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comme il croyait que le roi de France commandait en personne l'expédition, il s'était retiré après avoir vaincu les Hongrois, et était allé lever de nouvelles forces pour résister à l'ennemi.

Le roi de Hongrie vit avec peine la retraite des barbares. Après avoir fait le plus brillant accueil aux Français et aux auxiliaires des autres pays, et les avoir comblés de présents, il songea à leur fournir l'occasion de combattre, et leur conseilla de tourner leurs forces contre le royaume de Bohême qui confinait au sien. Voici le motif qui le poussait à entreprendre cette guerre. Le roi de Bohême et ses sujets, qui étaient chrétiens, mais qu'on appelait Patarins, parce qu'ils ne pratiquaient pas toutes les observances de la religion chrétienne, refusaient de reconnaître sa souveraineté. Voulant donc les soumettre par la force des armes, le roi de Hongrie fit partir en avant le connétable avec ses Français, et ne tarda pas à le suivre lui-même avec le reste de ses troupes. Les Français entrèrent si soudainement dans le royaume, que tous les habitants s'enfuirent devant eux, comme devant la foudre. Le connétable et ses soldats se répandirent de tous côtés, exercèrent librement, et sans rencontrer la moindre résistance, les plus cruelles dévastations, et mirent tout le pays à feu et à sang. Le roi de Bohême, épouvanté de cette invasion inattendue, et n'ayant pas le temps de rassembler des troupes, s'était enfermé dans la place la plus considérable de son royaume, avec les seigneurs, les nobles dames et les membres du clergé. Il était bien déterminé à s'y défendre; mais effrayé par le grand nombre des ennemis, il capitula dès le premier assaut.

CHAPITRE XIX.

De maître Jean de Varennes.

Il n'était bruit alors que d'un certain docteur en décrets, nommé maître Jean de Varennes, originaire de Champagne. On racontait sur son compte des choses si étonnantes et si merveilleuses, que j'ai cru

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commendenda, que hic interserere dignum duxi. Hic nuper, cum valde eloquens esset, affabilis in cunctis, propter sufficienciam ejus auditor domini pape effectus, multa beneficia que valorem in portatis mille et quingentorum aureorum excedebant, in brevi fuerat assequutus; sed que universi tunc avide appetebant, ut contemplacioni vacaret, omnia illa deseruit, solum sibi canonicatum Remensem retinens pro sustentacione vite. Sic beneficiis suis consociis auctoritate pape dimissis, in colle montis sancti Dierii, quatuor milibus a Remensi civitate distante, sibi cellulam construens, jejuniis, vigiliis, oracionibus et predicacionibus sedulo vacans, sic graciam et laudem sexus promiscui mercatus est, ut a multis simplicibus sanctus homo, relicto proprio nomine, vocaretur. Quamvis bonorum operum ejus fama ubique divulgaretur, minime tamen obloqutoribus carebat, asserentes quod, quia prelacionem non potuerat adipisci desperatus, vitam hanc tenuissimam et artam elegerat, ut eam assequi posset per hanc viam. Sed si hoc sit verum vel falsum forsitan in sequentibus patebit.

LIV. XIV. 127 devoir en faire mention dans cette histoire. Cet homme, doué d'une grande éloquence et plein d'affabilité, avait obtenu par son mérite la place d'auditeur de rote, et avait été investi en peu de temps de plusieurs bénéfices importants, dont les revenus s'élevaient à plus de quinze cents écus d'or. Mais au lieu de garder ces biens si convoités par tous les ambitieux, il y renonça pour se consacrer à la vie contemplative, et ne conserva pour son entretien que sa chanoinie de Reims. Après avoir, avec l'autorisation du pape, abandonné tous ses bénéfices à ses collègues du chapitre, il se construisit une cellule sur le mont. Saint-Dié, à quatre milles de Reims. Là, il passa sa vie dans les jeûnes, les veilles, la prière et la prédication, et se fit une telle réputation auprès de tous les habitants du pays, que les personnes simples ne l'appelaient plus autrement que le saint homme. Quoique la renommée de ses bonnes oeuvres fût répandue en tout lieu, il ne manquait point de détracteurs. C'était, disait-on, parce qu'il n'avait pu obtenir la prélature, que de désespoir il s'était condamné à cette vie austère et pauvre, afin d'y arriver par ce moyen. On verra peut-être plus tard si ces assertions étaient vraies ou fausses.

Anni Domini

MCCCXCIV.

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De induciali federe inter reges Francie et Anglie.

EXACTA sollemnitate pascali, rex Karolus Biturie et Burgundie duces insignes direxit Boloniam, sicut anno jam elapso consultum fuerat; qui colloquia habentes cum patruis regis Anglie Richardi super pace, nil amplius retulerunt nisi quadriennale induciarium fedus iterum cum juramento mutuo confirmatum. Et quia rex ignorabat si ad pacem nolebant amplius laborare, ubique longe lateque per regnum edictali lege et voce preconia jussit, ut oppida, municipia, et urbium ruinosa menia occius reficerentur, prohibens iterum auctoritate regia ne quis ludis palme, taxillorum, vel aliis qui sine jactura rerum familiarum minime exercebantur, vacaret, sed solum tractu arcuum vel baliste. Ex tunc adulti cum infantulis edicto ceperunt obtemperare regio, et infra breve spacium Francigenas in hac arte famosiores Anglicos vidimus superare, et ubique arcum

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Trêve conclue entre les rois de France et d'Angleterre.

1394.

APRÈS la fête de Pâques, le roi Charles fit partir pour Boulogne, ainsi An du Seigneur qu'il avait été résolu l'année précédente, les illustres ducs de Berri et de Bourgogne. Ces princes entrèrent en pourparlers au sujet de la paix avec les oncles du roi Richard; mais leurs conférences n'aboutirent qu'à la conclusion d'une nouvelle trêve de quatre ans, qui fut jurée de part et d'autre. Cependant le roi, ne sachant pas si les princes anglais voulaient encore travailler à la paix, fit publier dans tout le royaume, par la voix du héraut, une ordonnance qui prescrivait de réparer au plus tôt les places fortes, les cités et les villes dont les murs tombaient en ruines, et prohibait le jeu de la paume, les dés et tous les autres jeux qui sont toujours désastreux pour les familles; l'exercice de l'arc et celui de l'arbalète furent seuls autorisés. Vieillards et enfants, tous se conformè

rent à l'ordonnance royale, et en peu de temps les Français surpassèrent les plus fameux archers anglais par leur vigueur à lancer des flèches,

• L'année 1394 commença le 19 avril.

' 16° année du règne de Wenceslas.

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