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porter aux Châtelliers, où il avait promis de se rendre. Pour satisfaire aux désirs du malade, Tirol s'empressa de choisir des porteurs et l'on se hâta de faire partir dès le matin, avant la fin des matines, la litière qu'il voulut accompagner lui-même jusqu'aux Châtelliers.

La litière arriva aux Châtelliers le dimanche de la Passion, et, le mal s'aggravant de plus en plus, le pieux et courageux réformateur, pour assister à la procession des Rameaux, se fit porter sur les épaules de ses disciples. Les forces du corps étaient épuisées, mais l'âme conservait toute son énergie, et, au milieu de ses souffrances, il ne cessait de rendre grâce à Dieu. Le jour de Pâques, quoiqu'il lui restât à peine un soufle de vie, il se fit encore porter à l'oratoire construit par ses disciples, adora la croix en versant des larmes et reçut la communion. Alors, au milieu d'une extase, il laissa échapper ces paroles : « Volucres video! » Ses disciples qui l'entouraient, peu familiers sans doute avec les allégories bibliques, ne comprirent pas le sens mystique de ces paroles et demandèrent naïvement à leur maître si c'était des oiseaux de bon augure ou des oiseaux de mauvais augure qu'il apercevait. Sans

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siècle. 1086. Charte-Notice de diverses donations faites à l'abbaye de SaintMaixent, par Cadelon le jeune : Testibus Witberto archipresbitero, Ademaro Dauge, Ugone Tirolo. (Essai historique sur l'abbaye de Saint-Maixent et sur ses abbés, par M. H. Ravan, publié dans les Mémoires de la Société de statistique, sciences et arts des Deux-Sèvres, 2e série, tom. I, p. 178.) 1131. Charte de Guillaume X, duc d'Aquitaine, en faveur de l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély: Testes... Hugo Tirol. (Gallia Christiana, t. II, inst. coll. 470.)1134. 19 avril : Testes Hugo Tirolius. (Chartes de Fontevrault, concernant l'Aunis et la Rochelle, par M. Marchegay.) Nous trouvons éga

lement en 1060 un Bernardus Tiroil qui souscrivit une charte en faveur de l'abbaye de Saint-Maixent. (Documents historiques extraits de la Bibliothèque royale, tom. I, p. 490.)

Notons enfin que ce nom de Tirol s'est conservé dans la Chapelle-Tireuil, canton de Coulonges-sur-l'Autize, arrondissement de Niort, nommée autrefois la Chapelle de Tiroyl ou de Tirol, et dépendant de l'abbaye de Nieuil. (Pouillé du diocèse de Poitiers, publié par M. Beauchet-Filleau, p. 235. Pouillé général, contenant les bénéfices de l'archevesché de Bordeaux, etc. Paris, G. Alliot, 1648, diocèse de Maillezays, p. 9. — Histoire de l'abbaye de Nieuil-surl'Autize, par M. Ch. Arnauld. Mém. de la Soc. de statistique, 2a série, t. II, p. 211.)

répondre à cette question où nous voyons la preuve du peu de progrès que les ermites des Châtelliers avaient encore fait dans la vie religieuse et dans la connaissance de l'esprit du christianisme, Giraud, plongé dans une vision céleste, s'écria: « Je vois le Christ, accompagné de Pierre, évêque de Poitiers, et de Robert d'Arbrissel, mon maître. » Il fit alors ses recommandations suprêmes à ses disciples, les exhorta à embrasser la règle de saint Benoît, leur recommanda en particulier d'être exacts à remplir les devoirs de l'hospitalité, et ordonna qu'on l'inhumât aussi simplement que le dernier des frères et même qu'on ne placât personne pour veiller auprès de son corps quand il aurait cessé de vivre. Ses disciples l'ayant ensuite reporté dans son lit, le pressèrent d'accepter un peu de nourriture, des œufs ou un peu de fromage, pour ranimer ses forces. L'état de faiblesse du mourant suffit à nous expliquer son refus, mais l'hagiographe auquel nous empruntons ces détails, saisissant cette occasion pour rappeler que la régle austère qu'il s'était imposée ne permettait pas l'usage de ces aliments, même le jour de Pâques, rapporte que Giraud réprimanda doucement ses disciples, en disant que ce n'étaient pas là les conseils qu'il leur avait donnés. Il expira le mardi de Pâques, qui cette année (1120), tombait le 20 avril, en donnant sa bénédiction à ses disciples (1).

(1) Filius ergo veritatis nolens irritare promissionis eloquium, accersiri sibi fecit dominum terræ qui tunc aderat, nomine Tirolium, porrexitque ejus preces in ejus sinum, et adjuravit per Dominum ne eum dimitteret in regione hominum Gastinentium, sed transferret Castellariis, intra concessionis suæ coram testibus factæ dominium. Accepto mandato, mane facto, matutinis nundum finitis, Tirolius electis vectoribus in gestatorio feretri Giraudum eduxit, atque discipulis Castellariensibus, dominicâ in Passione, gaudenter induxit; qui veniens tantâ fuit infirmitate gravatus, ut dominicâ Palmarum ad processionem fratrum non posset incedere nisi bajulatus, corpore deficiens, mente fortior erat et potens; cumque languor in dies ingravesceret dissenteriâque deficeret, atque in homnibus Deo gratias ageret, die Pascha portari se à discipulis in oratorium fecit; ibi Christi confessor Deo confitens et diu morens, signum crucis adoravit, Dominique corpore et sanguine egressum suum roboravit, factusque ad boram in excessu mentis et evanescens in Domino, circum stantibus aït in latino: Volucres video. Illis non intelligentibus et sciscitantibus quænam essent volucres visæ, bonæ an malæ, subjunxit verus Israe

Le corps de Giraud resta exposé jusqu'à la fin de la semaine à la vénération des fidèles, qui accouraient en foule, pour contempler les restes de cet homme, dont toute l'Aquitaine proclamait la sainteté. Guillaume Adelelme, évêque de Poitiers, se rendit luimême aux Châtelliers, pour voir une dernière fois celui qu'il se plaisait à appeler son maître. « Enlevez, dit il, les haillons de bure qui couvrent ce corps vénérable, et revêtez-le de sa dalmatique de diacre. » L'inhumation eut lieu le dimanche suivant, dans l'humble oratoire, dédié à la Sainte Vierge, construit par les ermites des Châtelliers, près du lieu où ils habitaient alors, et sa tombe fut placée au côté gauche de l'autel de cet oratoire. L'auteur de la vie de Giraud nous apprend que pendant la célébration de l'office des morts, le peuple qui n'avait pu trouver place dans la chapelle, aperçut trois croix.

lita: Visitare me venit Dominus Jesus Christus et cum eo Petrus Pictaviensis episcopus et dommus Robertus, eruditor meus.

Inter hæc Giraudus cognescens quia moreretur, fratres qui aderant, rogavit sollicite ut sui memorarentur; regulam præceptoris almifici, beati Benedicti admonuit suscipere, et per sanctam obedientiam adjunxit tenere. Quid plura, de locis suis ac fratribus diligenter ordinavit. Amicos et hospites Deo pro eis supplicans commendavit, ut ne se aliter quam pauperes fratres sepelirent vel ad sui tumulum vigilare aliquos sinerent, imperavit; sicque bajulatus ad lectum remeavit. Interea fratres ei suaserunt, sed non persuaserunt ut aliquid ovi, vel casei guttaret in adjutorium suæ infirmitatis, seu præcipue ob reverentiam paschalis solemnitatis. At ille quasi indignans onerosis consiliariis, aït illis: Ah miseri, quia talia consulere præsumpsistis, et ego præcipio vobis ne aliquid tale comedatis. Mansit ergo illo die et secundo vivus in medio populi sui, disputans et suadens de regno Dei. Qui linguis hominum et angelorum loqueretur, vix explicare sufficeret cum quantis lamentis ad seipsum, hortamentis ad populum, oblectamentis ad Dominum devenit ad extremum vitæ terminum, imo ad initium secundum illud Salomicum: Cum consummavit homo, tunc incipit. Nunc ascendebat ad Dominum cum Moyse dicens ei: Pater sancte, serva eos in nomine tuo, quos acquisisti tibi ministerio meo; nunc descendebat ad populum suum cum apostolo dicens : In disciplinâ quam suscepistis perseverate, fratres, quia hæc est via, et non est alia super terram. Cantabant fratres sanctum Pascha celebrantes; Giraudus etsi non, cantabat, non plorabat tamen. Quid enim ploraret qui veri phase id est transitus, ducebatur ad solemnitatem! Et quoniam ea quæ de ipso erant, finem habent (testamentum enim hujus mundi: Morte morieris), dicamus, quin potius lugeamus tanti patris tam preciosum obitum; musica si quidem in luctu importuna narratio (Vita B. Giraudi).

lumineuses, d'une merveilleuse beauté, l'une rouge, l'autre verte et la troisième blanche, et que ces croix ne disparurent qu'à la fin de la cérémonie, mais que tous les yeux ne furent pas dignes de les voir (1).

Un an et demi ne s'était pas écoulé depuis la mort de Giraud, que les ermites, ses disciples, quittèrent leur solitude des VieuxChâtelliers, située, comme on l'a vu plus haut, près du village actuel de Saint-Giraud, au nord du bois de ce nom, pour s'établir à un quart de lieue de là, dans le lieu où se voient encore aujourd'hui les ruines de l'ancienne église de l'abbaye. En ouvrant le tombeau de leur maître, pour transporter avec eux ses restes vénérés dans la chapelle provisoire de leur nouvelle résidence, car aucune construction en pierre n'était encore commencée, ils trouvèrent le corps parfaitement conservé et sans aucune marque de corruption, ce qui fut regardé comme une preuve de sainteté. Le corps ayant été replacé dans un sarcophage en pierre, soigneusement bituminé et scellé, fut inhumé dans la nouvelle chapelle, au côté gauche de l'autel, et la tombe fut recouverte d'un monument funéraire en marbre. Cette translation eut lieu le 14 septembre 1121 (2).

(1) Anno igitur gratiæ millesimo vigesimo, duodecimo calendas Maii, feria tertiâ post Pascha, valde diluculo, Giraudus plenus dierum et virtutum, inter manus discipulorum migravit ex hoc sæculo, primusque suorum appositus est populo, imponens eis singulis qui aderant manus, et salutans eos inter verba orationis ultimum Domino reddit spiritum. Mox per singulos illius albæ septimanæ dies, una vox discipulorum lamentantium, unus concursus non vocatorum populorum, virorum ac mulierum, simul in unum, divitum et pauperum, nobilium et ignobilium, irruentium et se suos que tanto patri commandare desiderantium. Qui videre vel tangere tantam sanctitatem poterat, beatus erat. Adfuit et domnus Guillelmus, Pictaviensis episcopus, inconsolabiliter silens et ejulans, et ex præcordiis clamans: Ostendite mihi dominum meum. Et intuens eum ita vilibus panniculis laneis involutum : Auferte, inquit ista hinc, et induite illum secundum clericatus sui diaconatum. Factum est ita, et factum est in die octavo Paschæ : sepelierunt corpus Giraudi in Castellariis, locorum suorum novissimo, pauperrimo, et quantum ad tectum vilissimo, sed religioso, in beatæ Mariæ oratorio latere altaris sinistro.

Dum sepeliretur Giraudus a ministris intra oratorium, erat populus foris expectans horam exequiarum. etc. (Ibid.)

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(2) Sepulto corpore et signato monumento, in Veteribus Castellariis, jacuit

Quoique Giraud de Salles, de même que Robert d'Arbrissel, n'ait été inscrit dans les diptyques de l'église de Poitiers que sous le nom de bienheureux, le nom de saint ne tarda pas à lui être donné publiquement par la foi populaire. Tous les ans, le 11 septembre, l'anniversaire de sa translation était célébré avec solennité aux Châtelliers, et ordinairement les abbés de quelquesuns des monastères fondés par Giraud assistaient à cette fête (1). La légende de saint Giraud rapporte, à ce sujet, que le premier abbé du monastère du Bouschaud, Jean de Chalenci, s'étant rendu, à l'occasion de cette fête, à l'abbaye des Châtelliers, de laquelle, comme on l'a vu plus haut, dépendait son monastère, demanda au saint de lui accorder la grâce de mourir auprès de son tombeau, afin d'être ainsi déchargé d'une dignité qu'il n'avait acceptée que malgré lui. La fête terminée, l'abbé du Bouschaud, qui, malgré les instances de l'abbé des Châtelliers, son supérieur, hésitait toujours à retourner à son poste, se jeta à genoux devant le tombeau du saint, en implorant sa protection pour n'être jamais séparé de lui. Le pieux abbé n'avait pas achevé sa prière qu'il fut saisi subitement d'une fièvre violente qui le força à se mettre au lit. Il déclara aux religieux qu'il était certain de mourir dans trois jours, et cette prédiction singulière se réalisa. Il fut inhumé dans le chapître de l'abbaye des Châtelliers, qui n'avait encore reçu la sépulture d'aucun abbé (2).

ibi decem septem mensibus cum duabus hebdomadis; nam ex tunc translatis fratribus in loco quo nunc degunt, transla est et gleba sanctissima cum conventu, anno gratiæ millesimo centesimo vigesimo primo, mense septembris sexto kalendas octobris. Corpus Giraudi, incorruptum et integrum delatum est de loco primo, et sarcophago bituminato reconditum est, ubi est abbatia modo, oratorio tamen petrino nondum inchoato, vel edificio aliquo lapideo. (Ibid.)

(1) Consueverunt abbates vicini illius regionis in honorem Giraudi annuatim concurrere ad festum suæ sanctæ depositionis... (Ici est un miracle que j'omets comme inutile. Note de D. Fonteneau.)

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Plusieurs passages, suprimés comme inutiles, par D. Fonteneau nous sont fournis par D. Martène et par les Bollandistes, dont je regrette de n'avoir pas les textes sous les yeux en écrivant ces notes.

(2) On a vu plus haut (p. XXI et XXII) que l'abbaye du Bouschaud, fille des Châtelliers, avait eu pour fondateur ou pour premier supérieur Fouque, frère de Giraud de Salles. L'auteur des Observations sur la for

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