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UN PLAN DE LA VILLE D'AVRANCHES

(XVIII® SIÈCLE)

Le plan de la ville d'Avranches que reproduit la Société de l'Histoire de Normandie (1) fut découvert par M. Ch. de Beaurepaire, au cours de ses vacances, chez un libraire de sa ville natale. Mon père s'en rendit acquéreur et il eut bientôt l'occasion d'en signaler l'intérêt et d'en déterminer la date approximative dans une notice sur un tableau du peintre des Papillons qui appartenait au Musée d'Avranches (2).

<< Parmi les documents les plus intéressants à consulter pour l'histoire d'une ville, écrivait-il au début de ce travail, il faut ranger les plans qui en font connaître la topographie et les tableaux, dessins ou gravures qui en représentent les principaux édifices.

« Pour Avranches, je crains qu'il n'ait point été conservé de plan qu'on puisse dire véritablement ancien, car je n'oserais qualifier de tel celui que le hasard me fit rencontrer un jour chez un libraire du pays et qu'à défaut d'un meilleur je considère comme assez précieux. Il n'est antérieur que de peu d'années à 1776, époque où l'on ouvrit la route de Bretagne qui, dans son parcours sur le territoire de cette ville, porte le nom de la rue de la Constitution et le long de laquelle s'alignent des maisons bien bâties et confortables, contrastant par leurs dimensions et par le caractère de leur construction avec celles des anciens quartiers. »

(1) Dans le plan original, les édifices religieux et civils, ainsi que les maisons sont indiqués à l'encre rouge.

(2) Notice sur un tableau du Musée d'Avranches. Caen, Delesques, 1898. Extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, tome XVIII, pp. 203-217 (Phototypie du tableau du peintre des Papillons).

Quelques années après la publication de cette notice, le tableau du peintre des Papillons, où l'antique cathédrale et l'hôtel épiscopal avec les remparts se voyaient fort exactement représentés, était la proie des flammes. Le 17 décembre 1899, un violent incendie, détruisant en partie l'ancien Évêché, dans lequel étaient installés le tribunal civil et le Musée, anéantissait la galerie de peinture et les précieuses collections de la Société d'archéologie d'Avranches (1).

Cette perte d'une toile curieuse, dont, par bonheur, subsistent deux copies (2) et des phototypies (3), montre une fois de plus l'utilité des reproductions par la peinture, le dessin ou la gravure des vieux édifices et des anciens plans de ville, tels que ce plan d'Avranches.

Celui-ci, qui mesure quarante-huit centimètres de hauteur sur soixante-sept de largeur et paraît avoir été relevé avec soin, indique d'une façon précise les rues, places et édifices religieux de la ville. Il est fâcheux qu'un de ses possesseurs ait cru devoir y faire quelques additions maladroitement tracées (4).

(1) Cf. L'Opinion de la Manche et l'Avranchin du 24 décembre 1899; Revue de l'Avranchin, tome IX, pp. 357 et 358; - Incendie du Musée d'Avranches (17 décembre 1899) ; — Catalogue des Tableaux, Dessins et Sculptures (par MM. Gasté et Fouqué). Caen, Valin, 1901 (Phototypie du tableau du peintre des Papillons). Extrait de: Bulletin de la Société des Beaux-Arts de Caen. Le musée lapidaire qui se trouvait dans les caves de l'ancien Evêché fut préservé de l'incendie.

(2) M. Ch. de Beaurepaire indiquait dans sa Notice sur un tableau du Musée d'Avranches qu'une des copies provenant de la succession de M. de Brémesnil se trouvait à Vire et que l'autre avait été exécutée par M. Fouqué, artiste peintre, pour le savant chanoine Pigeon.

(3) M. Lechaplais, libraire à Avranches, a reproduit également ce tableau en carte postale.

(4) Dans la seconde colonne de la légende figurent des mentions d'un intérêt secondaire et tracées d'une encre plus blanche. On y voit indiquées notamment les maisons de quelques habitants. Ce plan a peut-être été utilisé par un de ses propriétaires pour la solution d'un procès.

Le plan, d'après certaines constatations faciles, semble bien, en effet, comme l'avait reconnu M. Ch. de Beaurepaire, dater de la seconde moitié du xvur siècle. On y voit figurer, rue des Prêtres (1), la maison des Frères des Ecoles chrétiennes, que M. Gabriel Arthur, doyen du Chapitre, fit venir à Avranches en 1743. De plus, le château d'Avranches est indiqué comme étant en ruines. Or, dès 1744, il n'y eut plus de gouverneur résidant dans la ville; en 1750, deux tours avaient été inféodées, et en l'année 1757, les échevins firent combler les fossés (2).

D'un autre côté, on pourra constater qu'il est antérieur à l'ouverture de la route de Caen à Saint-Malo (3), puisque cette grande voie n'y est pas marquée, tandis qu'elle se trouve sur le Plan des fortifications de la ville d'Avranches avec partie du fauxbourg, et des bâtiments publics à y construire suivant les projets de Monsieur Lefebure, ingénieur en chef des ponts et chaussées, ports maritimes et autres ouvrages publics de la Généralité de Caen.

(1) Cette rue, au commencement du xvure siècle, ne devait pas encore porter le nom de rue des Prêtres. Dans les notes manuscrites de M. Ch. de Beaurepaire, tirées du registre des contrats et actes faits et passés à Avranches par devant Me Basselin, notaire, se trouve la mention suivante: «< 23 août 1611, Nicolas Martin, sieur de la Haye, vicomte d'Avranches, vend à Me Maurice Levesque, sieur de la Noye, procureur de S. M. aux juridictions d'Avranches, une maison, paroisse N.-D.-desChamps, sur la rue tendant de la cathédrale à la porte de Pons. »

(2) Bulletin de la Société de l'Histoire de Normandie. tome XI, pp. 262-264, et Bulletin de la Société d'archéologie d'Avranches, tome XVII, pp. 127-129.

(3) La route de Caen à Saint-Malo prit d'abord, dans la traversée d'Avranches, le nom du « Grand-Chemin ». Elle fut appelée aussi « rue Esmangard », nom de l'intendant de Caen. En l'an III, on l'appela ⚫ route de la Constitution ». Sous l'Empire et la Restauration, elle fut nommée « rue de Bretagne », mais, en 1830, elle reprit le nom de la

Ce dernier, qui a été imprimé avec une note explicative de M. A. de Tesson, dans la Revue de l'Avranchin (1), est d'une bonne exécution, mais ne s'étend guère au delà de l'enceinte fortifiée et du territoire qui fut, à proprement parler, la cité », au lieu que notre plan, outre l'ancienne ville, renfermée en d'étroites limites, comprend l'ensemble des faubourgs. Il correspondrait donc ainsi à ces lignes d'un auteur bas-normand, François Desrues, qui écrivait dans les premières années du xvne siècle :

« La figure d'Avranches est presque toute ronde en sa circonférence, bien close, murée, ayant des fossez profonds et larges, estant des plus fortes.

« Les fauxbourgs sont plus grands que la ville, contenans trois églises parrochiales, savoir: Nostre-Dame-des-Champs; auprès est le collège (qui est un des meilleurs et des plus fameux de Normandie); après est Saint-Gervais et puis SaintSaturnin, où estoit autrefois le corps entier d'un des Innocents martirisez par Herode (2). »

D'après Masseville, la population d'Avranches était vers 1722 de trois mille six cents âmes. Au moment de la Révo

Constitution. Cf. Avranches, ses rues et places, ses monuments, ses maisons principales, ses habitants, leurs professions pendant la Révolution, par Félix Jourdan, Avranches 1909.

(1) Tome X, p. 128. M. A. de Tesson n'a pu fixer la date exacte à laquelle ce plan a été dressé. Il écrit à ce sujet : « Nous voyons d'ailleurs à la légende qu'au no 24 se trouvaient des maisons démolies par brevet du 19 janvier 1779. C'est donc de 1779 à 1789 que ce plan fut fait». Il existe au Musée d'Avranches un petit plan manuscrit de la ville d'Avranches en 1820, intéressant également à consulter.

(2) Description contenant toutes les singularitez des plus célèbres villes et places remarquables du royaume de France. A Rouen, chez David Geuffroy, s. d. (1611). Cf. également: Les Antiquitez et recherches des villes, chasteaux et places plus remarquables de France..., par André du Chesne, seconde partie, Paris, 1668.

lution, elle en comptait environ cinq mille. Aujourd'hui, l'accroissement de sa population n'est guère sensible, puisqu'Avranches renferme sept mille cent soixante-quatorze habitants.

En plus de la cathédrale et de ses trois églises paroissiales reconstruites à grands frais au XIXe siècle, la ville possédait jadis un couvent de Capucins, une abbaye de Bénédictines, un collège, un séminaire. Il faut y ajouter l'église SaintMartin-des-Champs, détruite en 1806 (1) et réédifiée au centre du territoire de la paroisse rurale du même nom.

Si Avranches a perdu l'antique cathédrale qui constituait son principal ornement et son plus grand titre de gloire, si elle a vu s'effondrer en 1883 son vieux donjon et, de nos jours encore, la dernière des deux tours de la porte de Ponts, elle a du moins conservé, avec quelques vestiges de ses remparts, de notables parties de l'Évêché et le Doyenné, vaste et très intéressant édifice.

Le Séminaire, dirigé par les Eudistes, fut supprimé à la Révolution. Il en fut de même des couvents des Capucins et des Bénédictines. Le premier de ces couvents fut affecté d'abord à loger des soldats et à servir de magasin militaire, puis il devint successivement un pensionnat pour les élèves de l'Ecole centrale, un pensionnat dirigé par les religieuses Ursulines et enfin, depuis l'expulsion des sœurs, en 1904, un collège de jeunes filles avec école maternelle.

Quant aux bâtiments imposants du couvent des Bénédictines ou abbaye de Moutons, ils servirent de casernes et d'hôpital militaire pendant la Révolution, puis d'écoles communales et de salle de spectacle ou de cinéma. Pendant la

(1) Cette date est donnée par Félix Jourdan dans sa notice sur: Les églises et communautés d'Avranches pendant la Révolution, Avranches, 1906; dans les Mémoires de Juin-Duponchel, notaire. Revue de l'Avranchin, tome XX, elle aurait été détruite quelques années avant.

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