiraud, Registres de Grégoire X.

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