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A tous ces titres, il était indispensable de faire précéder l'histoire de la Commune de Montpellier de cet aperçu sur l'histoire de la Seigneurie des Guillems. L'une devait servir de préface à l'autre. Sans épuiser les détails relatifs à nos premiers seigneurs, il convenait d'en formuler au moins l'ensemble, et de mettre en relief les principaux traits. Cette base essentielle une fois posée, nous comprendrons mieux ce qui

va suivre.

1 On trouvera ces détails au complet dans le 1er volume de l'Histoire de Montpellier de d'Aigrefeuille, et dans la Notice sur les Guillems, insérée par M. Pegat dans le Tom. Ir des Mémoires de la Société archéologique de Montpellier.

HISTOIRE

DE LA

COMMUNE DE MONTPELLIER.

I.

CARACTÈRE ET IMPORTANCE DE LA COMMUNE DE MONTPELLIER. SOURCES DE SON HISTOIRE.

LA Commune dont nous allons étudier l'histoire a été sans contredit une des plus remarquables. Française par le sol et les instincts, espagnole par habitude et par raison, elle se révèle comme un des types les plus curieux du genre auquel elle appartient. Il en est trèspeu dont l'importance ait égalé la sienne; il n'en est aucune dont le développement offre plus d'intérêt et d'originalité. C'est une vraie république sous un chef héréditaire, une république seigneuriale, en quelque sorte, où toutes les idées, toutes les passions, toutes les influences qui constituaient la vie du moyen-âge

ont trouvé place. Derrière les remparts de cette Commune se sont passées de grandes choses; dans sa modeste enceinte se sont agitées de graves questions. Là s'est librement gouvernée durant plus de deux siècles une société à part; là s'est mu tout un petit monde, avec ses principes à lui, ses lois, ses coutumes spéciales, son organisation propre.

Quelque originalité, cependant, et quelque importance qu'ait eues au moyen-âge la Commune de Montpellier, son histoire est encore à faire. Les hommes même les plus doctes ne la connaissent généralement que par d'Aigrefeuille. L'ouvrage de d'Aigrefeuille accuse assurément beaucoup de recherches. L'excellent chanoine a analysé consciencieusement les chartes, et mis scrupuleusement à contribution les anciennes archives. Mais il a écrit plutôt une chronique qu'une histoire proprement dite. Il n'a rien formulé, rien systématisé. En procédant année par année, et presque mois par mois, en ajoutant des faits à des faits, sans travailler à les dégager les uns des autres, sans se préoccuper de leur valeur intrinsèque ou relative, sans nul souci de la critique ni du style, il n'a construit qu'un disgracieux, quoique très-solide et très-utile échafaudage. Non-seulement son livre est loin d'être une œuvre d'art, mais, quelque labeur qu'il lui ait coûté et quelque respect qu'il mérite, il n'a même pas

Histoire de la ville de Montpellier, 2 vol. in-fol., Montpel

lier 1737 et 1739.

toujours l'avantage, assez ordinaire aux livres de ce genre, d'épargner aux savants de fastidieuses investigations. Car les textes, pour la plupart, n'y sont point ou y sont mal cités, et les renvois aux documents originaux s'y trouvent indiqués d'une manière inexacte, quand ils ne sont pas complètement omis; de sorte que toute vérification, outre qu'elle n'est possible que sur les lieux mêmes, est toujours difficile. Ménard, lui non plus, n'a pas écrit, à proprement parler, l'histoire de Nimes; son récit, quoique bien supérieur à celui de d'Aigrefeuille, n'est guère plus philosophique. Mais il a donné sous le titre de Preuves, à la fin de chaque volume, les matériaux d'une véritable histoire de Nimes, à l'aide desquels on peut, n'importe où, rédiger cette histoire. L'honnête Ménard ne s'est pas contenté de lire les chartes pour son usage personnel; il les a éditées avec la science d'un Bénédictin. Si d'Aigrefeuille avait pris le même soin, notre travail eût été considérablement simplifié.

Nous ne regardons pas comme perdu, néanmoins, le temps que nous avons employé à reconnaître les pièces de l'échafaudage du négligent chanoine. Il y a un immense profit à manier l'un après l'autre tous les parchemins d'une Commune. La vue de ces parchemins, à elle seule, instruit beaucoup; on y puise des leçons infiniment préférables à celles que donnerait un livre. Nous serions presque tenté, sous ce rapport, de remercier d'Aigrefeuille. En nous obligeant à refaire son

travail et à chercher nous-même les textes qui avaient servi de base à sa chronique, il nous a mis sur la voie pour en découvrir de nouveaux, et il nous a fourni, par suite, l'occasion de contempler de nos yeux bien des richesses dont jusque-là nous soupçonnions tout au plus l'existence. Le grand Chartrier de nos Archives municipales surtout est un trésor tout-à-fait rare. On pourrait y souhaiter un classement plus méthodique. Celui que nous a légué le moyen-âge, et auquel répond l'inventaire dressé en 1662 par le docteur Pierre Louvet, est aujourd'hui insuffisant. Il est même irrationnel; car il n'est disposé ni par ordre de matières ni par ordre de dates, et il serait vivement à desirer que l'Administration locale voulût bien s'occuper d'une refonte en ce sens. Même avec leur défectueux classement toutefois, les Archives municipales de Montpellier offrent d'incalculables ressources pour l'histoire de notre ancienne Commune. Que d'importantes copies sont consignées dans leurs vieux registres! Que de précieux originaux gisent dans leurs cassettes vermoulues! Là reposent les bulles des papes, les ordonnances des rois, les concessions seigneuriales, les actes de toute sorte concernant la Commune durant plus de trois cents ans, et entre autres la charte authentique de nos Coutumes, octroyée ou plutôt acceptée, le 15 août 1204, par le roi Pierre d'Aragon.

Cet exemplaire original de la charte du 15 août 1204 n'est pas, du reste, le seul texte que nous en ayons.

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