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PRÉFACE

I

L'histoire des arts céramiques est pour ainsi dire toute moderne, car c'est un fait isolé que les écrits de Bernard Palissy au xvre siècle.

Au xviie siècle, rien que des édits de prohibition à propos des fabriques privilégiées.

Au XVIIe siècle, c'est seulement lors de la publication de l'Encyclopédie que des aperçus sur la fabrication de la poterie, de la faïence, de la porcelaine, devaient trouver place forcément dans cette étude de toutes les industries; à partir de là, on commença à publier quelques traités techniques relatifs à la poterie; mais il était réservé au XIXe siècle, vers 1850, d'entrer de plain-pied dans cet art, d'y pousser, d'en donner l'historique, d'étudier en même temps les grands centres comme leurs plus petits réseaux et d'en faire pressentir la renaissance.

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C'est à l'emmagasinement de ces recherches qu'est dû l'ouvrage actuel.

Appelé à un poste qui m'entraînait fréquemment à des recherches immédiates, ne me contentant pas de donner des réponses vagues à ceux qui voulaient bien me consulter, voyant chaque année grossir le flot des publications sur cette matière spéciale, j'ai cru qu'une bibliographie était appelée à rendre de certains services.

En disant par quels moyens mes recherches ont abouti à des renseignements nouveaux, intéressant l'histoire des arts céramiques, j'expliquerai la méthode qui m'a guidé.

II

Elle n'est que superficielle l'aridité des travaux bibliographiques; leurs auteurs non seulement trouvent de l'intérêt à cet enregistrement de l'état civil d'ouvrages dont les pères sont parfois inconnus, mais l'application que réclame une besogne si minutieuse est oubliée et rend la tâche passionnante quand, pénétrant au cœur d'un ouvrage, le bibliographe ne se contente pas d'inscrire, comme un greffier, le titre, le nom de l'auteur, la date de la publication et son format. S'élevant d'un cran, le bibliographe fait parfois de menues découvertes qui le payent de son application.

A l'appui je citerai deux faits qui peuvent mettre sur la piste de nouveaux documents, car une bibliographie qui ne serait pas une pépinière de renseignements n'aurait pas de raison d'être.

Aucun dictionnaire bibliographique, à ma connaissance, ne mentionne le titre d'un Mémoire justificatif de Joseph Hannong l'ainė, le célèbre fabricant de faïences de Strasbourg et d'Haguenau. Il avait à se plaindre des « vexations » du cardinal de Rohan; il le fit par voie d'imprimé. On a par son cahier de doléances un aperçu de la protection ou des restrictions des rois et des princes vis-à-vis de l'industrie manufacturière de leur époque. Le développement donné à son établissement par Joseph Hannong, l'embarras de ses affaires, la chasse et la pourchasse des créanciers, assignent au fabricant une place dans le martyrologe des industriels trop entreprenants qui ne comptent pas avec l'argent, le plus impitoyable des bourreaux. Ce mémoire, imprimé en 1781, à Dourlach en Allemagne et répandu en France, fut sans doute saisi et détruit comme injurieux pour les hauts personnages qu'il mettait en jeu. Il est d'une extrême rareté. Les auteurs de monographies sur les manufactures provinciales ne citent même pas son titre; ils n'eussent pas manqué d'analyser un document qui éclaire si vivement la vie tourmentée du plus important fabricant de ces contrées.

Ce mémoire, qui fait partie du fonds de la bibliothèque de l'Arsenal, apparaît donc, pour la première fois, dans une bibliographie spéciale et sera nécessairement consulté par les biographes.

Un autre inventeur, sur lequel les traités de céramique se taisent également, est Léonard Racle, de Dijon; heureusement, Voltaire le vengea par avance de l'indifférence des céramographes.

Architecte et ingénieur, Racle avait établi à Versoix, dans le Jura, une manufacture de faïence qu'il transféra plus tard à Pont-de-Vaux. « M. Racle, écrivait à cette occasion Voltaire, se tire d'affaire avec son

génie, indépendamment des rois et des princes. Il fait des chefs-d'œuvre en grands ouvrages de faïence, il les vend à des gens qui payent. »

C'est en lisant ces lignes qu'un bibliographe est tenté d'abandonner ses minutieux contrôles pour courir immédiatement à la recherche de ces chefs-d'œuvre en grands ouvrages de faïence, si bien payés par les gens riches de l'époque. Que pouvaient être de tels chefsd'œuvre de grande dimension? Pour quelle raison ont-ils été oubliés, méconnus par les historiens de la céramique? Et comme un érudit a besoin d'être attaché à ses travaux par une longe solide pour ne pas s'échapper, visiter Versoix, Pont-de-Vaux, Dijon, Ferney, avec l'espoir de rapporter des gerbées de documents!

Indépendamment de ces « chefs-d'œuvre », Léonard Racle paya amplement à Voltaire la part que celui-ci lui avait consacrée dans sa Correspondance. L'ingénieux architecte avait inventé une composition en terre propre à revêtir les murailles et les parquets, que Voltaire désigne sous le nom d'argile-marbre; cette argile fut plus tard employée à Ferney pour la construction du sarcophage où était conservé le cœur du philosophe.

N'y a-t-il pas dans ces menues indications de quoi enflammer le zèle des membres des sociétés savantes de la Bourgogne? Tout est à trouver sur les travaux céramiques de Léonard Racle, malgré l'essai biographique que lui a consacré son compatriote Amanton.

Je m'en tiens à ces deux exemples; ils montrent le but que j'ai poursuivi dans cet ouvrage, les horizons qu'il ouvre à l'érudit, au biographe, à tous ceux qu'intéresse l'historique de l'art de terre.

III

De longues et patientes recherches ont été faites pour rendre aussi complet que possible l'enregistrement des publications sur la même matière éditées à l'étranger. Si l'on excepte l'Universal Catalogue of books on art, publié par les soins du comité de patronage de South Kensington 1, il n'existe pas en Europe de livres présentant méthodiquement tout ce qui est relatif aux publications d'art; mais une bibliographie traitant de matières spéciales doit être plus complète qu'une bibliographie générale; aussi ai-je apporté tous mes soins à mentionner un certain nombre de publications qui, pour diverses causes, n'avaient trouvé place ni dans la France littéraire de Quérard, ni dans la Bibliographie de la France, ni dans l'Universal Catalogue of books on art.

Le trop grand amas de publications françaises à de certaines époques empêchait le rédacteur de la Bibliographie de la France d'enregistrer des brochures, des mémoires, des notices de quelques pages; il choisissait arbitrairement, le plus souvent d'après le titre, ceux des travaux qui lui paraissaient de nature à intéresser les éditeurs et les érudits: d'où plus d'une lacune dans cette nomenclature des lettres, des sciences et des arts pour ceux qui ont constaté que tel fascicule d'une feuille renferme parfois plus d'idées

1. Londres, Chapman, 1870. 2 vol. petit in-4°.

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