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disaient que, tout en approuvant la voie de cession comme la plus sainte, ils ne réprouvaient pas les autres, ils les invitèrent à se ranger à l'opinion du roi, et à supprimer leur lettre, afin qu'en ce point, comme en beaucoup d'autres, ils ne parussent pas d'un avis différent de celui du roi. Les députés obtinrent alors, par l'intermédiaire des ducs, d'être admis auprès du pape, et dînèrent ce jour-là avec lui. Mais ils demandèrent inutilement une audience publique. Le pape leur répondit qu'il devait leur suffire de conférer avec lui en particulier, comme lesdits ducs. Il ajouta que les propositions qu'ils avaient à faire concernaient sa personne, qu'en conséquence il refusait de les entendre en public, et qu'une audience particulière devait leur suffire, puisqu'il n'en donnait jamais d'autre aux députés des autres univer

sités.

CHAPITRE XII.

Le pape défend aux cardinaux de signer la cédule demandée par les ducs.

Le même jour, messeigneurs les cardinaux reçurent la cédule qu'ils avaient consenti à signer, et prièrent les ducs de persévérer dans leur résolution. Ils réprouvaient, disaient-ils, les raisons du pape comme frivoles, captieuses et fausses, et s'étonnaient qu'il voulût élever des doutes sur le serment qu'il avait prêté notoirement et simplement avant et après son élection, ainsi que six d'entre eux le jurèrent en conscience. Cependant, avant de signer cette cédule, ils allèrent tous, excepté le cardinal de Pampelune, trouver le pape, le 1er juillet, et le supplièrent à genoux, la plupart même en versant des larmes et en sanglotant, d'accepter la voie proposée par le roi. Leur démarche fut sans succès. Le pape déclara qu'il avait toujours été animé des meilleures intentions en faveur de l'union, et après leur avoir exposé de nouveau le moyen qu'il proposait, il leur enjoignit de l'adopter avec lui, sous peine des châtiments établis en droit contre les félons et les traîtres. Les cardinaux répliquèrent, et soutinrent que les moyens proposés par le roi étaient plus efficaces. Alors le pape, vivement cour

efficaciores esse affirmarent, tunc stomachatus respondit : « Vos <<< estis nostri subditi, et nos sumus non solum dominus vester, <«< sed et omnium mortalium vivencium, de quibus reddituri «< sumus coram Deo racionem. » Cedulamque prefatam petens et recipiens ab eis, cum eam perlegisset, dixit quod perniciosa erat, prohibens eis sub penis pretactis ne quis eam suo nomine signaret. Hanc autem cedulam apud se retinens et illam factam in conclavi cardinalibus reddere denegans, aliam eis obtulit, que inhibiciones eis factas continebat et totum processum ducum destruebat. Finaliter tamen dixit quod, si domini Francie racionabilem viam ejus acceptare volebant, eos ultra omnes antecessores honoraret, et patrimonium Ecclesie in Ytalia consistens ipsis concederet viribus possidendum.

Verba ista cardinales dominis retulerunt; sed inde modicum moti responderunt quod ad hoc quam ipse potenciores erant acquirendum. Et tunc die quarta jullii duces, cardinalibus et deputatis Universitatis accersitis, omnes unanimiter concluserunt, quod papa iterum moneretur ut viam cessionis acceptaret, vel eis publicam audienciam, quam hucusque recusaverat, concederet. Statuerunt eciam ipsi supplicare ut inhibiciones factas cardinalibus tanquam injustas revocaret, cedulamque ultimam eis datam adnullaret, quia obviabat unioni et primo prestito juramento. Ut dies eisdem assignaretur, quosdam de nobilioribus militibus eidem pape miserunt; quos et benigne recepit, victusque vallidis precibus ad diem martis proximam audienciam ducibus assignavit. Interim quamdam cedulam eis misit continentem quod, ad mentes ipsorum ducum serenandas, non intendebat per jam traditas cedulas effectum cedule facte in conclavi suspendere, seu condicionem aliquam in ipsa apponere, vel quo ad obligacionem aliquid immutare. Que

roucé, répondit : « Vous êtes nos sujets, et nous sommes votre maître ; «< nous sommes le maître de tous les mortels, et c'est à Dieu que nous « rendrons compte de notre conduite. de notre conduite. » Il se fit alors remettre la cédule; après l'avoir lue, il leur déclara qu'il la trouvait pernicieuse, et leur défendit, sous les peines ci-dessus mentionnées, d'y apposer leur signature. Il retint cette cédule par devers lui, et au lieu de rendre aux cardinaux celle qu'ils avaient faite au conclave, il leur en présenta une autre, qui contenait les inhibitions et défenses dont nous avons parlé, et qui renversait tous les projets des ducs. Cependant il ajouta en finissant que, si les seigneurs de France voulaient accepter la voie raisonnable qu'il proposait, il les comblerait de plus d'honneurs qu'ils n'en avaient reçu de ses prédécesseurs, et leur abandonnerait la conquête et la possession des pays qui formaient le patrimoine de l'Église en Italie.

Les cardinaux rapportèrent ces paroles aux envoyés du roi. Les dues furent peu touchés des offres du pape, et répondirent qu'ils n'avaient pas besoin de son appui pour faire cette conquête. Le 4 juillet, ils convoquèrent les cardinaux et les députés de l'Université. L'assemblée décida à l'unanimité qu'on engagerait encore une fois le pape à accepter la voie de cession, ou à donner l'audience publique qu'il avait jusqu'alors refusée. Elle arrêta aussi qu'on le supplierait de révoquer comme injustes les inhibitions et défenses faites aux cardinaux, et d'annuler la dernière cédule qu'il leur avait remise, parce qu'elle était contraire à l'union et à son premier serment. Quelques uns des plus nobles chevaliers furent envoyés en députation afin de prendre jour pour une entrevue. Le pape les reçut avec bonté, et sur leurs instantes prières, il fixa l'audience au mardi suivant. Dans l'intervalle il envoya aux ducs une cédule dans laquelle il disait, pour les rassurer, qu'il n'avait pas l'intention de suspendre par ses deux cédules l'effet de celle qui avait été rédigée au conclave, d'y ajouter quelque condition nouvelle, ou de rien changer aux engagements qu'elle stipulait. Lecture faite de cette cédule, on décida qu'elle était de nul effet, parce qu'au lieu de rien poser affirmativement, elle était toute sous forme négative.

cedula, um perlecta fuisset, nullius efficacie reputata est, quia nil ponebat affirmative, sed solum negative.

CAPITULUM XIII.

De ultima responsione pape data dominis ducibus.

Per hec et dilaciones similes papa solum intendebat tempus in vanum terere, ut sic duces mentem et propositum mutarent; ipsisque audienciam concessam iterum procrastinavit. Quapropter merito attediati, cum jam eos rex litteris propter quedam ardua emergencia revocasset, concluserunt die jovis papam iterum adire, ut ultimam responsionem obtinerent. Ad cameram ergo pape cum deputatis Universitatis accedentes, post impensum debite salutacionis affatum, dominus dux Biturie ipsi instantissime supplicavit ut super expedicione unionis dominos cardinales vellet publice interrogare et audire. Hoc papa primo renuit, et reiteratis vicibus; sed tandem velut victus importunis precibus dominorum: «Quamvis, inquit, in << veritate Jhesu Christi, indecens et inhonestum nobis videatur <<< ut cardinales publice intencionem suam proferant, vobis << tamen nunc obtemperando loquentur. Sed si nil aliud profe«rant, quam quod nobis heri et nudiustercius protulerunt, <«< vobis et ipsis sine dilacione respondebo. >>

Rogati igitur domini cardinales, omnium consensu unanimi cardinalis Florencie reverenter cum magna humilitate et prolixiori sermone domino pape modum intrandi conclave ad futuram electionem recitans, tenorem cedule et juramentum factum a cunctis cardinalibus allegavit, addens quod nullus debebat in papam eligi, nisi prius secundum formam cedule

CHAPITRE XIII.

Dernière réponse faite par le pape à messeigneurs les ducs.

Par toutes ces manoeuvres et tous ces délais le pape ne cherchait qu'à gagner du temps, dans l'espoir que les ducs changeraient d'avis et de résolution. Il ajourna donc encore l'audience qu'il leur avait accordée. Justement fatigués de tous ces retards, et impatients de retourner auprès du roi, qui les avait rappelés par un message à cause des graves événements survenus dans le royaume, ils résolurent de se rendre encore une fois le jeudi au palais pontifical, afin d'obtenir du pape une dernière réponse. Ils se présentèrent dans sa chambre avec les députés de l'Université. Monseigneur le duc de Berri, après lui avoir offert l'hommage de ses salutations, le supplia instamment d'interroger publiquement messeigneurs les cardinaux sur les moyens d'assurer l'union, et de vouloir bien écouter leur réponse. Le pape s'y refusa d'abord avec obstination. Mais enfin, cédant aux instances réitérées des ducs : « Par le Dieu de vérité, dit-il, bien qu'il « nous semble injurieux et malséant que les cardinaux déclarent «< publiquement leur intention, je les laisserai parler cependant pour « vous complaire; mais s'ils ne disent pas autre chose que ce qu'ils nous << ont dit hier et il y a trois jours, je vous répondrai sans délai à vous <<< et à eux. »

Sur l'invitation qui fut faite à messeigneurs les cardinaux de s'expliquer, le cardinal de Florence prit la parole au nom de tous ses collègues. Dans un long discours, il rappela respectueusement et en toute humilité à monseigneur le pape la manière dont on avait procédé dans le conclave à l'élection future, et cita les termes de la cédule et du serment prêté par tous les cardinaux, ajoutant que personne ne devajt être promu au pontificat sans avoir prêté serment selon la forme

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