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Innocent III écrit à l'évêque et à l'archidiacre de Maguelone de faire

observer la sentence rendue par Thédise en faveur des bourgeois de Montpellier contre le monastère de Franquevaux, et recommande à l'évêque de bien veiller sur son troupeau.

Innocentius episcopus, servus servorum Dei, venerabili fratri episcopo et dilecto filio J[ohannis, archidiacono Magalonensi, salutem et apostolicam benedictionem.

Dilecti filii Johannes Bocados, A., P., B., W., Jo., et quidam alii Montis Pesulani burgenses nostris auribus intimarunt quod, cum inter ipsos ex parte una, et abbatem ac conventum monasterii Francarum Vallium , diocesis Nemausensis, ex altera, super quibusdam debitis coram dilecto filio magistro Tedisio, non ex delegatione nostra, questio verteretur, idem, cognitis cause meritis abbatem et conventum predictos sibi sententialiter condempnavit, sententiam ferens excommunicationis in eos, nisi super hoc termino sibi satisfacerent constituto ; quod iidem postmodum efficere non curantes eandem excommunicationis sententiam temere incurrerunt.

Quocirca discretioni vestre per apostolica scripta mandamus, quatinus sententias ipsas, diffinitivam videlicet sicut est justa, excommunicationis vero sicut rationabiliter est prolata, usque ad satisfactionem condignam faciatis per censuram ecclesiasticam, appellatione remota, firmiter observari.

Tu denique, frater episcope, super te ipso et credito tibi grege taliter vigilare procures, extirpando vitia et plantando virtutes, ut in novissimo districti examinis die coram tremendo judice, qui reddet unicuique secundum opera sua, dignam possis reddere rationem.

Datum Laterani, iii kalendas februarii, pontificatus nostri anno quinto decimo.

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Bibliographie. Archives municipales de Montpellier, arm. E, cass. 5, n° 2188 ; original sur parchemin, sceau attaché avec cordons de chanvre.

Date. L'original porte la date de 1212, écrite postérieurement. En réalité cette bulle est de 1213 ; Innocent UI ayant été couronné le 22 février, la quinzième année de son pontificat a commencé le 22 février 1212.

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Nous ignorons quel fut le sujet de cette bulle, et quelle était la cause du différend qui s'était élevé à cette époque entre l'abbaye de Franquevaux et la ville de Montpellier. Le fait se passa sous l'abbatiat de Pierre Benoît. Quant à l'archidiacre de Maguelone, à qui cette bulle est adressée, nous croyons que c'était Jean de Montlaur, qui remplaça Bertolfe dans la dignité de prévôt, et lui succéda sur le siège de Maguelone, ainsi que nous le verrons dans le tome second de cette publication.

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Innocent III recommande à l'évêque de Maguelone d'augmenter le nombre des églises les fidèles de Montpellier pourront recevoir les sacrements.

Innocentius episcopus, servus servorum Dei, venerabili fratri Magalonensi episcopo, salutem et apostolicam benedictionem.

Dilecti filii, consules Montispesulani, nobis humiliter supplicarunt, ut cum sola ecclesia beati Firmini, que infra muros ville sue parrochialis existit, multitudini populi non sufficiat sacramenta ecclesiastica ministrare, in quattuor aut quinque ville ipsius ecclesiis dari penitentias et sacramenta ecclesiastica faceremus. Volentes igitur in hac parte tue fraternitati deferre, per apostolica tibi scripta mandamus quatinus super hoc taliter providere procures, quod ex inde non emergat periculum animarum; nec nos, si secus, quod non credimus, egeris, aliud statuere officii nostri debito compellamur. Tu denique, frater episcope, super te ipso et credito tibi grege, taliter vigilare procures, exstirpando vitia et plantando virtutes, quod in novissimo districti examinis die coram tremendo judice, qui reddet unicuique secundum opera sua, dignam possis reddere rationem.

Datum Laterani, iii kalendas februarii, pontificatus nostri anno quinto decimo.

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Bibliographie. Archives municipales de Montpellier, Livre Noir, fol. 25 vo, et Grand Thalamus, fol. 8 vo; GERMAIN, La Paroisse à Montpellier au moyen âge, p. 8; Hist. de la commune de Montpellier, t. III, p. 300; – GARIEL, Series, t. I, p. 314; Gallia christiana, t. VI, Instr., p. 367; Abbé Vinas, Notre-Dame des Tables, p. 183; L. GUIRAUD, Hist. du Culte et des Miracles de Notre-Dame des Tables, p. 82; Migne, Patr. lat., 1. CCXVI, col. 782.

Cette bulle a été assez mal interprétée par nos historiens locaux, surtout par ceux qui se sont occupés spécialement de Notre-Dame des Tables. On constatera

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avant tout que le nom du célèbre sanctuaire montpelliérain n'y figure pas, et que le Pape ne fait pas plus allusion à cette église qu'à toute autre. Remettons les choses au point, et considérons la paroisse au point de vue purement canonique, comme le fait le Pape.

Dans l'agglomération qui forme aujourd'hui la ville de Montpellier, il y avait deux juridictions, soit au point de vue temporel, soit au point de vue spirituel: la juridiction de l'évêque ou Montpellieret, et la juridiction des Guillems ou Montpellier. A ces deux juridictions temporelles correspondaient deux juridictions spirituelles ou paroissiales : Saint-Denis de Montpelliéret et Saint-Firmin de Montpellier. Ces deux paroisses dépendaient de la mense capitulaire, ainsi que le sanctuaire de Notre-Dame des Tables. Cette situation n'a jamais changé au cours des siècles jusqu'au jour où nos évêques, après les guerres religieuses, durent relever les églises de Montpellier, et formérent de nouvelles circonscriptions dont nous n'avons pas à nous occuper; mais, pendant tout le moyen âge, NotreDame des Tables n'a pas eu, au point de vue canonique, une situation privilégiée, et c'est à tort qu'on a voulu la transformer en «aide de paroisse», ou en «succursale privilégiée».

Cette interprétation inexacte de la bulle d'Innocent III provient de ce que certains de nos historiens ont voulu en élargir le sens, et ont cru que les consuls de Montpellier avaient demandé l'érection de nouvelles paroisses. Il n'en est rien : les consuls n'ont pas fait cette demande et Innocent III ne l'a pas accordée.

Cette erreur peut encore s'expliquer sous la plume d'un laïque, peu'au courant souvent du droit canonique: nous expliquons ainsi la méprise de THOMAS (Mémoires historiques sur Montpellier, p. 278) et de GERMAIN (Hist. de la commune de Montpellier, t. III, p. 360, celui-ci d'ailleurs s'est corrigé dans son étude sur la Paroisse à Montpellier, p. 8); mais cette erreur nous surprend sous la plume d'un homme aussi autorisé que l'était l'abbé Vinas, et dont la monographie sur le célèbre sanctuaire est, à nos yeux, du plus grand mérite. Après avoir dit (p. 182) que Notre-Dame des Tables fut érigée en paroisse , il avoue (p. 198) que sa situation vis-à-vis de Saint-Firmin était inférieure à celle des succursales de nos jours, même après la bulle d'Innocent III et la cérémonie qu'il rapporte tout au long. Rien de plus exact : Notre-Dame des Tables n'a pas été une succursale, même privilégiée, et pas plus que les autres églises de Montpellier elle n'a été une aide de paroisse.

Voici , croyons-nous, le véritable sens de cette bulle, et aussi quelle en fut l'occasion:

Montpellier n'avait que deux paroisses dès l'origine, et probablement aussi que deux églises : Saint-Firmin et Saint-Denis. Sans contester, en effet, l'antiquité vénérable de Notre-Dame des Tables, nous la croyons postérieure de quelques années aux deux églises paroissiales. L'emplacement qu'elle occupait entre les deux bourgs primitifs semble bien le démontrer. Avant de bàtir une église de dévotion, les fidèles durent bâtir une église paroissiale : ceci est dans l'ordre. Peu à peu Montpellier grandit. Déjà, au milieu du XIe siècle, sous le pontificat d'Alexandre III, elle apparait comme une ville d'une certaine importance, ayant déjà un grand commerce et des écoles célèbres. Elle était assurément la première ville du diocèse, et si Maguelone restait la ville des chanoines, Montpellier pouvait dès lors, sans en avoir le titre, qu'elle devait longtemps attendre, se considérer comme la ville épiscopale. Cette situation grandit encore sous Guillem VII et Guillem VIII. Quelle était sa population à cette époque? Aucun

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document ne nous permet de l'apprécier, mais, en 1272, cette ville avait plus de dix mille feux. Elle était donc plus importante au milie siècle qu'il y a cent ans.

Nous n'exagérons pas, nous semble-t-il, en estimant de 25 à 30.000 à mes la population de Montpellier au commencement du XII° siècle. Nous savons, en effet, qu'elle fut le quartier général des légats du Pape, et que dans ses murs se tinrent plusieurs réunions.

Et cette population foncièrement catholique n'avait que deux églises paroissiales, c'est-à-dire deux églises où elle pouvait recevoir les sacrements. Nous parlons, il est vrai, d'une époque où le droit canonique était strictement observé, et où les prieurs de Saint-Firmin savaient faire respecter les droits paroissiaux. Si, sur cette paroisse, il y avait alors un certain nombre d'églises, il n'en est pas moins vrai que les fidèles devaient se rendre à Saint-Firmin pour tous les sacrements, même ceux de Pénitence et d'Eucharistie.

Cette situation, qui avait été acceptable aussi longtemps que la ville était restée de minime importance, devenait intolérable et même nuisible au bien des ames, au xiro siècle. Les consuls portèrent aux pieds du Souverain Pontife les doléances des habitants, et demandèrent que ceux-ci pussent se confesser et communier non pas seulement dans l'église de Saint-Firmin, mais aussi dans quatre ou cinq églises : in quattuor aut quinque ville ipsius ecclesiis dari penitentias et sacramenta ecclesiastica. Innocent III répondit en accordant aux consuls ce qu'ils demandaient, et pria l'évêque de prendre des mesures pour que le salut des âmes fut assuré.

Trois ans après, le 29 mai 1216, Guillaume d'Autignac publia la bulle d'Innocent III dans l'église de Notre-Dame des Tables, et permit d'y administrer les sacrements.

Est-ce à dire que cette église fut alors la seule en possession de ce privilège ? Nous ne le croyons pas, et nous pensons que pour obéir aux désirs du Souverain Pontife, pour faciliter, comme de juste, la réception des sacrements aux fidèles, l'évêque dut étendre ce privilège, comme le demandaient les consuls, à quatre ou cinq églises de Montpellier.

On nous dira que ce n'est là qu'une hypothèse, et que nous n'avons pas, pour les autres églises, le récit qui nous a été conservé de la cérémonie faite à NotreDame. Cette objection provient de ce que nos historiens n'ont pas bien défini les droits du prieur de Saint-Firmin sur le célèbre sanctuaire. Croire que le prieur de Saint-Firmin avait sur Notre-Dame des Tables les mêmes droits que sur SaintMatthieu, Saint-Paul, Sainte-Croix, etc., c'est une erreur. Quels droits possédaitil sur la célèbre église ? Des droits purement négatifs : il pouvait empècher, avant 1216, d'administrer les sacrements, d'exercer des fonctions publiques qui regardaient directement la paroisse, mais il n'avait sur elle aucun droit actif, c'est-à-dire droit de collation ou de confirmation du prieur. C'était là vraiment une situation privilégiée. Il appartenait donc à l'évèque, et non au prieur de Saint-Firmin, de promulguer la bulle dans cette église dont la collation appartenait au chapitre, et la confirmation à l'évêque.

Pour les autres églises, båties sur le territoire de la paroisse, le droit de collation appartenait au prieur de Saint-Firmin: il suffisait dès lors que le prieur leur déléguật le pouvoir de confesser et de communier les fidèles. De fait il en fut ainsi, et les prêtres de Saint-Matthieu, de Saint-Paul, etc.

purent administrer les sacrements dans toute l'étendue de la paroisse de SaintFirmin. Ceci résulte de tous les actes d'accord que nous avons eus entre les mains

On nous excusera de ne pas nous étendre davantage sur cette question qui mériterait une étude plus approfondie; mais elle doit se résumer en ces quelques lignes : au moyen âge le prieur de Saint-Firmin n'a eu sur Notre-Dame des Tables, même avant la bulle d'Innocent III, que des droits négatifs. Cette église dépendait directement du chapitre ; au point de vue canonique et paroissial elle n'a eu aucun privilège sur les autres églises bâties dans les limites de cette paroisse qui, comme elle, purent administrer les sacrements et procéder aux funérailles avec le consentement du prieur de Saint-Firmin. Notre-Dame des Tables a donc été une succursale privilégiée ou un aide de paroisse au même titre que Sainte-Anne, Saint-Paul ou Saint-Matthieu. Nous y reviendrons d'ailleurs, quand nous étudierons les bulles de Grégoire IX sur le célèbre sanctuaire montpelliérain.

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Innocent 111 écrit à l'archevêque de Narbonne, à l'abbé de Saint-Paul de

Narbonne, et au prieur de Fontfroide ; il leur expose les torts des habitants de Montpellier contre Marie, qui ont détruit ses châteaux. Le Pape exige que les habitants de Montpellier paient à Marie au moins la moitié de ses revenus.

Charissima in Christo filia, illustris regina Aragonum, de hominibus Montispessulani plenam injuriis nobis obtulit quæstionem, qui, sicut asserit, redditus loci ejusdem castrorum et villarum in districtu Montispessulani existentium, ad eamdem reginam de jure spectantes, eisdem a viro suo, illustri rege Aragonum, titulo pignoris obligatos, contra justitiam detinent et ei reddere contradicunt, cum ipsa pignoris obligatio, utpote de re dotali, de jure robur non habuerit firmitatis : quæ si aliquem sortita fuisset effectum, tanto tempore ipsarum rerum redditus perceperunt quod, non solum extenuatum est debitum, verum etiam non modicam summam pecuniæ restituere tenentur eidem ; castrum nihilominus, quod ibidem habebat, funditus diruerunt, inde lapides et cementa in majoris contemptus opprobrium asportantes, et, ad jura dominii manibus suis extensis, notarium et consules in Montepessulano fecerunt contra voluntatem ipsius, et in damnum ejus pisces vendi faciunt in locis aliis quam consuetum fuerit ab antiquo, nomine consulum, et non reginæ, facientes banna et edicta proponi.

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