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avec la Chronique de Maillezais ou de Saint-Maixent (1). Le même biographe ne cite que trois autres monastères d'hommes fondés par Giraud: Notre-Dame-des-Alleuds, l'Absie-en-Gâtine et les Châtelliers, qui, comme on sait, appartiennent au Poitou; et deux monastères de femmes, l'abbaye de Tusson (Charente, arrondissement de Ruffec, canton d'Aigre), fondée vers 1100 d'après la chronique de Maillezais (2), et le prieuré de SaintBibien-d'Argenson (Charente-Inférieure, arrondissement de Rochefort, canton de Surgères, commune de Vouhé), sur lequel les religieux de Fontdouce prétendaient avoir des droits de juridiction qu'ils cédèrent, en 1140, aux religieuses de Fontevrault (3). A ces neuf monastères, la Chronique de Maillezais ajoute ceux du Pin et de Bonnevaux, au diocèse de Poitiers; de Gondon, au diocèse d'Agen; de Fontdouce et de la Tenaille, au diocèse de Saintes. Quant à ces deux dernières abbayes, si elles n'ont pas été instituées par Giraud de Salles lui-même, il paraît certain qu'elles doivent leur origine à quelques ermites ses disciples. L'abbaye de Fontdouce est inscrite en effet dans le nécrologe de Fontevrault, à côté de celle de Cadouin, de l'Absie et de Bournet; et la Tenaille paraît avoir été dans l'origine une abbaye cliente ou fille de Dalon, instituée elle-même, comme on l'a vu, par Giraud de Salles (4).

A cette longue liste, la Chronique de Maillezais ajoute encore trois autres monastères dont l'institution est attribuée, sans preuves suffisantes, à Giraud de Salles: Corbasim (qui ne peut être vraisemblablement que l'abbaye d'Obasine, fondée par B. Robert), et Domus Dei Castaliensis, le Châlard, commune de Ladignac,

(1) Gallia Christiana, t. II, col. 1050.- Recueil des historiens de France, tom. XII, p. 405, D., Annales benedictini, tom V, p. 588.

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(2) Annales bened. ibid, p. 579. Cette abbaye est placée à tort en Poitou, par D. Mabillon. Recueil des historiens, ibid, p. 404, G. Bulletin de la Societé archéologique de la Charente, année 1846, p. 202, 203.

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(3) Marchegay. Charles de Fontevrault, concernant l'Aunis et la Rochelle. Prieuré de Saint-Bibien-d'Argenson. (Bibliothèque de l'école des Charles.) (4) Annales bened., ibid, p. 567, 687. — Gallia Christiana, ibid, col. 1120, 1121 Massiou. Recueil des historiens, tom. XII, p. 407, B. G. Histoire de la Saintonge et de l'Aunis, tom. I, p. 477. clergé de France, tom. II, p. 377, 378, 379.

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Haute-Vienne; enfin l'abbaye des Châtres, Castrensis (4). Il existe deux abbayes connues sous le nom d'abbaye des Châtres, l'une en Saintonge, l'autre en Périgord. Nous inclinerions à penser qu'il s'agit plutôt ici de cette dernière, bien que Du Puy ait fixé sa fondation à l'année 1077, date qui ne peut concorder avec ce que nous connaissons de la vie de Giraud de Salles. Ni les Annales. benedictini, ni le Gallia Christiana, ne mentionnent ces trois monastères comme ayant été fondés par Giraud de Salles.

Les disciples de Giraud de Salles, qui, dans l'origine, étaient de simples ermites, recurent de lui la règle et l'habit de saint Benoît, lorsqu'ils furent régulièrement constitués en abbaye. Tous ces monastères, presque sans exception, s'affilièrent quelques années après à l'ordre de Cîteaux, dans lequél revivait alors avec le plus vif eclat, sous l'influence toute-puissante de saint Bernard, l'esprit primitif des institutions monastiques (2). Comme

(1) Anno millesimo centesimo vigesimo Giraudus de Sala obiit... Eodem tempore inchoata sunt plurima coenobia de institutione sancti Geraudi de Sala. In territorio Tholosæ est unum cœnobium in honore sanctæ Mariæ, quod vocatur Major-Silva, ubi primus abbas fuit Stephanus. In pago Agennensi est aliud cœnobium vocatum Gundum (Condom) in honore sanctæ Mariæ, ubi primus abbas fuit Bernardus. In territorio Petracoricæ civitatis est alterum, quod vocatur Cadunense, in honore beatæ Mariæ, ubi primus abbas fuit Helias. In pago Engolismensi est aliud quod vocatur Bornet, similiter dedicatum, ubi primus abbas fuit Willelmus. Est aliud in territorio civitatis Pictavæ, quod vocatur Alodus, ubi primus abbas fuit Petrus et post Giraudus. In territorio Sanctonicæ Fons-Dulcis et aliud est quod vocatur Tenale, ambo abbates Willelmi vocati. Item aliud quod Absida vocatur, ubbi Petrus abbas primus fuit. Est et aliud quoque quod Castellarium nuncupatur, ubi primus abbas Aimericus. In nemore Gastinensi est aliud ad sanctum Benedictum de Pino vocatum, ubi primus abbas Guillelmus fuit. Aliud est in nemore Bona-Vallis nomine. In pago Lemovicino est aliud Dalum vocatum, ubi primus Rotgerius abbas fuit. Est aliud cœnobium Castrensis, ubi primus abbas fuit Guillelmus. Est alia domus Dei in Lemovicensi pago, quæ vocatur Castaliensis, ubi prior Goffredus primus fuit. Alia quoque domus Dei Corbasim vocata, sanctæ Mariæ et sancto Nicolao sacrata, ubi prior Bernardus primus fuit. (Chronicon S. Maxentii, vulgo dictum Malleacence, apud Labbei Nova Bibliothecæ tomum II, p. 219).

(2) In quibus omnibus instituit in victu et vestitu modum vivendi ad unguem secundum regulam sancti Benedicti. Nil superaddi, nil minui, nil iterari, nil obmitti præceptorum, nil converti petitorum, nec citra cohiberi. (Vita B. Giraudi).

l'illustre abbé de Clairvault, Giraud de Salles avait réussi à entraîner sa propre famille dans la voie austère qu'il avait embrassée. Fouque, son père, voulut mourir sous l'habit religieux et Aldéarde, sa mère, devenue veuve, s'empressa de prendre le voile. L'auteur de la vie de saint Giraud rapporte qu'un jour, Aldéarde fit à ses enfants un aveu dont la naïveté est faite pour choquer notre délicatesse, et qui peut passer pour une épigramme contre la grossièreté des mœurs du temps. « A l'exception du père de ses enfants, dit l'hagiographe, dont nous analysons le récit, Aldéarde déclara que jamais aucun homme n'avait eu de commerce avec elle » (1).

Grimoard et Fouque, frères de Giraud, l'avaient suivi de bonne heure au monastère de Tusson pour y achever leur éducation (2).

(1) Fulco ergo, pater Giraudi, modo asper, modo lenis, secundum exigentiam temporis, postquam vixerat in populo, per consilium filii, valefecit sæculo. Cum enim ageret in extremis, suscepit religionis habitum, et post crementum meritorum, pervenit adhuc juvenis ad obitum, et beato ut credimus fine requiescens, mortuus est adolescens. Mater véro viduata tanto compare, consilio Giraudi, monialis facta, habitum meruit immutare, et, ut confessa est mater filiis, dum adhuc esset in hac vitâ, excepto solo filiorum patre, omni viro permansit incognita. Clara conversatio duorum omnibus considerantibus esse potuit speculum et exemplar morum. (Ibid.)

(2) Une aventure, à laquelle le biographe de Giraud prête un caractère merveilleux, contribua peut-être à déterminer ces jeunes gens à suivre l'exemple de leur frère aîné, en leur donnant une haute idée de sa sainteté. Pour retourner de Tusson en Périgord, chez leurs parents, ils devaient nécessairement passer la Charente. Or, arrivés aux bords de cette rivière, ils ne trouvèrent point de batelier pour les passer et n'aperçurent qu'un bateau vide, amarré de l'autre côté. Après avoir longtemps atttendu en vain, ils se mirent à pleurer. Ils virent alors venir à eux un inconnu à qui ils dirent qu'ils étaient les frères de Giraud, le fondateur de Tusson. A peine avaient-ils achevé ces paroles qu'ils virent la barque se détacher d'elle-même de l'autre rive, et au lieu d'être entraînée par le courant, se diriger droit de leur côté et s'arrêter à leurs pieds. En vérité, s'écria l'inconnu, il faut que vous soyez sous la protection du Tout-Puissant. Entrez dans le bateau, et moi je vais vous faire passer. En un instant, ils se trouvèrent sur l'autre bord, et quand ils se retournèrent pour remercier l'inconnu, ils ne virent plus personne. Entonnant une hymne pleine d'allégresse, ils se remirent en route et arrivèrent sains et saufs chez leurs parents.

Le même hagiographe raconte que, du vivant même de Giraud, son intercession n'était pas invoquée en vain. Jeté à la mer par une tempête, un de ses

Grimoard fit profession dans cette abbaye, où il remplit quelque temps les fonctions de chapelain; il fut ensuite prieur aux Châtelliers et enfin élu abbé de Notre-Dame-des-Alleuds. Après la mort de Guillaume Adelelme, évêque de Poitiers, en 1140, Grimoard fut désigné pour lui succéder. Le pape Innocent II écrivit à cette occasion une lettre pour féliciter l'église de Poitiers d'être gouvernée par un pasteur d'une vertu et d'un mérite aussi éminents. Grimoard mourut l'année même de son élection et fut inhumé avec la plus grande pompe à Fontevrault (4). On voit encore sa statue sur la façade de l'église de l'ancienne abbaye de Moreaux dont il avait été le bienfaiteur (2).

Quant à Fouque, le plus jeune des frères de Giraud, nous le trouvons à la tête des religieux qui furent envoyés par les moines des Châtelliers pour aller s'établir dans le Périgord, au lieu appelé le Bouschaud, qui devint plus tard une abbaye dépendante de celle des Châtelliers. Fouque mourut au Bouschaud en odeur de sainteté, et lorsque, longtemps après, on ouvrit la tombe, qui lui avait été

disciples le vit soudain apparaître au-dessus des flots et se trouva miraculeusement ramené sur le rivage.

Une autre fois, un incendie ayant éclaté près d'une maison où il avait reçu l'hospitalité, tout fut consumé aux environs, mais cette maison seule fut épargnée.

(1) Grimoaldus autem deposito sæculi habitu professus est cum capellanis apud Tussonium. Inde translatus, factus est prior apud Castellarium, et post mortem fratris effectus est in abbatem Allodiensium. Inde compulsus, assumptus est ad Pictaviensis urbis pontificium. O Deus omnipotens quam grave damnum! Non vixit in cathedrâ illâ per annum. Quid ibi gesserit, dicere non possum, quia raptus est ne malitia mutaret intellectum illius, aut quia tanto viro dignus non erat mundus; qui si durasset peramplius, fructificasset uberius, carnem abundantius domuisset. Sæpius protestatus est se malle fore leprosum quam abbatem, exulem vel martyrem, quam præsulem. Cumque ageret in extremis, ter vidit regem cœlorum, semel Mariam, Christi Domini genitricem ; nam pluries ante viderat apparentem, audieratque loquentem. Transiit autem sexto kalendas augusti, sepultus apud moniales Fontis Ebraldi: cui sepulturæ, Domino concurrere faciente, interfuerunt tres archiepiscopi, Burdegalensis. Rhemensis et Turonensis; tres episcopi, Suessionensis, Meldensis et Noviomensis; legatus unus, scilicet domnus Gaufridus, episcopus Carnotensis, et, cum plebibus innumerabilibus consul Andegavensis. (Ibid.)

(2) de Chergé. Vies des saints du Poitou, p. 249.

creusée dans le cloître, pour replacer son corps dans l'église de l'abbaye, on le trouva parfaitement intact (1).

Comme preuve de l'ascendant merveilleux que Giraud exerçait autour de lui, l'auteur de sa vie rapporte une anecdote où nous trouvons certains détails curieux à noter. Orderic Vital nous a conservé le discours prononcé en 1405 par Serlon d'Orgères, évêque de Séez, pour engager ce prince, débarqué en Normandie pour s'emparer du trône ducal occupé par Robert-Courte-Heuze, son frère, à user de son influence auprès de ses chevaliers afin d'abolir la mode des longs cheveux qui régnait alors. On sait que le prélat sagien eut la satisfaction de voir son éloquence remporter à l'instant un succès que des orateurs plus illustres n'ont pas toujours obtenu, quand ils ont osé s'attaquer au luxe ou aux exigences de la mode. Il paraît qu'à la même époque les dames portaient leurs cheveux relevés et enroulés par devant en forme de cornes et par derrière noués en tresses et en torsades. Si une telle coiffure pouvait à peine être tolérée aux dames vivant dans le monde, c'était un scandale de voir des religieuses ainsi parées, et surtout des religieuses de Fontevrault, qui faisaient profession d'une règle austère. On juge facilement quelle fut la surprise et l'indignation d'un homme tel que Giraud de Salles, lorsqu'en entrant dans le chapître de Fontevrault, il se vit entouré de religieuses couvertes de ces ornements mondains. Toutefois, si l'abus était

(1) Fulco vero, novissimus filiorum, heremiticum habitum suscepit apud Boscavium, et beato fine quiescens pervenit ad bravium post decursi in bonis actibus longi itineris spatium, Non debebat vir ramificatus à tam gloriosâ propagine, in aliquo degenerare; sed in viam parentum ac fratrum fortiter ambulare. Sepultus est in capitulo Boscavii, ubi fuerat de primis illius loci pauperibus heremitis, et ubi jacuit temporibus aliquantis. Post multum vero temporis, ad tantæ sanctitatis reverentiam, honorificentius translatum est corpus ejus in ecclesiam ; et dum levaretur, inventus est integer et illæsus, ac caro carens cariâ, nec vestimenta sunt attrita, quasi sepultus fuisset hesternâ die; quod aspicientes stupore circumdati sunt assistentes. Fuerunt qui de panniculis et commissuris illis aliquid sibi scinderent et in bursis pie retinerent. Cumque in diversorio sequestrati, scissuras illas vellent tollere pro reliquiis nihil invenerunt omnes viri reliquiarum in bursis suis. A Domino factum est istud et est mirabile in oculis notris. Hæc fuerunt parentum et filiorum gloriosa præconia. Jam nunc ad Giraudi insignia redeamus.

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