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Qu'on se figure maintenant l'influence que dut avoir cette vie toute romaine de Maguelone sur les seigneurs de Montpellier. Guillem V accueille Urbain II avec toute l'aménité d'un fils et tous les égards d'un vassal. A peine la croisade est proclamée, qu'il part pour la Terre-Sainte, en compagnie de Raymond de Saint-Gilles et d'une foule de barons du voisinage, Pons et Bernard de Montlaur, Guillaume de Fabrègues, Éléazar de Montredon, Pierre Bernard de Montagnac, Othon de Cour

Éléazar de Castries, etc. Il se signale par maintes prouesses, il se fait remarquer comme un des plus valeureux et des plus hardis chevaliers de son siècle. Il a quelques démêlés avec l'Église, il est vrai : car, suivant l'exemple généralement donné par les féodaux, il se laisse entraîner à de coupables usurpations envers la puissance ecclésiastique. Mais quand l'évêque de Maguelone le cite à comparaître dans un plaid, quand il se voit menacé de perdre son domaine par suite de ses abus de pouvoir, il revient bien vite à résipiscence. Il renonce à toute juridiction sur les églises et les clercs, il prête le serment le plus explicite, promet la fidélité la plus complète à S. Pierre et à l'Église de Mague

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« Propter malefacta que episcopo et clericis fecerat. » Mémorial des Nobles, fol. 19 vo.

lone'. Ainsi s'annonce déjà le dévouement presque sans égal de nos Guillems au Saint-Siége. Ainsi commence à se dessiner le rôle tout catholique qu'ils rempliront en face de l'hérésie albigeoise: St.-Pierre de Maguelone participe à la vénération qu'inspire St.-Pierre de Rome.

Guillem V associe même l'Église à ses prévisions d'avenir. Avant de se mettre en route pour aller faire la guerre aux Sarrazins de l'île de Majorque, il ordonne par testament que, dans le cas où lui, sa femme et ses enfants viendraient à mourir, la ville et la seigneurie de Montpellier retourneraient à l'évêque de Maguelone Galtier, à qui il avait prêté le même serment qu'à Godefrid 2. — C'est un bien touchant spectacle que

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༥ De ista hora in antea fidelis ero S. Petro et Ecclesie Maga>>lonensi de omnibus que hodie habet ipsa Ecclesia. » Sacrament. fidelit. Guillelmi V, ap. Mémorial des Nobles, fol. 19 v°. Cf. Gariel, Series Præsul., I, 123, Gall. Christ., VI, Instrum. 352, et Hist. gén. de Lang., II, Pr. 329.

<< In nomine Domini, ego Guillelmus Montispessulani, per>> gens contra Paganos ad expugnandam Majoricam insulam, >>anno Dominice Incarnationis MCXIIII, tale facio testamentum, >>in presentia Galterii Magalonensis episcopi :....... Si forte con>>tigerit me mori in hoc itinere,........ et si omnes infantes mei mo>>riantur sine herede de uxore aut de marito legali, antequam >>habeant XIIII etatis sue annos completos, dono et reddo Deo >>et SS. apostolis Petro et Paulo Ecclesie Magalonensis, et Gal>>terio ejusdem sedis episcopo, et successoribus suis, totam >> villam Montispessulani, que est antiquitus alodium S. Petri

celui de la déférence et du respect de nos seigneurs pour l'Église durant ces vieux temps. En 1118, ce même Guillem V, revenu sain et sauf de la croisade de Majorque, non content d'avoir témoigné naguère de si pieux égards à Urbain II, professe la plus entière obséquiosité pour son successeur Gélase II. Quand ce saint pontife vient chercher un asile en France, afin de se soustraire aux menaces tyranniques de la faction impériale, maîtresse de l'Italie, il est reçu honorablement à Maguelone par le très - humble seigneur Guillem V, qui l'accompagne ensuite à Melgueil et à Saint-Gilles. Guillem VI ne se montre ni moins soumis ni moins respectueux, en 1130, envers Innocent II. De concert avec l'évêque de Maguelone Raymond Ier, il embrasse sa défense contre l'usurpation arrogante de l'anti-pape Anaclet II, et Innocent II, en échange de cette courageuse manifestation, veut bien le prendre, lui et tous ses biens, sous la protection du Saint-Siége2.

»Magalonensis Ecclesie, quam villam habeo ad feudum per >>manum ejusdem sedis episcopi.... » Testament. Guillelm. V, ap. Archiv. départ., Cartulaire de Maguelone, Registre D, fol. 293. Cf. Hist. gén. de Lang., II, Pr. 390.

1Sugerii abbat. Vita Ludov. Grossi, ap. Script. rer. gallic. et francic., XII, 46.

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<< Te sicut hominem et fidelem nostrum ac specialem B. Petri >>militem, et hæreditatem tuam,.... sub B. Petri tutelam pro

Guillem VI fait plus : il suit Innocent II à Saint-Gilles, au Puy, à Clermont, à Étampes. Ce fut dans cette dernière ville, comme on sait, que S. Bernard se prononça si résolument contre Anaclet II, et rallia, par une souveraine décision, à la cause du légitime pontife la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Dans cette dernière ville aussi le seigneur de Montpellier contracta avec le grand abbé de Clairvaux les premiers liens de cette douce amitié qui le porta plus tard à quitter le monde pour s'enrôler dans la milice de Cîteaux, imitant en cela le comte de Melgueil Bernard IV, qui, en 1132, se fit moine de la congrégation de Cluni. Chez nos Guillems, le dévouement à l'Église n'était pas moins héréditaire que la bravoure. Les papes en étaient si convaincus, qu'en 1162 encore on vit, le mercredi de Pâques, Alexandre III, contraint par l'empereur Frédéric-Barberousse et par l'anti-pape Victor III de quitter l'Italie, venir débarquer, lui aussi, à Maguelone, d'où, après avoir consacré en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul le principal autel de la cathédrale, il se

>>>tectionemque suscipimus,.... statuentes ut nulli omnino homi>>num liceat personam tuam seu præfatam hæreditatem deinceps >>perturbare, auferre, minuere, vel aliquibus molestiis fati»gare. » Innocent. pap. II epist. ad Guillelm. Montispess., ap. Gariel, Series Præsul., I, 170.

dirigea vers Montpellier. Guillem VII, comme son père et comme son aïeul, s'avança à la rencontre d'Alexandre avec ses barons et ses hommes d'armes, et, prenant en mains les rênes de la haquenée du vicaire du Christ, l'introduisit ainsi dans sa ville seigneuriale, témoignage de déférence d'autant plus remarquable que Victor III n'avait rien négligé pour l'attirer à son parti. On peut lire encore aujourd'hui sur le premier feuillet du Mémorial des Nobles une lettre des plus instantes que l'anti-pape écrivit alors au seigneur de Montpellier. Mais Guillem VII eut assez de force et de foi pour résister à la séduction. Il demeura inébranlablement fidèle à l'orthodoxie et au malheur; et quand, deux ans plus tard, l'implacable Frédéric, dans le but d'empêcher le retour d'Alexandre, qui passait de nouveau par Montpellier pour regagner sa ville de Rome, osa faire au noble seigneur certaines offres contraires à la justice, Guillem VII évita scrupuleusement jusqu'à l'apparence d'une trahison 2. Il est beau de voir ainsi

1 Baronii Annales ecclesiastici, XIX, 185.

2 << Imperator, non quiescens secretis, ut dicitur, litteris et >>promissis amplissimis, apud Guillelmum, Montispessulani >>dominum, agere studuit ut proderet hospitem. At vir memora>>bilis integræ fidei inventus est, et insignem hospitem decentis>>sime honoravit. » Guillelm. Neubrig., De reb. anglic., lib. II, cap. 16, ap. Script. rer. gallic. et francic., XIII, 440.

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