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Aussi observe-t-on durant la matinée d'un beau jour que cette couche humide de rosée qui recouvre les prairies et le feuillage des arbres, que ces nombreuses touffes de brouillard vaporeux et presque cotonneux, qui se traînent lentement sur l'horizon, disparaissent presque aussitôt après le lever du soleil. Ces trois effets réunis doivent augmenter de beaucoup le volume de la masse d'air dans laquelle ils se produisent; car on sait qu'en passant de l'état liquide à l'état de vapeurs, le volume de l'eau augmente dans la proportion de 1 à 1696.

Or, 1° le matin, la dilatation produite par les rayons solaires doit commencer dans les bandes laterales beaucoup plus tôt que dans la bande centrale; parce qu'il est reconnu que le soleil se lève dans les plaines au moins une heure ou une heure et demie plus tôt que dans les vallées des Alpes, ombragées par la cime des montagnes.

2o Pendant toute la durée du jour la dilatation doit être proportionnellement plus grande dans les deux bandes latérales que dans celle du milieu, puisqu'il est démontré que le mouvement thermométrique y est plus grand que dans celle-ci.

3° Il doit se former chaque jour une plus grande quantité de vapeurs dans les plaines que dans les montagnes, soit parce que la chaleur y est plus intense, soit parce que le sol y est généralement plus humide.

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4o Les glaciers qui existent de loin en loin dans la bande centrale sont comme autant de condensateurs qui attirent, qui absorbent, qui boivent pour ainsi dire les vapeurs de l'atmosphère. Aussi voit-on que dans les temps secs la neige est blanche et durcie ; elle porte, selon l'expression des paysans, tandis que dans les temps humides elle devient d'un blanc mat et ne porte plus.

On peut encore prouver la faculté condensatrice de la glace par une expérience aisée à répéter. Si, pendant les chaleurs de l'été, on applique sur la partie 'vide du tube d'un baromètre un petit vase en ferblanc rempli de glace, il se forme en peu de temps, dans l'intérieur du tube, sous le point de contact, un petit nuage de goutelettes de mercure produit par la vapeur mercurielle, qui a été ainsi subitement condensée. Ce qui se fait ici en petit s'opère en grand sur les Alpes. Il paraît donc bien certain que, par l'effet de ces quatre causes réunies, il doit y avoir pendant le jour une dilatation plus grande dans les deux bandes latérales que dans celle du centre, et qu'il doit s'établir un déplacement d'air de celles-là dans celle-ci.

Après le coucher du soleil, la dilatation de l'air cesse de s'opérer; il ne se forme presque plus de nouvelles vapeurs; une partie de celles qui se sont formées durant le jour retombe en rosée. Alors les

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courants cessent; un calme parfait se rétablit dans T'atmosphère. Si cette condensation était durant toute la nuit égale dans les trois bandes, l'équilibre serait conservé; mais si, pendant la nuit, la condensation doit être proportionnellement plus grande dans les deux bandes latérales que dans celle du centre, il devra s'établir un courant d'air de celle-ci dans chacune des deux autres, en sens inverse de celui qui a existé durant le jour. Or, c'est encore ce qui doit avoir lieu, 1o parce que le mouvement thermométrique est plus étendu dans les deux bandes latérales que dans celle du centre, et qu'ainsi la température baisse pendant la nuit, à Chambéry et à Turin, de plusieurs degrés de plus qu'au Mont-Cenis et au Grand-St-Bernard; 2° parce que la fraîcheur de la nuit trouve une plus grande quantité de vapeurs à condenser dans les deux bandes latérales que dans celle du milieu.

Il existe un autre phénomène qui a une grande analogie avec celui dont nous venons de parler; c'est celui des brises du littoral maritime. Il consiste en ce qu'il s'établit des courants d'air, durant le jour, de la mer vers la terre, et durant la nuit, de la terre vers la mer; ensorte qu'il y a le jour vent de mer, et la nuit, vent de terre. Il paraît que ces courants atmosphériques peuvent encore être attribués à peu près

aux mêmes causes que ceux des montagnes.

En effet, il se forme habituellement beaucoup plus de vapeurs sur mer que sur terre. Cela doit être, l'observation le confirme; car, dans nos climats, les nuages qui produisent la pluie nous arrivent presque toujours des mers les plus voisines. Or, chaque jour, au lever du soleil, cette immense couche de vapeurs qui repose sur la surface de la mer, éprouve une raréfaction subite, l'équilibre se trouve rompu, et aussitôt une brise de mer commence à s'établir. Le soir, aux premières fraîcheurs, ces mêmes vapeurs subissent une grande condensation; une partie même retombe à l'état liquide. La condensation est moindre sur le littoral parce qu'il y a moins de vapeurs; ainsi l'équilibre se trouve rompu en sens inverse, et il s'établit pendant la nuit une brise de terre.

M. le professeur Fournet a cru devoir expliquer les brises de montagnes d'une manière différente. Voici ce qu'il en dit dans le savant Mémoire que nous avons déjà cité, page 68: « Dès que le soleil commence à << éclairer une cime, il détermine l'échauffement de «sa surface, et par suite une raréfaction dans la <<couche d'air en contact. Celle-ci s'envole alors pour <<< faire place à la tranche suivante, qui subit la même << loi; ensorte que de proche en proche dans la ma<< tinée, l'aspiration tend à se transmettre jusqu'à la << plaine. Cependant le soleil s'abaisse aussi graduel<«<lement sur celle-ci, et dès lors le résultat inverse

<< aurait lieu, puisque la plaine s'échauffe plus que la « sommité, s'il n'était prédominé par une cause plus « énergique, qui résulte de l'élancement du cône << montagneux dans la région atmosphérique. Ses << flancs solides, opaques, à teintes plus ou moins << sombres, absorbent et répercutent avec force les « rayons calorifiques, et échauffent par conséquent « plus fortement la couche d'air ambiante que ne << peut l'être une couche située à égale hauteur dans << l'atmosphère diaphane; de là une raréfaction, une <«< ascension continue, et par suite un flot montant qui «<lèche constamment la surface de la montagne. »>

Deux raisons principales nous ont déterminé à don→ ner la préférence à l'opinion que nous avons cru devoir adopter.

1° Il est établi que les variations thermométriques se font entre des limites extrêmes plus rapprochées sur les montagnes que dans les plaines; on n'est donc pas fondé à supposer qu'il puisse se développer dans la bande centrale une chaleur plus intense et une dilatation atmosphérique proportionnellement plus grande que dans les deux autres.

2o Selon l'opinion adoptée par M. Fournet, dans la vallée de Maurienne, par exemple, le courant diurne devrait commencer à Lanslebourg et non à Aiguebelle; or, l'expérience paraît prouver le contraire. Il est bien reconnu que le soleil se lève chaque jour

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