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génie, indépendamment des rois et des princes. Il fait des chefs-d'æuvre en grands ouvrages de faïence, il les vend à des gens qui payent. »

C'est en lisant ces lignes qu’un bibliographe est tenté d'abandonner ses minutieux contrôles pour courir immédiatement à la recherche de ces chefs-d'auvre en grands ouvrages de faïence, si bien payés par les gens riches de l'époque. Que pouvaient être de tels chefsd'æuvre de grande dimension? Pour quelle raison ont-ils été oubliés, méconnus par les historiens de la céramique? Et comme un érudit a besoin d'être attaché à ses travaux par une longe solide pour ne pas s'échapper, visiter Versoix, Pont-de-Vaux, Dijon, Ferney, avec l'espoir de rapporter des gerbées de documents !

Indépendamment de ces « chefs-d'æuvre », Léonard Racle paya amplement à Voltaire la part que celui-ci lui avait consacrée dans sa Correspondance. L'ingénieux architecte avait inventé une composition en terre propre à revêtir les murailles et les parquets, que Voltaire désigne sous le nom d'argile-marbre; cette argile fut plus tard employée à Ferney pour la construction du sarcophage où était conservé le cæur du philosophe.

N'y a-t-il pas dans ces menues indications de quoi enflammer le zèle des membres des sociétés savantes de la Bourgogne ? Tout est à trouver sur les travaux céramiques de Léonard Racle, malgré l'essai biographique que lui a consacré son compatriote Amanton.

Je m'en tiens à ces deux exemples ; ils montrent le but que j'ai poursuivi dans cet ouvrage, les horizons qu'il ouvre à l'érudit, au biographe, à tous ceux qu'intéresse l'historique de l'art de terre.

III

De longues et patientes recherches ont été faites pour rendre aussi complet que possible l'enregistrement des publications sur la même matière éditées à l'étranger. Si l'on excepte l'Universal Catalogue of books on art, publié par les soins du comité de patronage de South Kensington ?, il n'existe pas en Europe de livres présentant méthodiquement tout ce qui est relatif aux publications d'art; mais une bibliographie traitant de matières spéciales doit être plus complète qu'une bibliographie générale; aussi ai-je apporté tous mes soins à mentionner un certain nombre de publications qui, pour diverses causes, n'avaient trouvé place ni dans la France littéraire de Quérard, ni dans la Bibliographie de la France, ni dans l'Universal Catalogue of books on art.

Le trop grand amas de publications françaises à de certaines époques empêchait le rédacteur de la Bibliographie de la France d'enregistrer des brochures, des mémoires, des notices de quelques pages; il choisissait arbitrairement, le plus souvent d'après le titre, ceux des travaux qui lui paraissaient de nature å intéresser les éditeurs et les érudits : d'où plus d'une lacune dans cette nomenclature des lettres, des sciences et des arts pour ceux qui ont constaté que tel fascicule d'une feuille renferme parfois plus d'idées

1. Londres, Chapman, 1870. 2 vol. petit in-ho.

et de documents qu’un gros volume; je pourrais signaler une soixantaine d'utiles brochures qui, par la médiocre importance que leur accordaient les auteurs de bibliographies, manquent à leurs dictionnaires et sont signalées ici pour la première fois.

Si, d'un autre côté, je me reporte à l'ouvrage le plus complet jusqu'à présent, l'Universal Catalogue of books on art, et que je le soumette å un contrôle rigoureux, rien qu'en ce qui touche l'Italie moderne je trouve qu'avant 1870, date de la publication de ce dictionnaire, une vingtaine d'études sur la céramique n'ont pas été relevées par l'auteur anglais : on n'y trouve ni les noms ni les travaux d'Eugenio Alberi, de Giambatista Baseggio, de Lorenzo Bellini, d'Alessandro Biancoli, de Giuseppe Boschini, de Geremia Delsette, d'Alessandro Foresi, d'Amedeo Gioanetti, de Giuseppe Hilbrat, de Magalotti, de Giuseppe Novi, de Batista Pericoli, de Ranghiasci Brancaleoni, de Concezio Rosa, de Gaetano Rosina, de Gabrielle de Simone, etc.

Mais moi-même j'eusse été exposé à de pareilles lacunes si je n'avais obtenu de M. Eugène Piot l'autorisation de faire des recherches dans sa riche bibliothèque. Pendant ses nombreux séjours en Italie, le savant collectionneur recueillit sur place un certain nombre de notices qui, écrites spécialement per nozze (pour les noces), et tirées à un nombre restreint, restent entre les mains des parents, des amis de l'auteur et sont plus tard presque impossibles à se procurer.

On a beaucoup vanté la patience des Allemands, leur esprit méthodique, l'exactitude de leurs informations en matière bibliographique ; c'est ainsi que j'ai cru jadis à l'importance de l'ouvrage d'Oettinger, Bibliographie biographique universelle, dont le soustitre développe la pensée qui a guidé l'auteur :

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Dictionnaire des ouvrages relatifs à l'histoire de la vie publique et privée des personnages célèbres de tous les temps et de toutes les nations 1, Craignant que quelques études sur Palissy n'eussent échappé à mes recherches, je consultai OEttinger au mot Palissy. Son nom n'est pas même inscrit! Une trentaine de biographies, de notices, ont été publiées en France et à l'étranger sur la vie et les travaux du célèbre potier; l'Allemand n'a pas jugé à propos de les enregistrer dans sa Bibliographie biographique, jugeant sans doute que Bernard Palissy était peu digne de figurer dans les rangs des « personnages célèbres de toutes les nations ».

Son dictionnaire, M. OEttinger l'appelle pourtant (i un glorieux fait d'étude et de persévérance allemande, » Il parle de son « inébranlable assiduité », de son « courage », même de son « intrépidité »; il déclare que pour « embrasser un projet d'une telle étendue », pour accomplir une tâche aussi colossale, « trente vies d'homme bien remplies suffiraient à peine » !!!

La vérité est que M. OEttinger a élevé dans son dictionnaire un Panthéon aux absents. J'y cherche trace de trois hommes considérables par leurs recherches : Bernard Palissy, Bættger, Josiah Wedgwood, et je vois trois niches vides. Si c'est à ce titre que le bibliographe allemand se décerne les épithètes de « studieux, persévérant, assidu, intrépide », on peut mettre en regard dans la balance la légèreté française représentée par les travaux des Brunet et des Quérard.

1. Paris, Lacroix, 1866. 2 vol. grand in-8°. La première édition avait paru en 1862 à Leipzig.

IV

Une bibliographie des ouvrages ayant trait aux arts céramiques nécessite un classement différent de celui des ouvrages relatifs aux lettres ; aussi, tout en appréciant la méthode des grandes bibliographies générales, ne m'en suis-je que peu préoccupé, commandé par la mise en ordre de traités spéciaux dont nul essai de classement n'avait été tenté jusqu'ici.

Tout d'abord deux divisions s'imposèrent, la technique et l'esthétique, qui ne peuvent marcher l'une sans l'autre, et qui cependant différent essentiellement par les résultats qu'en attend l'industrie ou l'art.

A prendre pour exemple les ouvrages traitant des argiles, des tuiles, des briques de construction et des poteries grossières, pouvaient-ils faire partie de la classe des publications relatives aux majoliques, aux @uvres des Palissy, des Della Robbia, des ateliers des Médicis ou de la fabrique d'Oiron ?

Si le trait d'union de la cuisson rapproche les produits industriels des pièces artistiques, ce trait d'union ne commande pas moins le classement à part des Traités, Manuels, Précis, sous peine de leur faire faire pauvre figure en regard des histoires célébrant les splendeurs des arts céramiques. Le musée du Conservatoire des arts et métiers, annexé aux collections du Louvre, paraîtrait forcément aride et pauvre.

Il est rare qu'une table de matières de grandes publications périodiques réponde absolument aux besoins immédiats des érudits. A suivre le système

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