Imágenes de páginas
PDF
EPUB

être renseigné, il fit venir à Paris Madame de Rémusat. Cette dame ayant vu Napoléon, écrivit une longue lettre à l'impératrice' pour l'engager à s'éloigner de France; mais Joséphine, qui conservait toujours l'espoir de reprendre sa place près de lui, n'en voulut pas entendre parler. Napoléon lui écrivit encore une lettre à Aix le 1er octobre, four la décider à se rendre à Milan auprès de son fils Eugène Beauharnais, vice-roi d'Italie; mais c'est vain, Joséphine rentra à la Malmaison, où elle reçut tout Paris.

1811, mai. Madame de Staël, dans les Mémoires qu'elle a laissés sous le titre: Dix années d'exil, parle d'un séjour qu'elle fit à Aix, en ces termes :

« Peu de temps après, les médecins ordonnèrent à << mon fils cadet les bains d'Aix en Savoie, à vingt lieues « de Coppet. Je choisis pour y aller les premiers jours de mai, époque où les eaux sont encore désertes. Je pré<< vins le préfet de ce petit voyage, et j'allai m'enfermer << dans cette espèce de village où il n'y avait pas alors une << seule personne de ma connaissance. A peine avais-je « passé dix jours, qu'il m'arriva un courrier du préfet de « Genève pour m'ordonner de revenir. Le préfet du Mont<< Blanc, où j'étais, eut peur aussi que je ne partisse d'Aix <« pour aller en Angleterre, disait-il, écrire contre l'Empe«reur; et, bien que Londres ne fût pas très voisin d'Aix<«<en-Savoie, il fit courir ses gendarmes pour défendre « qu'on me donnât des chevaux de poste sur la route. Je « suis tentée de rire aujourd'hui de toute cette activité « préfectoriale contre une aussi pauvre chose que moi ; mais <« alors, je mourais de peur à la vue d'un gendarme. »>

1 Voyez TURQUAN, L'Impératrice Joséphine, p. 233. Au mois de mars précédent l'auteur de Corinne avait eu des démêlés avec le Préfet de Genève, qui voulait lui faire écrire en faveur de Napoléon, qu'elle détestait.

[graphic][ocr errors][merged small]

Madame de Staël revint à Coppet où on lui interdit de s'écarter de plus de deux lieues de son château.

C'est en 1811 que M. de Lamartine vint à Aix pour la première fois, et se logea chez le docteur Perrier (actuellement maison Chabert); on était au mois d'octobre, le grand poète n'avait encore que 21 ans, mais il avait aimé, et sentait le besoin de faire diversion à sa passion pour Graziella, morte depuis trois ans. En mettant le pied sur le sol savoisien, aux Echelles, il avait écrit sur l'écorce d'un arbre: « J'entre aujourd'hui dans ma 21 année, et je suis fatigué comme si j'avais vécu cent ans... Le cœur n'est jamais si lourd que quand il est vide. Pourquoi ? C'est qu'il se remplit d'ennuis... Il y a une tombe dans mon passé et une croix sur mon cœur... D

En 1812, Madame Lotizia, mère de Napoléon Ier, dans l'espoir de rétablir sa santé, projette au printemps d'aller prendre les eaux de Bourbonne-les-Bains; mais son frère, le cardinal Fesch, lui fait des instances pour l'en détourner. Le 16 mai il lui écrit ceci : « Cependant je crois que les eaux de Bourbonne ne devraient pas vous convenir, consultez bien vos médecins et dans le cas où les eaux d'Aix-en-Savoie vous seraient propices, écrivez-moi sur-lechamp'. >>

Deux jours après le Cardinal lui écrit encore de Lyon :

La reine de Naples est arrivée ce matin; elle se a porte bien j'espère qu'elle passera avec moi deux ou trois jours. Elle me dit que la princesse Pauline, ainsi

Baron LARREY, Madame Mère, vol. II, p. 8 et 15.

Caroline Bonaparte, femme du général Joachim Murat, roi de Naples, et fille de Madame Lotizia.

Pauline Bonaparte, sœur de Napoléon, femme du prince Camille Borghèse.

IV. SÉRIE.

TOME VIII.

10.

« que la reine d'Espagne', viennent aux eaux d'Aix-en<< Savoie. Il serait bien mal à vous de ne pas vous y trou«ver avec une grande partie de votre famille. Je vous « presse de me répondre que vous préférez ce parti, et «dés lors, j'expédierai une personne à Aix, pour trouver « l'habitation convenable et pour arrêter la location. Lors« que la chose sera faite, j'enverrai des chevaux, de l'ar<< genterie et même de la batterie de cuisine, s'il est néces«saire, ainsi que du vin, etc., etc. >>

Madame Mère, après avoir consulté encore ses médecins, se décide à venir à Aix. Le cardinal envoie le sieur Pasqualini qui retient toute la maison Domenget, au prix de deux louis par jour. Un triste événement vint retarder l'arrivée de Madame Lætitia: ce fut la mort de son secrétaire particulier, M. Guien, remplacé par le duc de Cases.

Enfin elle quitta Paris le 22 juin, trois jours avant la déclaration de guerre faite par l'empereur de Russie à Napoléon, et arriva à Aix le 2 juillet. Là vinrent bientôt la rejoindre le cardinal Fesch, ses filles Caroline et Pauline, et sa belle-fille la reine d'Espagne. Sur la fin de son séjour à Aix, elle vit aussi arriver l'ex-impératrice Joséphine, pour laquelle elle avait conservé une certaine affection, malgré son divorce avec l'empereur. On remarqua encore à Aix cette année-là la princesse royale de Suède (Madame Bernadotte, sœur de la reine d'Espagne), la duchesse d'Abrantès, la baronne Lallemand, Talma, Mademoiselle Milliot, Madame de Fontanges, Madame Menon, etc. etc. Après un court séjour à Aix, l'impératrice Joséphine se rendit à Milan pour assister aux couches de sa belle-fille la princesse Auguste de Bavière, femme du prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie.

1 Julie Clary, femme de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne.

« AnteriorContinuar »