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Innocent Mi félicite les consuls et les habitants de Montpellier d'avoir fait

la paix avec Pierre, roi d'Aragon, et approuve l'accord conclu entre

eux.

Innocentius episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis, consulibus et populo Montispessulani, salutem et apostolicam benedictionem.

Cum illius locum, licet immeriti (“), teneamus in terris qui discordias detestatur, ne in hiis, que pro bono pacis facta noscuntur, questionis scrupulus vel fomes discordie valeat suboriri, apostolica debet circumspectio providere.

Eapropter, dilecti in Domino filii, vestris postulationibus grato concurrentes assensu, compositionem inter vos et carissimum (9) in Cristo filium nostrum, illustrem regem Aragonum, per venerabilem fratrem nostrum, Magalonensem episcopum, super controversiis, guerris et dissentionibus rationabiliter initam, sicut sine pravitate facta est, et ab utraque parte sponte recepta, interposito juramento, et in vestris ac ejusdem Regis autenticis plenius continetur, auctoritate apostolica confirmamus.

Nulli ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostre confirmationis infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem hoc attemptare presumpserit, indignationem omnipotentis Dei et beatorum Petri et Pauli, apostolorum ejus, se noverit incursurum.

Datum Laterani, idibus (*) aprilis, pontificatus nostri anno decimo.

Bibliographie. Archives municipales de Montpellier, arm. E, cass. 5, n° 2186 de l'Inventaire Louvet, publié par M. J. BERTHELÉ; original sur parchemin; le sceau a disparu; cordons de soie jaune et rouge, encore attachés; – Grand Thalamus, fol. 6 ro; Innocentii III epistolæ, éd. BALUZE, t. II, p. 851 ; éd. MIGNE, I. II, col. 1338; Gallia christiana, t. VI, Instr., col. 363; BOUQUET, Recueil, t. XIX, p. 487; POTTHAST, no 3084; F. FABRÈGE, Hist. de Maguelone, t. I, p. 352; – GARIEL, Series, t. I, 277.

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(3) Original : idibus ; Grand Thalamus : ydus.

?) Original : immeriti ; Grand Thalamus : inmeriti.

(2) Original : carissimum ; Grand Thalamus: karissimum.

Pour bien comprendre cette bulle d'Innocent III et le motif pour lequel il la donna, nous devons remonter aux causes de la petite révolution qui éclata à cette époque à Montpellier.

Nous savons comment Pierre d'Aragon, à qui Guillem VIII avait recommandé ses enfants et ses domaines, s'acquitta de ses devoirs : il alla jusqu'à les confisquer à son profit en épousant son héritière. Roi d'Aragon, seigneur de Montpellier, révant peut-être de reconstituer à son profit l'ancien royaume wisigothique, Pierre alla se faire couronner roi à Rome par Innocent III. De grandes dépenses s'ensuivirent.

A son retour de Rome, il dut soutenir son frère alors en guerre contre le comte de Forcalquier et fait même prisonnier par ce dernier (Cf. Hist. gen. de Languedoc, t. VI, p. 239). En même temps, et pour accomplir le serment prêté à Innocent III la veille du couronnement, il avait entrepris une campagne contre les Albigeois (Ibid., p. 240).

Pour subvenir à toutes ces dépenses, Pierre fut obligé de lever des subsides sur ses sujets d'Aragon; mais il dut prendre des ménagements avec les bourgeois de Montpellier protégés par la charte du 15 août 1204. A l'impot il préféra l'emprunt: il en fit deux, l'un de 75.000 sols melgoires, pour lequel il donna en gage le château et les revenus de Lattes; l'autre de 100.000 sols de la même monnaie, donnant, comme gage de ce dernier, le château et les revenus de Montpellier. En tout 175.000 sols melgoires et non 800.000 comme le dit GARIEL (Series, t. I, p. 273).

Or Pierre agissait dans la circonstance avec aussi peu de scrupule que lors des fiançailles de la petite Sancie qui venait à peine de naitre. Il engageait les biens de sa femme sans la consulter, ainsi que nous croyons pouvoir le conclure des actes qui se rapportent à cet événement.

Les historiens ont accordé, nous semble-t-il, trop de confiance à GARIEL (loc. cit.), pour juger des causes de la révolte des habitants. D'après lui, les Montpelliérains se seraient révoltés à cause du peu d'égards que le roi aurait eus pour leurs coutumes.

La véritable cause de la révolte ne serait-elle pas indiquée dans le passage de l'acte d'accord du 27 octobre 1206, le seul document qui nous soit parvenu sur cette affaire (Cf. Hist. gen. de Languedoc, t. VIII, col. 534 à 538).

Cum d. rex et d. regina nihil de ipsis nisi bonam fidem in hoc pignore possint vel debeant suspicari pro eadem suspicione tollenda, et ut utrique parti jus suum plenius conservetur ne forte, quod Dominus avertat, simile contingat vel deterius quod jam dignoscitur contigisse, nos ad honorem et utilitatem d. regis et d. regine el hominum Montispessulani castrum el villam de Latis, castrum de Omelassio, munitiones quoque et villas, et omnia alia castra extra villam Montispessulani posita, ad jus prædictorum pignorum pertinentia, DURANTE PIGNORE, bona fide lenebimus, etc.

La cause de la révolte nous paraît suffisamment indiquée dans ce passage. Si les bons bourgeois de Montpellier avaient eu à se plaindre de la violation de leurs libertés par le roi d'Aragon, ils auraient eu soin de le mentionner et de faire ajouter dans le traité de paix une clause spéciale. Or rien de tel. Les habitants de Montpellier se révoltèrent parce que Pierre, qui leur avait emprunté 175.000 sols, avait voulu transformer cet emprunt en impot déguisé, les traiter

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comme ses sujets d'Aragon, et reprendre les gages qu'il avait donnés en garantie des remboursements de la somme empruntée.

A cette cause première, qui est de beaucoup la plus importante, on pourrait en ajouter une autre : le sans-gêne avec lequel Pierre avait traité Marie et les habitants de Montpellier, en disposant de leur ville en faveur de Raymond VII, fiancé à Sancie, sa fille. Cette hypothèse pourrait être soutenue pour ne pas rejeter absolument la leçon de GARIEL qu'ont suivi les historiens modernes.

Il y a plus encore, à notre avis, et c'est ici qu'éclaterait le sans-gène, la duplicité ou la fourberie de Pierre d'Aragon envers les habitants de Montpellier. Il aurait contracté ces emprunts et engagé les biens de sa femme sans la consulter, ou bien il aurait trompé les habitants en leur promettant la signature de Marie. Toujours est-il que, condamnés à payer 40.000 sols pour dédommager la reine des dégats faits à son château de Montpellier et des autres dommages causés à son préjudice, les consuls exigent qu'elle signe le billet de 100.000 sols dont le gage, ainsi que nous l'avons dit, était surtout le château et les revenus de Montpellier, aliud instrumentorum prædictorum csolidorum cum juramento laudaverit et sigillo suo muniri fecerit. Marie, dont Pierre disposait de la fortune avec tant de facilité, n'était pas présente quand le traité de paix fut signé, et la brouille était déjà dans le ménage royal quand Pierre contracta toutes ces dettes,

Maintenant que nous croyons avoir exposé suffisamment les causes du conflit, nous n'avons pas à entrer dans le détail des faits. L'évèque de Maguelone s'interposa à la fin, et la paix fut conclue à Villeneuve, en présence du légat du Pape, Pierre de Castelnau (Cf. sur ces faits, Hist. gen. de Languedoc, t. VI, p. 246; ZURITA, Anales de la Corona de Aragon, liv. II, ch. 52; – et surtout F. FABRÈGE, Hist. de Maguelone, t. I, p. 352).

Innocent III approuva le traité de paix par la bulle que nous publions. Agit-il en qualité de suzerain, comme le veulent certains historiens ? A plusieurs reprises, nous verrons ce Pape parler de sa suzeraineté sur les seigneurs de Montpellier. C'était exact pour une partie de leurs possessions, mais non pour leur ville seigneuriale. Il ne pouvait ignorer que bien avant lui Alexandre III l'avait prise sous sa protection et avait protégé son commerce (voir Nos 98 et 99) sans exiger cependant aucun cens en signe de vassalité; enfin nous allons dire bientot (voir N° 197) comment et dans quelles conditions fut établi le cens que cette ville devait payer annuellement au Saint-Siège. Si le Pape était suzerain du comté de Melgueil, il ne l'était pas de la ville de Montpellier; au point de vue féodal, elle dépendait des évêques de Maguelone qui pouvaient en disposer, et, de fait, en disposèrent suivant leur bon plaisir.

Innocent III intervint en cette circonstance à un autre titre. Dans le traité de paix conclu à Villeneuve, il y avait une clause concernant le serment qu'aurait fait Pierre contre les exilés de Montpellier. Ce serment embarrassait la conscience de notre monarque; il aurait voulu, pour pardonner définitivement, en obtenir dispense; mais ni Guillaume d'Autignac ni le légat, Pierre de Castelnau, ne crurent pouvoir par eux-mêmes satisfaire à ce désir royal, et ils conseillèrent de recourir à Innocent III.

Il a donc dù exister une autre lettre de ce Pape accordant au roi d'Aragon la dispense demandée, et, probablement, de la même date que celle que nous commentons. Aussi longtemps que le Pape n'avait pas accordé à Pierre la dispense, les habitants de Montpellier pouvaient craindre que, par scrupule de conscience, et nous connaissons la délicatesse de ce prince sur ce point –, il ne voulut pas accomplir entièrement et intégralement les conditions de la paix.

Ce motif, nous n'en doutons pas, dut pousser Innocent III à écrire cette bulle aux habitants de Montpellier pour les rassurer.

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Innocent In écrit aux consuls de Montpellier au sujet des crimes de

Raymond VI et de l'excommunication lancée contre lui.

Innocentius episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis, populo Montis Pesulani, salutem et apostolicam benedictionem.

Detestabile scelus et immense (1) crudelitatis tyrannidem (9) quam comes Tolosanus, Dei et Ecclesie inimicus, exercet, venerabiles fratres nostri, Avinionensis et Cavallicensis episcopi, et dilectus filius P[etrus de Castro Novo, Apostolice Sedis legatus, necnon et multi Ecclesiarum prelati suis nobis litteris intimarunt. Sane sicut ex litteris predictorum accepimus, idem comes, contra prestitum veniens juramentum, precipuus fautor hereticorum et defensor existit, et ecclesias et quelibet religiosa loca et universam terram nimia crudelitate devastat, qui quandam ecclesiam in diocesi Carpentoracensi, quam in fide et securitate sua receperat, combustis ibi plus quam sexaginta hominibus, mulieribus et parvulis, in testimonium proprie crudelitatis combussit, et quandam grangiam monasterii Aque Belle, Cisterciencis ordinis, destruxit ; Quadragesime violator ; pedagia nova instituit; antiqua intollerabiliter nititur augmentare; ecclesias in castellum et guerram faciendo de ipsis facit speluncam latronum, nonnullas earum tradendo Judeis, qui in Cristiani nominis contumeliam Cristianis ibi mulierculis abutuntur. Quoque venerabili fratri nostro, Carpentoracensi episcopo, civitatem suam et duo castella, cum villis eisdem adjacentibus ; et monasterio Sancti Willelmi Sancti Paragorii et Sancti Martini ecclesias abstulit violenter. In gravem insuper Cristianorum oppressionem publica officia Judeis committere non veretur, pacem juratam in terra observare penitus contradixit; imo eam modis quibus potest

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(1) Orig.: inmense.

(2 Orig.: Tirampnidem.

nititur violare, nolens adversariis suis justitiam exhibere cum ipsi justitie se offerant parituros.

Cumque a dilectis filiis, abbate Cisterciensi et P[etro] de Castro Novo, Apostolice Sedis legatis, assistentibus eis venerabilibus fratribus nostris, Arelatensi archiepiscopo, et Vivariensi, et Nemausensi episcopis, necnon et multis aliis episcopis et prelatis, ipse cum fautoribus suis excommunicationis esset vinculo innodatus, paucis diebus elapsis, in presentia ipsius archiepiscopi et carissimi in Cristo filii nostri, illustris regis Aragonum ac multorum abbatum et aliorum , tactis corporaliter sacrosanctis evangeliis, juravit publice quod eorumdem legatorum mandato pareret super omnibus pro quibus fuerat excommunicationis vinculo innodatus. Die igitur pro suscipiendo mandato juxta suum beneplacitum assignata, idem comes, ut eorum intentionem eluderet , Sedem Apostolicam appellavit; et licet mandatum in virtute prestiti juramenti injungeretur eidem, illud tamen nec audire voluit nec servare. Iidem (') vero appellationem ipsius attendentes penitus nullam esse, ipsum tam pro reatu perjurii quam pro dictis excessibus cum omnibus suis fautoribus excommunicationis vinculo innodarunt, proprietates ejus et loca ad que devenerint interdicti sententie supponendo.

Cum igitur juxta testimonium evangelice veritatis viri pacifici in beatorum numero computentur, universitatem vestram monemus, consulimus et hortamur, in remissionem vobis peccaminum injungentes, quatinus, ad defensionem Ecclesie ac pacem terre servandam, dextras vobis societatis invicem dando juramentis vos ad hoc mutuis obligatis, ut sic dicti comitis nequitia confundatur, et terra ipsa in statu pacifico perseveret.

Datum Viterbii, xuu kalendas septembris, pontificatus nostri anno decimo.

Bibliographie. Archives municipales de Montpellier, arm. E, cass. 5, n° 2187 de l'Inventaire Louvet, édité par M. J. BERTHELÉ; original sur parchemin; le sceau de plomb a disparu ; cordons de chanvre encore attachés.

Cette lettre d'Innocent III, que nous n'avons vu mentionnée nulle part, présente un grand intérêt. Elle explique, en effet, un point resté obscur de l'histoire de Raymond VI, et précise ses rapports avec Pierre de Castelnau.

Le 29 mai 1207, le Pape écrivit à Raymond VI une lettre fulminante contenant les principaux griefs des légats contre lui. Il accuse le comte de violer le saint

(1) Ms.: Idem.

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