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Mais vous-même plutôt voulez-vous renoncer
Au trône de l’Asie où je vous veux placer?

cléofile Seigneur, vous le savez, je dépends de mon frère.

ALEXANDRE.

Ah! s'il disposoit seul du bonheur que j'espère,
Tout l'empire de l'Inde asservi sous ses lois
Bientôt en ma faveur iroit briguer son choix.

CLÉOFILE.
Mon amitié pour lui n'est point intéressée.
Apaisez seulement une reine offensée ;
Et ne permettez pas qu'un rival aujourd'hui,
Pour vous avoir bravé, soit plus heureux que lui.

ALEXANDRE.

Porus éloit sans doute un rival magnanime :
Jamais tant de valeur n'attira mon estime.
Dans l'ardeur du combat je l'ai vu, je l'ai joint;
Et je puis dire encor qu'il ne m'évitoit point:
Nous nous cherchions l'un l'autre. Une fierté si belle
Alloit entre nous deux finir notre querelle,
Lorsqu'un gros de soldats, se ant entre nous,
Nous a fait dans la fonle ensevelir nos coups.

SCÈNE VII.

ALEXANDRE, CLÉOFILE, ÉPHESTION.

ALEXANDRE.
Hé bien , ramène-t-on ce prince téméraire ?

ÉPHESTION.
On le cherche par-tout; mais, quoiqu'on puisse faire,
Seigneur, jusques ici sa fuite ou son trépas
Dérobe ce caprif aux soins de vos soldats.
Mais un reste des siens entourés dans leur fuite,
Et du soldat vainqueur arrêtant la poursuite,
A nous vendre leur mort semblent se préparer.

ALEXANDRE.
Désarmez les vaincus sans les désespérer.
Madame, allons fléchir une fière princesse,
Afin qu'à mon amour d'asile s'intéresse;
Et, puisque mon repos doit dépendre du sien,
Achevons son bonheur pour établir le mien.

FIN DU TROISIÈME ACTE.

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N'entendrons-nous jamais que des cris de victoire,
Qui de mes ennemis me reprochent la gloire?
Et ne pourrai-je au moins, en de si grands malheurs,
M'entretenir moi seule avecque mes douleurs?
D'un odieux amant sans cesse poursuivie ,
On prétend, malgré moi, m'attacher à la vie :
On n'observe, on me suit. Mais, Porus, ne crois

pas
Qu'on me puisse empêcher de courir sur tes pas.
Sans doute à nos malheurs ton cæur n'a pu survivre.
En vain tant de soldats s'arment pour te poursuivre :
On te découvriroit au bruit de tes efforts;
Et s'il te faut chercher, ce n'est qu'entre les morts.
Hélas ! en me quittant, ton ardeur redoublée
Sembloit prévoir les inaux dont je suis accablée,
Lorsque tes yeux aux miens découvrant ta langueur,
Me demandoient quel rang tu tenois dans mon cæur;

Que, sans t'inquiéter du succès de tes armes,
Le soin de ton amour te causoit tant d'alarmes.
Et pourquoi te cachois-je avec tant de détours
Un secret si fatal au repos de tes jours ?
Combien de fois , tes yeux forcant ma résistance,
Mon cæur s'est-il vu près de rompre le silence !
Combien de fois, sensible à tes ardents desirs,
M'est-il, en ta présence, échappé des soupirs !
Mais je voulois encor douter de ta victoire;
J'expliquois mes soupirs en faveur de la gloire,
Je croyois n'aimer qu'elle. Ah! pardonne, grand roi,
Je sens bien aujourd'hui que je n'aimois que toi.
J'avouerai que la gloire eut sur moi quelque empire ;
Je te l'ai dit cent fois. Mais je devois te dire
Que toi seul, en effét, m'engageas sous ses lois.
J'appris à la connoître en voyant tes exploits ;
Et de quelque beau feu qu'elle m'eût enflammée,
En un autre que toi je l'aurois moins aimée.
Mais que sert de pousser des soupirs superflus
Qui se perdent en l'air et que tu n'entends plus?
Il est temps que mon ame, au tombeau descendue,
Te jure une amitié si long-temps attendue;
Il est temps que mon cœur, pour gage de sa foi,
Montre qu'il n'a pu vivre un moment après toi.
Aussi-bien, penses-tu que je voulusse vivre
Sous les lois d'un vainqueur à qui ta mort nous livre?
Je sais qu'il se dispose à me venir parler;

Qu'en me rendant mon sceptre il veut me consoler.
Il croit peut-être, il croit que ma haine étouffée
A sa fausse douceur servira de trophée !
Qu'il vienne. Il me verra , toujours digne de toi,
Mourir en reine, ainsi que tu mourus en roi.

SCÈNE II.

ALEXANDRE, AXIANE.

AXIANE.

Hé bien, seigneur, hé bien, trouvez-vous quelques charmes
A voir couler des pleurs que font verser vos armes ?
Ou si vous n'enviez , en l'état où je suis,
La triste liberté de pleurer mes ennuis ?

ALEXANDRE.
Votre douleur est libre autant que légitime :
Vous regrettez, madame, un prince magnanime.
Je fus son ennemi; mais je ne l'étois pas
Jusqu'à blâmer les pleurs qu'on donne à son trépas.
Avant que sur ses bords l'Inde me vît paroître,
L'éclat de sa vertu me l'avoit fait connoître;
Entre les plus grands rois il se fit remarquer.
Je savois...

AXIANE.

Pourquoi donc le venir attaquer?
Par quelle loi faut-il qu'aux deux bouts de la terre

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