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l'eau de la fontaine de Mouxy, et pour comble de malheur la seule fontaine qu'il y eut alors à Aix, et qui était sur la place, un peu au-dessous de l'église, vint à tarir. Le procès avec le marquis d'Aix roule sur ce que celui-ci prétend que la ville, en prenant à Mouxy plus d'eau qu'autrefois, enlève d'autant celle qui fait marcher ses moulins; ce qui fait croire que le marquis d'Aix avait droit au surplus de cette eau. La ville n'ayant outrepassé ses droits, il est à présumer qu'elle gagna le procès.

1778, septembre 18. Le Conseil transige avec l'entrepreneur Basso et s'engage à lui payer, tant pour les travaux à solder que pour ceux qu'il reste à faire, la somme de 2.500 livres, à condition qu'il découvrira le canal depuis le réservoir du faubourg jusqu'à la source, et le recouvrira conformément aux plan et devis de l'ingénieur Capellini, etc., etc. Les travaux semblent avoir été achevés enfin en 1779; il fut alors avec l'eau de Mouxy établi trois fontaines: une au faubourg, une sur la petite place (place des Bains) et la troisième sur la grande place (place Centrale).

1781. Après l'établissement du canal, il fut construit à Mouxy, à 100m15 de la chambre de capitation, un bassin distributeur contenant trois trous d'échappement. L'un au couchant, versant l'eau dans les conduits de la ville: l'autre au sud dans un bassin destiné à la commune de Mouxy, et le troisième au nord, versant dans un petit ruisseau faisant mouvoir des moulins autrefois la propriété des seigneurs de Poypon.

1781, mars 26. Il parait que l'eau venant de Mouxy à la ville avait autrefois été cédée pour une partie aux seigneurs de Saint-Paul, qui en firent une fontaine dans la cour de la maison-forte de Saint-Paul'. Dans la délibéra

Ce château est actuellement la propriété de la famille Chevalley, qui en a hérité de M Caroline Chevalley, épouse de M. l'avocat Benoît Molard.

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tion de ce jour on lit ceci : « Le syndic a reconnu et vérifié que M. Jacques François, droit ayant des nobles de SaintPaul, non content de la portion d'eau douce qui lui fut assignée et fixée par l'architecte Capellini, chargé du devis de la construction des canaux, a fait ouvrir les canaux d'embranchement, faits pour la séparation, ce qui préjudicie à l'eau de la ville ». En présence de cette voie de fait le Conseil prie l'intendant général d'ordonner au dit M. François de remettre les choses en l'état.

1790, janvier 4. Le canal conduisant la source de Mouxy à Aix ayant été mal fait fut par la suite cause d'une infinité de désagréments et de dépenses pour la ville. Le Conseil de ville, ayant reconnu que ce canal est obstrué en plusieurs endroits par les racines des arbres voisins, décide ce jour-là de faire arracher tous les arbres qui sont des deux côtés du canal, jusqu'à la distance de deux trabucs, sauf indemnités aux particuliers, avec défense de n'en plus replanter. Nous reviendrons sur cette question des eaux potables de la ville d'Aix, dans un des chapitres suivants.

Affranchissement des habitants. - 1762, janvier 20. Le roi Charles-Emmanuel III, devançant de plusieurs années les rois de France dans la voie des généreuses réformes, et réalisant les volontés exprimées par son illustre ancêtre le duc Emmmanuel-Philibert, rend un édit qui affranchit les mainmortables, soit les hommes sujets à la taillabilité et à la servitude personnelle. On vit alors en Savoie des mainmortables refuser l'émancipation, aimant mieux rester dans leur ancienne condition de serfs, dont ils ne sentaient pas le poids, plutôt que d'acquérir une liberté au prix d'un sacrifice pécuniaire. De même on a vu, lors de l'affranchissement de l'esclavage en Amérique, des esclaIV SÉRIE. TOME VIII.

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ves refuser la liberté dont ils ne savaient que faire, préférant leur condition avec l'assurance d'avoir du travail et du pain. Le nombre des mainmortables était alors, du reste, très restreint en Savoie.

1766, juin 22. Le Conseil général des communiers d'Aix, assemblé après les vêpres sur la place publique, assisté de Me Antoine Vignet, châtelain, de M. Domenget Gaspard, syndic, et du Conseil de ville, délibère sur les moyens à prendre pour obtenir l'affranchissement général de tous les hommages, servis, droits et devoirs seigneuriaux attachés aux fonds dépendant des fiefs de la paroisse, en payant l'équivalant, conformément à l'édit royal du 26 janvier 1766. L'assemblée décide de députer le syndic de la ville et le sieur Landoz Prosper, conseiller de ville, pour recourir à Sa Majesté aux fins d'obtenir l'affranchissement en question'.

La ville d'Aix ne fut pas la seule à demander l'affranchissement des fonds sujets à taillabilités, laods, cens et autres redevances seigneuriales; d'autres communautés firent alors la même demande. Le roi, mu par un sentiment de généreuse justice envers son peuple, et voulant continuer les réformes inaugurées par ses édits de 1762, 1763 et 1766, demandées même par la noblesse et le clergé, fit publier l'édit du 19 février 1771, accueilli favorablement en Savoie. Je n'analyserai pas ici ce document qui a été déjà si souvent publié: je dirai seulement que les communautés et les particuliers eurent dès lors le pouvoir de traiter de gré à gré avec les possesseurs des fiefs, et qu'en cas de difficulté, ou de contestation, les conditions de l'affranchissement étaient déterminées par un tribunal spécial, appelé la

1 Voir ce document à sa date.

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