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AVANT-PROPOS.

I

Des circonstances qu'il n'est pas besoin d'expliquer ici ont amené les Bénédictins de la Congrégation de France à repeupler en 1880 l'antique abbaye, alors déserte, de Santo Domingo de Silos et à reprendre en Espagne les traditions de leurs ancêtres, les moines de Cluny. Grâce à la bienveillance du gouvernement de Sa Majesté le roi Alphonse XII, grâce à l'appui des archevêques de Burgos et à l'accueil sympathique des populations, grâce surtout, nous ne saurions le taire, au zèle actif et persévérant du chef de cette petite colonie française perdue au fond des arides sierras de la Vieille-Castille, les fils de Saint-Benoît ont pu sauver d'une ruine prochaine de merveilleux cloîtres, chefs-d'æuvre de l'art roman, restaurer un des sanctuaires les plus célèbres de leur ordre dans la Péninsule, et y reprendre leur vie de retraite et d'étude (1). Ajoutons qu'ils ont su faire aimer le nom de la France dans une contrée où le souvenir des guerres de l'Indépendance ne se transmet que trop fidèlement au sein des familles.

Les nouveaux habitants de Silos ont eu la bonne fortune de retrouver et de réunir la plupart des documents anciens qui formaient les archives de cette riche et puissante abbaye; quelquesunes des plus précieuses épaves de son incomparable trésor de manuscrits wisigothiques sont venues les rejoindre, tandis que

la bibliothèque, dispersée comme le reste à la suite des événements de 1835, se reconstituait peu à peu, au prix de sérieux sacrifices.

(1) C'est en vertu d'un décret royal (real orden) que les Bénédictins français ont été autorisés à habiter le monastère de Santo Domingo de Silos.

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Un séjour de huit années dans ce monastère, de nombreuses recherches dans plusieurs archives publiques et privées nous ont permis de faire ample connaissance avec ses titres historiques et fourni le

moyen

de les rassembler dans le volume que nous offrons aujourd'hui au public. Dans son ensemble, ce recueil nous paraît avoir une sérieuse importance pour l'histoire politique et religieuse de l'Espagne au moyen âge. Il renferme deux cent trente-six diplômes royaux, quatre-vingt-cinq bulles pontificales et deux cent cinquante titres divers, émanés de cardinaux, d'évêques, de grands feudataires de la couronne de Castille ou de simples particuliers. Toutes ces pièces, sauf un très petit nombre, une quinzaine environ, sont publiées ici

pour la première fois, la plus grande partie d'après les originaux. Nous donnons le texte complet de tous les documents antérieurs au XII° siècle. A partir de cette époque, il a fallu choisir et ne publier intégralement que les documents les plus importants, nous en tenant d'ordinaire pour les autres à de simples analyses et à de courtes annotations quand le sujet le comportait. Le choix en pareille matière est chose, en général, assez délicate; aussi, quelle qu’ait été notre bonne volonté, ne nous flattons-nous pas

d'avoir réussi au gré de tout le monde. Il fallait pourtant nous borner, sous peine d'alourdir outre mesure un volume déjà passablement chargé. Cette même considération nous a porté à ne pas trop multiplier les notes et les renvois. Elle nous a déterminé également à ne pas donner la longue introduction historique préparée depuis longtemps comme préface à cet ouvrage. Nous la publions à part, en même temps que ce volume, avec les développements que comportent les annales de la vieille abbaye castillane et la grande figure de son abbé, saint Dominique de Silos (1).

Plus d'un lecteur érudit s'étonnera sans doute de ne pas trouver en tête de ce livre une étude sur la propriété en Castille pendant

(1) Histoire de l'abbaye de Silos, avec plusieurs appendices, une notice sur les manuscrits de Silos, etc. Un volume grand

in-8° jésus, orné de 17 planches hors texte et de 2 plans (Ernest Leroux, éditeur, rue Bonaparte, 28, à Paris).

le moyen âge, sur les rapports entre colons et seignenrs, sur les institutions, les meurs et les usages d'une contrée encore peu connue à ces divers points de vue pendant cette période de son histoire. Il eût été facile, en effet, de toucher en quelques mots à chacun de ces points et à plusieurs autres encore; mais nous avons cru qu'il était meilleur de nous abstenir, par la raison que le cartulaire de Silos ne se prête pas dans une assez large mesure à un travail de ce genre. Riche en documents royaux et en bulles pontificales, les chartes privées antérieures à la fin du xie siècle y sont trop clairsemées pour permettre une étude d'ensemble sur l'état de la société à cette époque. Cette æuvre ne pourra être entreprise avec quelque chance de succès qu'à partir du jour où l'Académie espagnole de l'Histoire aura réalisé son projet de publier quelques-uns des nombreux et très importants cartulaires dont elle a depuis longtemps la garde. Nous espérons toutefois que

les érudits feront bon accueil au présent travail, qui a du moins le mérite d'être le premier de ce genre publié sur les anciennes abbayes d'Espagne. Ce sera aussi notre excuse, si nous n'avons pas atteint le but, d'ailleurs bien modeste, que nous nous sommes proposé.

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1. Nous avons dû puiser à plusieurs sources pour réunir toutes les pièces qui forment le cartulaire de l'abbaye de Silos. La première et la plus importante se trouve dans les archives de ce monastère, telles

que

les Bénédictins français ont pu les reconstituer.

B

IN PRINXUE NATIONALE.

Il ne sera pas sans intérêt de dire quelques mots des vicissitudes qu'elles ont traversées pour arriver jusqu'à nous.

Placées à une époque très ancienne, probablement dès le XI° siècle, dans une salle voûtée voisine du vieux chapitre dit Capítulo del Santo, ces archives furent transférées peu après 1560 dans la grosse tour carrée qui formait alors l'angle sud-est de l'abbaye (1). La tour ayant été démolie en 1628, elles revinrent à cette date s’abriter sous les cloîtres (2). Une dernière translation eut lieu en 1750, et dès lors elles occupèrent une grande et belle pièce, que ses solides murailles, ainsi que sa porte et ses fenêtres bardées de fer, mettaient à l'abri d'un coup de main et protégeaient plus encore contre les dangers d'un incendie. Il est à regretter que ces sages précautions aient été si tardives. Le feu avait déjà à plusieurs reprises exercé ses ravages dans le monastère et les archives n'avaient pas complètement échappé à ses atteintes (3). Pendant les

guerres de l'Indépendance, au moment où l'abbaye, tour à tour occupée par les guerrilleros espagnols et par les colonnes françaises, était exposée à de terribles représailles, tous les documents de quelque importance furent mis en sûreté dans divers villages des montagnes voisines (). On fut moins heureux de 1833 à 1837, au milieu des longs troubles occasionnés

par

les guerres civiles. Les partisans de don Carlos, qui avaient établi à Silos un hôpital militaire, transformèrent la salle des archives en un dépôt de poudre et de fusils. Les dégâts causés à cette époque furent considérables. Beaucoup de pièces, nous dit un témoin oculaire, furent dépouillées de leurs sceaux de cire ou de plomb, avec lesquels les soldats fabriquaient des flambeaux et des balles (5).

(1) Arch. de Silos, document B. XLV.5, fol. 21 et 22; Ruiz, Histoire manuscrite, manuscril n° 48, ad ann. 1623-1628.

(3) Arch. de Silos, manuscrit no 116,

Voy. Jes chartes du 5 mai 1384, p. 446; du 24 février 1386, p. 449; du 14 mars 1442, p. 485-487.

(4) Surtout à Moncalvillo, à l'est de Silos (Memoriæ Silenses, t. I, fol. 176).

(5) Rodrigo Echevarría, dans le manuscrit intitulé Memoriæ Silenses.

Sol. 29.

(3) Notamment dans les années 1254, 1350, 1384 et 1442 (Ruiz, fol. 173).

Quelques religieux parvinrent néanmoins à sauver cette fois encore les précieux monuments de l'histoire de leur monastère, qui étaient en outre pour eux les titres de ses nombreuses possessions. Aussi, lorsque, à la suite de la suppression des ordres monastiques, un envoyé du gouvernement de la reine Christine vint au nom de l'État mettre la main sur les archives de Silos, n'y trouva-t-il guère que les débris négligés par

les troupes carlistes. Des trois ou quatre mille pièces que renfermait ce riche trésor, trois cents seulement furent envoyées aux archives nationales de Madrid (1), où l'on n'en trouve plus aujourd'hui qu'une trentaine. Que sont devenues les autres ? Malgré toutes nos recherches, il nous a été impossible de le savoir. — Celles que l'abbé et les moines de Silos avaient réussi à mettre en lieu sûr ont eu un meilleur sort. Les nouveaux habitants de Silos sont parvenus à les retrouver, et presque tous ces vieux parchemins ont repris leur place dans la salle des archives (2). C'est en les parcourant et en les mettant en ordre que, frappé de leur importance, nous avons eu la pensée de faire part au public érudit de tant de précieux titres historiques, encore presque tous inédits et inconnus.

Les documents des archives de Silos sont contenus dans six grandes armoires, portant chacune une des six premières lettres

(1) Nous avons retrouvé à Ségovie, dans le palais épiscopal, parmi les papiers de M" Rodrigo Echevarría, dernier abbé de Silos, mort en 1875 évêque de Ségorie, deux inventaires de toutes ces chartes. Par malheur, ils ne donnent qu'une simple nomenclature par numéros d'ordre, sans autre indication. Ces inventaires sont maintenant aux archives de Silos.

(3) On a même pu y faire quelques additions, dont la plus importante consiste dans l'acquisition des cinquante-cinq gros volumes in-folio dont se composaient les archives officielles de la Congrégation

bénédictine d'Espagne dite Congrégation de Saint-Benoît de Valladolid, auxquels il faut joindre deux volumes d'inventaire, l'un chronologique et l'autre alphabétique. Cette précieuse collection comprend trois parties : 1° Archivo de la Congregacion de San Benito de Valladolid, qui va du vi au xnx siècle (37 volumes); 2. Visita general de monasterios, qui va de 1695 à 1818 (6 volumes); 3o Libros de Becerro de las actas, decretos, etc. de los capítulos generales, de 1509 à 1805 (4 volumes). Elle se termine par une série de huit volumes de duplicata.

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