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foule des curieux, les deux rois établirent et signèrent un réglement dont voici les articles.

Il fut arrêté d'abord et publié dans les villes voisines, par la voix du héraut et à son de trompe, que les deux rois se rendraient au lieu désigné pour l'entrevue avec un très petit nombre de leurs officiers, et que leur suite ne se composerait que de quatre cents chevaliers et écuyers. Il fut défendu à toute personne, quel que fût son rang ou sa condition, de porter des arcs, des arbalètes, des épées, des poignards ou aucune autre arme, cachée ou non, même sous prétexte de les vendre ou de les donner, à l'exception des quatre cents chevaliers susdits, qui pourraient être armés d'une épée ou d'un poignard, seulement pour la forme et par bienséance. L'accès de la tente des deux rois fut interdit à tous les autres, de quelques fonctions ou dignités qu'ils fussent revêtus, sous peine d'être flétris à jamais et condamnés au dernier supplice, s'ils osaient le faire sans la permission des rois.

Il fut enjoint à tous, sous les mêmes peines, de ne point suivre le roi de France à sa sortie de Saint-Omer, ni le roi d'Angleterre à sa sortie de Calais, excepté ceux qui seraient appelés, et nommément aussi les vivandiers et les marchands; encore ces derniers ne devaientils point aller au-delà d'Ardres et de Guines et ne pouvaient-ils exercer leur trafic que dans l'enceinte de ces villes. Même châtiment fut prononcé contre ceux qui oseraient provoquer les sujets de l'un ou de l'autre roi par des clameurs, rixes, disputes ou paroles injurieuses. Il fut pareillement défendu de lutter, de lancer des pierres ou des traits, et de se livrer à aucun exercice qui pût occasionner du bruit ou susciter quelque querelle.

Enfin il fut arrêté sous les peines susdites que, durant la conférence,

ausu temerario instrumentum musicum resonaret sub pena prius dicta, nisi jussus; et quod omnes indifferenter in omnibus et singulis supradictis, ceteris quoque arduis disponendis, militibus commissis ab utroque rege obedirent summarie et de plano.

CAPITULUM XIV.

De mutua curialitate regum donis sibi invicem collatis.

Sic statutis publice divulgatis, veneris die vicesima septima octobris, rex Karolus cum suis consanguineis, quadringentorum militum et scutiferorum comitatus, sicut decretum fuerat, de Ardre exivit velut acie ordinata, ipsumque immediate ejus consobrinus comes Haricurie precedebat, qui ensem regium deferebat. Hii omnes cum tentoria attigissent, fere per tractum sagitte, dumtaxat exceptis rege et suis consanguineis, equos abiciunt, pervenientesque ad cordas que regale tabernaculum sustentabant, tunc divisi ab utroque latere jussi sunt stacionem facere pede fixo. Ne suum ordinem desererent tunc rex pedester eos benigne monuit, inter cetera sic dicens : « Commilitones pre« clari, nunc militaris disciplina subjaceat obediencie legibus. << Decreta regalia audivistis, que ne transgrediamini precipimus, «< ne promulgatam ignominiosam penam incurratis. »

Cum Anglici similes cerimonias servassent, una et eadem hora rex Francie, Lencastrie et Glocestrie duces et comitem Rotlandi sibi missos auctoritate regia leta fronte excipiens, cum eidem vinum et species humiliter obtulissent, eos ad suum remisit dominum tribus anulis aureis insignitos. Juxta observancias regales quesierant quo habitu ambo principes convenirent; sed Biturie et Burgundie duces, eadem legacione functi, redeuntes retulerunt ad hoc regem Anglie respondisse pacta

personne ne pourrait jouer d'un instrument de musique, à moins d'en avoir reçu l'ordre; et que tous sans distinction seraient tenus d'obéir pleinement et entièrement aux chevaliers commis par les deux rois pour l'exécution des différents articles dudit réglement, comme des autres dispositions qui pourraient être établies.

CHAPITRE XIV.

Les deux rois se traitent avec courtoisie et se font des présents.

Lorsque cette ordonnance eut été publiée, le roi Charles, suivi des princes du sang et de quatre cents chevaliers et écuyers, ainsi qu'il avait été convenu, sortit d'Ardres le vendredi 27 octobre comme en ordre de bataille. Immédiatement devant lui marchait son cousin le comte d'Harcourt, chargé de porter l'épée royale. Quand ils furent arrivés près des tentes, à une portée d'arc environ, ils mirent tous pied à terre, excepté le roi et les princes du sang, et s'avancèrent jusqu'aux cordes qui soutenaient le pavillon royal. Alors ils se rangèrent en haie des deux côtés et eurent ordre de s'arrêter là. Le roi, étant descendu de cheval, leur recommanda lui-même avec bonté de ne pas quitter leur place : « Mes nobles amis, leur dit-il, il faut << maintenant que votre valeur guerrière se soumette aux lois de « l'obéissance. Vous avez entendu publier notre ordonnance; nous << vous recommandons de ne point la transgresser, pour éviter les « peines infamantes qui y sont prononcées. >>

Les Anglais suivirent de leur côté le même cérémonial. Après quoi, les ducs de Lancaster et de Glocester et le comte de Rutland se présentèrent en même temps au roi de France de la part du roi Richard, et lui offrirent humblement le vin et les épices. Le roi les accueillit avec affabilité, fit présent à chacun d'eux d'un anneau d'or et les renvoya vers leur maître. Ils avaient demandé, conformément à l'étiquette des cours, quel habillement les deux rois porteraient dans leur entrevue. Les ducs de Berri et de Bourgogne, qui avaient rempli la même mission auprès du roi d'Angleterre, revinrent annoncer que ce prince

pacis et amicicie in cordiali affectu consistere, nec superfluis vestibus indigere. Hoc verbum in pectoribus omnium descendit alcius; et, tribus horis post meridiem exactis, rex Francie in simplici habitu usque ad genua, cornetam plicatam in modum serti deferens, alter autem similiter, cum talari tamen tunica, pre se habens dominum Johannem de Hollandia et comitem Marescalli, qui ensem et aureum baculum deferebant, de tentoriis exierunt.

Omnes ex utraque parte se flexis genibus tenuerunt, donec pallum designatum attigissent; mutuoque dextris porrectis cum debito salutacionis affatu, seseque amplexando cum pacis osculo, rex Francie a ducibus Anglie et alter a Biturie et Burgundie ducibus cum speciebus pocula receperunt. Inde munera largientes ex auro et gemmis, duo vasa, scilicet vinarium et aquale, rex Karolus alteri regi concedens, is ab eodem vice versa unum cifum aptum ad cervisiam potandum cum vase eciam aquali non sine graciarum actionibus recepit. Ambo ipsa et eadem hora, vallidis precibus consanguineorum victi, cum juramento statuerunt quod in loco ubi stabant ecclesia communibus expensis fundaretur, que ad memoriam mutue visionis pacifice Nostra Domina de Pace vocaretur, si inde amborum regna pacificari valerent. Inde utrinque collaudatis militibus, cum disciplinam militarem obediendo servassent, regis Francie repecierunt tentorium palliis aureis adornatum, sub quibus duas cathedras thronis regiis similes repererunt, quarum sinistram elegit rex Anglie, alia pluries denegata. Cum Biturie, Burgundie, Borbonii, Lencastrie et Glocestrie ducibus necnon Rotlandi et Marescalli comitibus tunc secretum inierunt consilium, super quibus michi utique non certum. Quo soluto, post mutua amoris designativa pocula, iterum sicut prius sibi invicem munera contulerunt. Ingentis namque ponderis navi aurea futuro filio libe

avait répondu à ce sujet que les traités de paix et les pactes d'alliance reposaient sur une affection cordiale, et que le luxe des vêtements ne servait point à les consolider. Cette parole se grava dans tous les coeurs. Vers trois heures après midi, le roi de France sortit de sa tente, vêtu d'un simple habit qui ne lui descendait qu'au genou, et portant un chaperon. Le roi d'Angleterre était vêtu avec la même simplicité, sinon qu'il avait une robe traînante. Devant lui marchaient messire Jean de Hollande et le comte Maréchal qui portaient son épée et son sceptre.

La suite des deux rois se tint à genoux, jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés au pieu désigné. Alors ils se tendirent la main, se saluèrent et se donnèrent l'accolade et le baiser de paix. Les ducs d'Angleterre servirent le vin et les épices au roi de France, les ducs de Berri et de Bourgogne au roi d'Angleterre. Les deux rois se firent ensuite des présents en or et en pierreries, non sans s'adresser l'un à l'autre de vifs remerciements. Le roi Charles donna au roi d'Angleterre un flacon et une aiguière, et reçut en retour une aiguière et une coupe pour boire la bière. Sur les instances des princes du sang, ils jurèrent tous deux de fonder à frais communs, à l'endroit même où ils se trouvaient, une église, qui, en mémoire de cette entrevue pacifique, serait appelée Notre-Dame de la Paix, si la paix était rétablie entre les deux royaumes. Ils félicitèrent ensuite les chevaliers de leur obéissance et du bon ordre qu'ils avaient observé, et se dirigèrent vers le pavillon du roi de France, où l'on avait préparé deux trônes sous un dais de drap d'or. Le roi d'Angleterre prit place à gauche, après avoir plusieurs fois refusé de s'asseoir à droite. Il y eut alors un conseil secret, auquel assistèrent les ducs de Berri, de Bourgogne, de Bourbon, de Lancaster et de Glocester, ainsi que le comte de Rutland et le comte Maréchal. Je n'ai pu savoir quel fut l'objet de cette conférence. Après le conseil, les deux rois burent ensemble en signe de bonne amitié et se firent de nouveaux présents. Le roi de France offrit généreusement à son futur gendre un petit vaisseau d'or massif d'un poids considérable, le reconduisit jusqu'à sa tente, en s'entretenant avec lui de sujets particuliers, dont je n'ai aucune connaissance. En retour de son présent il reçut un collier de grand prix enrichi d'or et de pierreries. Puis ils re

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