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combats. Marie Stuart, Marie-Antoinetle, se sont agenouillées ici : brillantes reines réservées pour le martyre!... Le premier roi que ces voûtes ont salué après Louis le-Lion, c'est Louis ix, encore enfant, aux mains de la reine Blanche, en attendant que la religion le sacrât de nouveau, et pour l'éternité, du nom de saint Louis. Dans celle stalle s'est assis J.-B. de La Salle, le fondateur de nos écoles ; il y succédait å saint Bruno. Que de souvenirs, quel langage !

En voulez-vous un autre, Messieurs? – Transportez-vous par la pensée à ce square élégant de Saint-Nicaise, dédié par des mains dévouées et attentives aux enfants de nos ouvriers, si heureux d'en gravir les penles ! Vous admirerez ses plantations, sa disposition, ses allées... Appelez l'histoire ! et une transfiguration s'opérera soudain.

Ce monticule, vous dira-t-elle, appartient au XIVe siècle ; il a vu reculer Edouard III et les Anglais en 1359; - les Russes, en 1814, l'ont honoré de leurs boulets. – Ici, le 18 mars 1584, la Ligue, dans la personne de Louis de Lorraine, pénétrait par surprise dans la ville de Reims, pendant que la politique et la prudence veillaient, pour lui barrer passage, au faubourg Saint-Eloi et au chemin de Courlancy.

Voyez-vous ce souterrain voûté devenu un embellissement pour notre square ? Il recouvre exactement l'ancienne voie Césarée; c'est par-là qu'ont passé les victimes de Lampadius : saint Timothée, saint Maur, saint Apollinaire, allant confesser leur foi à la Pompelle. Tout un monde se déroule! Ce n'est plus un jardin que je parcours, c'est un témoin dix-huit fois séculaire me charmant par ses récits. Grâces soient

donc solennellement rendues, au nom de l'archéologie et de l'histoire, à ceux qui l'ont conservé.

III. Mais si l'Histoire et l'Archéologie locales sont inséparables, elles ne peuvent, en outre, être parfaitement comprises que sur les lieux mêmes, et par les chercheurs du pays, ou du moins par ceux qui l'ont habité longtemps.

- A Dieu ne plaise que je laisse échapper, même l'apparence d'une critique, contre les Varin, les Galeron, les Henry, et tous ceux qu’ont séduits les splendeurs de notre passé rémois... Je veux seulement constaler un fait : l'llistoire locale se compose de tant de détails, noms de personnes et noms de lieux, qu'il faut une véritable habitude pour ne pas les défigurer ou les confondre. Nos grands monuments archéologiques ont chacun leur physionomie particulière; l'ail a besoin d'un long exercice pour apprendre à les bien voir. Cette remarque ne m'appartient pas ; elle est du célèbre restaurateur de la Sainte-Chapelle de Paris, M. Lassus. Venu pour étudier les dessins de Willart de Honnecourt, tracés sur place d'après la cathédrale de Reims, à l'époque même de sa construction, l'habile archéologue avait besoin des indications du jeune Rémois qui l'accompagnait; et comme celui-ci s'en étonnait, Lassus lui répondit : « N'ayez nulle surprise ; votre vil est fait au monument, et cela est indispensable pour en saisir les délails; jamais un étranger ne les verra, ni si vite, ni si bien !

Faudrait-il d'autres preuves? – Les savants du Congrés de 1861 ne pouvaient comprendre que l'abside de Saint-Remi sùt de 1170, ni que la même église possédàt des vitraux du 12e siècle, et cela malgré les démonstrations les plus péremptoires. C'est que leurs yeux, familiarisés avec Chartres, se trouvaient dépaysés à Reims. -- Depuis vingt-cinq ans, M. Viollet-Leduc étudie notre cathédrale. Il s'étonne, dit-il dans ses ouvrages, de n'y avoir pas vu les statues traditionnelles de la Synagogue el de l'Eglise (1). Or, ces statues y existent deux fois : au grand portail, et là, nous regardant du haut de la façade du midi, en dimensions gigantesques de sept ou huit mètres de hauteur.

S'ils eusseni été du pays, ou s'ils l'avaient mieux connu, notre cher et regretté M. Henry n'eût pas lu Warméréville et Verdanenne, il eût deviné sans recherche : Warmeriville et Verdavenne ; et M. Alexandre Aubert, curé de Juvigny près Châlons, ne se serait pas obstiné, malgré des réclamations pressantes, dans deux éditions successives d'une Vie de Saint Remi, à démolir le tombeau du grand archevêque en y allelant des chevaux. Il aurait sui, comme tout le monde à Reims, que la pioche et le marteau ont servi seuls à ce vandalisme sacrilége (2).

IV. Que l'Histoire et l'Archéologie locales doivent

(1) « L'Eglise et la Synagogue manquent, dit-il, parmi les > statues de nos grandes cathédrales vraiment françaises, » comme Chartres, Amiens, Reims... elles n'existent qu'à > Paris, )

(Dict. d'arch., t. V, p. 155, art. Eglise. (2) J'ai lu avec soin tout ce que j'ai pu recueillir sur la bataille de Sedan. Les auteurs du pays seuls sont complétement exacts. Les autres, malgré leur incontestable mérite, ont trop souvent défiguré les noms et confondu les localités. Par exemple : le Fond de Gironne, allant de l'ouest à l'est, avec la Vallée de la Givonne, ouverte du nord au sud, etc., etc.

se faire surtoul sur les lieux mêmes et par ceux qui se les sont rendues familières de longue date ; c'est, Messieurs, une tradition aussi ancienne que l'Académie et toujours vivante au milieu d'elle.

Quand elle a choisi pour devise ces deux mots : a servarc et augere », conserver el augmenter, l'Académie en a plus particulièrement appliqué le sens au dépôt de notre histoire locale, aussi bien qu'aux monuments archéologiques qui couvrent ou remplissent notre sol. Ce sont eux qu'elle se glorifie de garder et d'accroître autant qu'elle le pourra. Avec un de nos lauréats de 1873, l'Académie s'applique volontiers å elle-même cet ordre de l'Evangile : a Colligite fragmenta , ne pereant (1). » Recueillons, de peur qu'ils ne périssent, les moindres débris de notre passé historique et monumental. Ou bien avec Pline le Jeune elle aime à dire : « Reverere gloriam veterem et hanc ipsam senectutem quæ in homine venerabilis, in urbibus et monumentis sancta est. Entourons de vénération nos antiquités glorieuses, car le grand âge, digne de respect chez un homme, devient quelque chose de sacré quand il s'agit des monuments et des villes (2) !

Voilà pourquoi l'article premier de nos statuts est conçu en ces termes : « L'Académie de Reims est » constituée dans le but de travailler au dévelop» pement des sciences, des arts et belles-lettres, et » surtout de recueillir et de publier les matériaux » qui peuvent servir à l'histoire du pays (3). »

(1) Joan VI, 12.
(2) Pline Junior. Fp. Lib. VIII, Ep. 21.
(3) Annales de l'Académie, t. I, p. 7.

Voilà pourquoi notre éminent fondateur, le cardinal Goussel, présidant la première de nos séances solennelles, le 4 mai 1843, s'écriait : « C'est pour » l'Académie une assez grande gloire de recueillir , les traditions populaires... de faire de nouvelles » recherches et de publier celles qui sont encore » inédites sur l'histoire... du pays (1). »

Voilà pourquoi l'année suivante M. Bonneville ajoulait : « L'Académie de Reims, Messieurs, a mis v au premier rang de ses obligations celle de ra» viver le patriotisme rémois par la recherche et la

glorification de ce qui, dans les événements, dans , les édifices, dans les maurs, dans les hommes , enfin, a jadis rendu si notable le pays de

Reims (2). ,

Voilà pourquoi, vingt ans plus tard, en 1863, votre président d'alors, M. Leseur, exprimait éloquemment la même pensée. Il conslalait « la part » si large prise par les académies de provinces au » développement des études historiques en France, , et il ajoutait : « Sous des plumes patientes et labo» rieuses, se ranimèrent et revécurent comme par v enchantement de puissantes organisations muni» cipales... Au premier rang, Reims tenait fière» ment sa place. Des travaux considérables, des · monographies savantes, que vous avez consacrées » à son histoire, le publient assez haut (3). )

Et en effet, Messieurs, je m'oublie à vous citer des témoignages, quand il devait me suffire de vous

(1) Annales de l'Académie, t. I, p. 27. (2) Annales de l'Académie, t. II, (3) Séances et Travaux, t. XXXVIII, p. 260.

p. 12.

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