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Les annales d'Aulps nous offrent l'exemple d'un de ces inexorables abbés dont l'avidité spéculait sur la nourriture des religieux, et les privait du nécessaire. Il serait inutile de raconter les humiliations étranges que ceux-ci eurent à souffrir de sa part; je dirai seulement que cet abbé, qui s'appelait Angelin de Richard, fut obligé à la fin de souscrire une transaction qui réglait la subsistance et l'entretien des moines de la manière suivante : à chaque religieux six petites miches et deux pots de vin blanc par jour; une livre de viande fraîche ou salée les dimanches, lundis, mardis et jeudis ; un œuf à la coque, un potage et deux œufs fricassés, ou à défaut d'œufs, un quart de livre de fromage, les mercredis, vendredis et samedis, et autres jours maigres; quatorze petits florins par tête pour les vêtements; les religieux mangeaient en commun; six chandelles éclairaient le réfectoire ; le prieur retirait portion double; il pouvait se servir d'un bout de chandelle pour se faire reconduire à sa cellule; les autres s'en allaient à tâtons (64). Quoique cette transaction n'eût pas été faite sur des bases bien larges et bien libérales, elle ne fut pas entretenue; un nommé François Maradin, procureur d'Angelin de Richard, et sordide exécuteur des ordres de son maître, réduisit les moines à un tel état de détresse,

(64) Inventaire, etc.

que le bailli de Chablais s'étant rendu à Aulps, en juin 1526, et ayant pénétré au réfectoire à l'heure du dîné, les trouva sans pain et sans pitance, et reçut immédiatement leurs protestations. Ces protestations transmises au chapitre général de Cîteaux, l'abbé de ce monastère fit, en 1528, une ordonnance par laquelle il enjoignit au commandataire de respecter les conventions ci-dessus énoncées; mais cela eut peu d'effet, et les choses continuèrent à se traîner de la sorte jusqu'en 1530, époque où le cardinal de Trivulce obtint la commande (65).

En 1536 eut lieu, comme on sait, l'occupation de la Savoie par les Français, les Bernois et les Valaisans. Ces derniers s'emparèrent du haut Chablais, dont la vallée d'Aulps fait partie; ils maintinrent religieusement l'abbaye, et se contentèrent de lui imposer un administrateur. Les Bernois, qui possédaient le bas Chablais, et qui venaient d'y introduire l'hérésie de Luther, essayèrent vainement d'importer jusqu'à Aulps les nouvelles doctrines; la population indignée barricada l'entrée de la vallée, proche du village de la Verne, dans un endroit appelé la Garde, et y plaça une immense croix, avec l'inscription DEO VERO; c'est ce qui fait qu'aujourd'hui encore l'on donne aux habitants de cette agreste contrée le sobriquet de Véro

(65) Chronique manuscrite.

(un Véro, les Véros), qui perpétue le souvenir de l'héroïque fidélité de leurs ancêtres.

L'abbaye d'Aulps a subsisté paisiblement jusqu'à l'invasion de 1792; elle jouissait de plusieurs droits spirituels, tels que celui d'institution aux cures du Biot et de Saxel. Par une bulle de la douzième année du pontificat de Benoît XIV, les abbés d'Aulps furent confirmés dans la prérogative d'officier pontificalement dans leur monastère et dans les églises qui en dépendaient, avec la mitre, la crosse et l'anneau, pourvu qu'il ne s'y rencontrât aucun évêque ou nonce apostolique (66).

Voici la série de ces abbés, autant qu'il m'a été possible de la bien composer, soit à l'aide de la chronique manuscrite que j'ai si souvent citée, soit à l'aide de l'Inventaire des titres de l'abbaye, soit à l'aide des chartes que j'ai eues entre les mains; cette série est bien différente de celle qu'a donnée Besson, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire des diocèses de Genève, Tarentaise, Aoste et Maurienne.

(66) Documents, no XXXVII, art. 32.

SÉRIE DES ABBÉS D'AULPS.

Guy ou Wuy fut élu premier abbé d'Aulps en 1094 environ; la commémoraison de cet abbé se faisait le 11 janvier de chaque année.

Guérin était abbé d'Aulps en 1120, époque à laquelle il rendit cette abbaye indépendante de celle de Molême. Saint Bernard écrivait en 1138 une lettre à l'abbaye d'Aulps pour la féliciter sur la récente promotion de Guérin à l'évêché de Sion.

Guillaume 1er était abbé d'Aulps en 1140, époque à laquelle il accepta, au nom de l'abbaye, une donation faite par Aymon, baron de Faucigny.

Geoffroy était abbé en 1172.

Thomas fer était abbé en 1176.

Isard était abbé en 1180 et 1186.
Thomas II fut élu abbé en 1188 environ.
Guillaume II fut élu abbé en 1191 environ.
Guillaume III était abbé en 1201 et 1225.
Guillaume IV mourut le 29 janvier 1231.
Pierre était abbé en 1233 et 1242.

Thomas III était abbé en 1249 et 1250.
Pierre de Greysier (Pierre II) était abbé en 1255.
Jean était abbé en 1268; il mourut la même année.
Humbert de Rovoré fut élu abbé en 1268.

Pierre III fut élu abbé en 1270.

Jean II était abbé 1272. Comme la durée de son administration fut très-longue, quelques-uns ont supposé qu'il y avait eu deux Jean consécutifs.

Pierre du Freney (Pierre IV) fut abbé pendant les années 1307 et 1308.

Guillaume de Rovoré (Guillaume V) fut élu en 1309.

Jean de Vernier (Jean III) fut élu en 1333 environ. Guillaume du Rouvenoz (Guillaume VI) fut élu en 1339 environ.

Jacques d'Aulps ou de Rovoré fut élu en 1348, et mourut au commencement de 1350.

Aymon de Rovoré fut élu en 1350, et mourut en 1352.

Jean de Troches (Jean IV) fut élu en 1352, et donna sa démission en 1368 environ.

Hudry de la Balme succéda à Jean de Troches ; mais le comte de Savoie lui suscita un compétiteur en la personne de Rodolphe de Blonay, déjà abbé de Hauterive, qui parvint aussi à se faire élire abbé d'Aulps, et accomplit divers actes de juridiction. Hudry se démit de la dignité abbatiale le 28 juillet 1369.

T

François de la Balme fut élu abbé le jour même de la démission d'Hudry.

François de Bonne (François II) fut confirmé abbé

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