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DE

JEAN RACINE.

TOME PREMIER,

A PARIS,

Chez Pillot, Jeune, Libraire, Place des Trois-Maries,

no. 2, vis - à - vis le Pont-Neuf.

XIII. - 1805. ford

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SUR LA VIE ET LES OUVRAGES

DE RACINE,

JEAN RACINE naquit à la Ferté-Milon le 21 décembre 1639 : il apprit le latin au college de Beauvais , et le grec sous Claude Lancelot, sacristain de Port-Royal. Ce savant homme, auteur de plusieurs ouvrages utiles, le mit, dit-on, en moins d'un an, en état d'entendre Euripide et Sophocle. L'expérience prouve qu'il n'y a aucune langue, ni même aucune science , dans laquelle , avec de l'application, de l'aptitude, et, ce qui est plus rare encore,

de bons maîtres, on ne puisse faire des progrès assez rapides: mais la langue grecque est si étendue, si abondante; ses formes sont si variées , si hardies ; et la plupart des mots qui la composent ont des nuances si déli

si fugitives, et cependant si distinctes pour qui sait les saisir , qu'on persuadera difficilement à ceux qui ont fait une étu le approfondie de cette langue, que neuf ou dix mois, un an même, si l'on veut, aient suffi à Racine pour bien entendre Euripide, et sur tout Sophocle, dont les cheurs ne sont pas sans obscurités, même pour les meilleurs critiques.

cates,

Racine montra dès ses premières années un goût très-vif pour la poésie. Son plus grand plaisir était d'aller s'enfoncer dans les bois, dont le vaste silence est si favorable à la méditation, et semble même y inviter. C'est là que, solitaire, il lisait sans-cesse les tragiques grecs, qu'il savait presque par cæur, et dont il a osé le premier transporter dans sa langue les tours, les expressions et les images.

Ayant trouvé le roman grec des amours de Théagène et de Chariclée, il le lisait avidement, lorsque Claude Lancelot , son maître, animé de ce zèle indiscret et peu réfléchi qui fait passer le but lorsqu'il ne faudrait que l'atteindre, lui arracha ce livre et le jeta au feu. Un second exemplaire ayant eu le même sort, le jeune homme en acheta un troisième ; et après l'avoir appris par cæur, il le porta a Lancelot, en lui disant : « Vous pouvez brûler encore celui-ci comme les autres. »

Ses premiers essais de poésie latine et française ne furent pas heureux; mais il est si difficile d'écrire , même médiocrement, dans une langue morte, qu'on pardonne sans peine à Racine d'avoir fait de mauvais vers latins. Horace et Virgile peuvent nous consoler du peu de succès des modernes dans ce genre d'écrire, et devraient même les dispenser de s'y exercer. Un homme de génie se plaît un moment à consacrer dans un beau vers latin la mémoire de deux événemens qui font époque, l'un dans l'histoire des sciences, l'autre dans celle des empires; mais il n'entreprendra pas de faire une ode , une épître , un poême, dans une langue qu'on ne parle plus : il aura sur-tout le bon esprit de préférer le mérite si nécessaire et si fare d'écrire dans sa langue avee pureté, élégance et précision , au vain plaisir de faire de barbares et d'insipides centons dans une langue que les artisans, je dirais presque les porte-faix de Rome, entendaient, écrivaient , et parlaient mieux que nous.

A peine Racine eut-il achevé sa philosophie, qu'il te fit connaître assez avantageusement par son ode intitulée , LA NYMPHE DE LA SEINE. Cette pièce , qu'il publia en 1660 à l'occasion du mariage du roi, fut ingée la meilleure de toutes celles qui parurent sur le même sujet. Chapelain, alors arbitre souverain du Parnasse , et que le jeune Racine avait consulté sur son ode , parla si favorablement à Colbert et de l'ode e du poéte , que ce ministre lui envoya cent louis de la part du roi, et le mit peu de tems après sur Pétat pour une pension de 600 livres. Si les vers de Chapelain ne font pas beaucoup d'honneur à son esprit, ce procédé en fait beaucoup à son discernement et à son caractère; et le philosophe célèbre qui a soutenu , par des raisons aussi solides qu’éloquentes, qu’une belle page était plus difficile à faire qu'une belle action , pouvait citer cette exemple comme une nouvelle preuve de la vérité de son opinion..

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