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PROLEGOMÈNES.

CHAPITRE Ier.

L'abbaye de Saint-Georges,

description, ce qui en reste.

Les abbesses de Saint-Georges.

Rennes comptait, avant la Révolution de 1789, parmi ses monuments religieux les plus remarquables, la célèbre abbaye de Saint-Georges. C'était un monastère de bénédictines, fondé au commencement du XIe siècle par Alain III, duc de Bretagne, pour sa sœur Adèle, qui en fut la première abbesse. Il y eut alors comme une lutte d'émulation entre les barons et les grands vassaux pour contribuer à la dotation et à l'entretien du nouvel établissement monastique; chaque illustre famille compta bientôt une de ses filles dans le pieux troupeau que gouvernait la princesse Adèle.

Dans l'espace de huit siècles, qui s'écoula depuis la fondation de Saint-Georges jusqu'à sa décadence et à sa ruine, à l'époque révolutionnaire, ses annales fournissent une série de quarante-cinq abbesses, dont plusieurs furent des femmes d'un mérite supérieur et de vertus éminentes.

Leurs souvenirs, bien oubliés aujourd'hui du vulgaire indifférent, ne revivent guère que dans les actes des vieilles archives

du couvent qui abrita leurs vies. Ils se rattachent encore à ce qui reste des bâtiments de l'abbaye, bien que les vicissitudes du temps et les révolutions en aient étrangement changé la destination. L'abbaye est aujourd'hui une caserne.

Quoi qu'il en soit, elle offre encore aux regards, vers le bas du coteau qui longe, à l'Est de Rennes, la rive droite de la Vilaine, une imposante et monumentale façade.

A mesure qu'on en découvre mieux les proportions, à travers les constructions inégales et les groupes d'arbres qui le voilent à demi, on reconnaît un édifice de dimensions grandioses qui frappe par son harmonieuse et simple gravité.

Sur un ample corps-de-logis, flanqué de deux pavillons, le tout surmonté d'une toiture à la Mansard, se déploie un triple rang horizontal de vingt-trois fenêtres; immédiatement au-dessous s'ouvre une série de dix-neuf arcades en plein cintre, formant portique voûté et rappelant le caractère monastique du bâtiment.

Un fronton central rompt la monotonie de la ligne du faîte; décoré de sculptures élégantes, ce fronton porte à son tympan l'écusson de Bretagne timbré de la couronne ducale. Au-dessus du blason, et surmontant le cintre du fronton, s'élevait en supériorité, dominant tout l'édifice, une croix que le vandalisme républicain renversa en 1792. Des deux côtés de l'écusson de Bretagne, deux figures symboliques, assises, portent les attributs de la Justice et de la Paix : « Justitia et Pax obviaverunt sibi. » Elles semblent placées là pour personnifier les deux vertus principales qui devaient présider au gouvernement de l'abbaye.

Une inscription en majuscules romaines règne au-dessus des baies de l'arcature ouverte à l'étage inférieur de la façade; cette inscription se compose de lettres colossales, formées par des barres de fer boulonnées dans le mur, où elles tracent le nom de MAGDELAINE De La FAYETTE.

Trois écussons, soutenus en pal de la crosse abbatiale, se remarquent encore l'un au centre de l'édifice, les deux autres sur chaque pavillon latéral; le blason qu'ils portaient a été gratté et mutilé c'était celui de l'abbesse Magdelaine de la Fayette, qui écartelait ses armes paternelles de celles de sa mère, issue d'une branche cadette de la Maison de Bourbon. Ce qui précède indique assez que c'est Mme de la Fayette qui fit reconstruire le grand corps-de-logis décrit ci-dessus.

Le 24 mars 1670 furent solennellement posées les deux premières pierres de cet édifice : l'une par Mer Charles-François de la Vieuville, évêque de Rennes; l'autre par Mme l'abBesse Magdelaine de la Fayette. A chacune d'elles était scellée une plaque de cuivre armoriée portant une inscription latine dont la teneur a été consignée dans les archives du monastère. Voici celle de la première pierre :

« In nomine Jesu Altissimi. Illustrissimus D. Carolus « Franciscus de la Vieuville episcopus Rhedonensis, harum "ædium inchoationi adfuit, benedixit, omnibusque J. C. « Sponsis eas habitaturis veram pacem exoptavit. Anno « Christi M° DC LXX°. Indictione VIII. IX Kal. aprilis.

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Sur la seconde pierre on lit

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a Deo optimo maximo favente, Dna Magdalena de la Fayelle natalibus virtutibusque clarissima has aedes vea tustate ruentes in ampliorem formam a fundamentis reno« vandas singulari zelo suscepit inchoavitque, Anno Christi « M° DC LXX°. Indict. VIII. IX Kal. aprilis. »

La construction de Magdelaine de la Fayette n'était qu'une partie des bâtiments de l'abbaye de Saint-Georges. Il reste à peine aujourd'hui la moitié de ce qui en constituait l'ensemble au moment où le gouvernement révolutionnaire, s'emparant violemment de la propriété des religieuses bénédictines, chassa

de leur demeure les innocentes victimes de ses spoliations. En effet, derrière le vaste édifice dont les formes architectoniques accusent la date du XVIIe siècle, venaient se souder

en

équerre, dans la direction du Nord, trois corps-de-logis parallèles, séparés les uns des autres par des préaux; celui du milieu était le jardin de l'abbesse, qu'entourait le cloître, rebâti au commencement du XVIIe siècle par les abbesses Marguerite du Halgouët et Élisabeth d'Alègre. Dans ces spacieux bâtiments étaient répartis, outre les cellules de l'abbesse et des dames de choeur, les dortoirs, le réfectoire, la bibliothèque, l'infirmerie, la salle du chapitre, la sacristie et toutes les dépendances de la communauté. Le cloître et les corps-delogis parallèles, se dirigeant du Sud au Nord, aboutissaient à l'église abbatiale, de style roman: elle se composait d'une nef accostée de collatéraux, d'un transept ou croisée, et d'une abside terminée circulairement avec son deambulatorium, subdivisé en onze travées rayonnant autour du chevet.

Le chœur des religieuses occupait le centre de la maîtresse nef. L'église était orientée, le chevet à l'Est, la grande porte ouvrant vers le Couchant. La vieille et lourde tour du clocher, datant de la fondation primitive, au moins dans ses substructions, existait encore au commencement de notre siècle; elle a été démolie vers 1820.

Le collatéral Nord, dont la muraille extérieure touchait à l'enceinte des fortifications de la ville, avait été agrandi vers 1475. Depuis le x siècle, il était affecté au service de la paroisse de Saint-Pierre-du-Marché, dépendance de l'abbaye de Saint-Georges.

La majeure partie de l'église ne devait pas être antérieure à la fin du xu siècle, puisque, en 1183, le monastère tout entier fut saccagé et brûlé par les routiers anglais de Henri Plantagenest et de son fils Geoffroi.

Il ne nous reste, malheureusement, aucune vue d'ensemble

de ce monument religieux. La lithographie d'un dessin de M. Lorette, représentant la tour romane de l'église, est à peu près tout ce que je connais de plus exact comme souvenir partiel. Ce dessin a été publié dans l'Album Breton de MM. Landais et Oberthur (1842).

Il me souvient aussi d'avoir vu une esquisse due au crayon sûr et exercé d'un ami bien cher et bien regretté, M. Lesbaupin. Cette esquisse reproduit fidèlement une portion de chapelle de l'ancienne église de Saint-Georges. Ce petit fragment offre bien les caractères de l'architecture du XIe siècle : contreforts droits et peu saillants, fenêtres cintrées, en meurtrières, percées dans la partie supérieure du mur; porte romane à voussure surhaussée reposant sur deux colonnettes trapues, munies de chapiteaux grossièrement sculptés; un retrait sur pieds-droits n'a d'autre moulure qu'un chanfrein décoré de frettes. Je regrette que ce croquis n'ait pas été reproduit par la photographie.

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De l'importante et curieuse basilique bénédictine que j'ai essayé de décrire, il ne reste pas aujourd'hui pierre sur pierre. Sur son emplacement a été dressé et nivelé le petit polygone ou cour plantée bordant la rue Louis-Philippe, vis-à-vis de la Motte, et servant aux exercices et aux évolutions des troupes qui occupent la caserne.

Les anciennes dépendances de l'abbaye ont été envahies par des voies publiques ou sont devenues des propriétés particulières. Ainsi, par exemple, en est-il des vignes et des jardins qui s'étendaient vers l'Orient, jusqu'à la route dite aujourd'hui « rue de Viarmes. »

J'ai nommé, au début de cette étude, la première abbesse de Saint-Georges. L'importance de son rôle ressort des nombreux actes du Cartulaire, où figure son nom et où sont consignés les détails de son gouvernement.

Parmi les abbesses qui lui ont succédé jusqu'à Mme de la

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