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Alphonse II d'Aragon, lors des démêlés de ce monarque avec le comte de Toulouse au sujet de la succession du comté de Provence. Guillem VII, par ses sympathies personnelles et par les intérêts de son fief de Tortose, se sent irrésistiblement poussé vers l'Espagne, en même temps que, comme vassal de la France, il se rallie à la cause de la nationalité méridionale. Aussi met-il, avant de mourir, sa race et sa seigneurie sous la haute protection du roi d'Aragon 1.

Car nous sommes en pleine féodalité. Les relations se compliquent, les liens se multiplient de plus en plus ; le réseau d'une vaste et puissante hiérarchie s'étend sur toute l'Europe. Les seigneurs de Montpellier relèvent à la fois des rois d'Aragon et des rois de France, des comtes de Toulouse, des évêques de Maguelone 2 et des

<< Infantes meos, et omnes homines meos, et universum >>honorem meum dimitto in garda et defensione domini mei Ilde>>fonsi regis Aragonensis. » Testament. Guillelm. VII, ap. Hist. gén. de Lang., III, Pr. 125.

Les Guillems relèvent doublement des évêques de Maguelone. Outre le fief de Montpellier, ils tiennent aussi d'eux son annexe le fief de Lattes. Une transaction de 1140 entre l'évêque Raymond I et Guillem VI, couchée sur le Mémorial des Nobles, fol. 20, ne permet pas le plus léger doute à cet égard. « Guillel>>mus totum territorium de Palude », y est-il dit textuellement, « et castrum quod ibi construitur, cum melioramentis que ibi >>fient, in pace perpetuo tam ipse quam successores ejus ad

papes. Vassaux et suzerains en même temps, ils font et reçoivent à tour de rôle, soit des hommages, soit des serments. Tel est l'enchevêtrement des rapports sociaux, telles sont les conséquences du morcellement féodal, que la ville de Montpellier, à elle seule, ne voit pas moins de trois juridictions, de trois pouvoirs distincts s'exercer simultanément dans l'enceinte de ses fossés. L'ancien bourg de Montpelliéret y appartient toujours à l'évêque de Maguelone, en possession du droit de l'administrer souverainement, sous la mouvance du pape et du roi de France, et les seigneurs, de leur côté, gouvernent librement l'autre bourg, comme vassaux de l'évêque de Maguelone et comme suzerains des vicaires de Montpellier. Ces vicaires, à leur tour, jouissent, eux aussi, des priviléges seigneuriaux dans un

>> feudum de Magalonensi Ecclesia habeant, et sine omni inquie>>tudine deinceps possideant.... Sciendum tamen est quod, quan>>diu villa Montispessulani et castrum de Palude unius domini >>fuerint, unum hominium ipse dominus episcopo Magalonensi >>>faciat, et unum sacramentum episcopo et Ecclesie. Si vero >>predictos honores, videlicet villam Montispessulani et castrum >>de Palude, inter duos dominos dividi contigerit, unusquisque >>eorum hominium episcopo faciet, et episcopo et Ecclesie unum >> sacramentum. >>

Il en fut de même de Marseille; on la voit partagée, dès le X siècle, en cité épiscopale, cité vicomtale et cité abbatiale. Les partages de ce genre n'étaient pas rares alors.

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certain espace de la ville enclos de murailles ; ils y ont un château et une église 2. Ils possèdent en arrière-fief durant presque tout le XIIe siècle une partie de notre

Cela est positivement établi par un acte du 24 janvier 1103, où Guillem V donne à ses cousins Raymond et Bernard-Guillem << totam vicariam Montispessulani totius,... et castellum quod >> est situm juxta portam S. Nicolai in Montepessulano, sicut » est clausum, cum turribus et muris, cum ingressu et regressu. >> Guillem V donne également, par ce même acte, les fours de Montpellier construits sous son aïeul, ne se réservant qu'un seul de tous les autres fours bâtis postérieurement, et entend que Bernard puisse disposer de la charge de vicaire et du château vicarial en faveur de celui de ses enfants qu'il voudra. « Et ego Guillelmus », ajoute-t-il, « dono ad feudum ad totos >>honores tibi Raymundo et Bernardo Guillelmi, fratri tuo, et »uxori sue, et infantibus suis vicariam cum castello, sicut ipse >> Bernardus eis dimiserit. Et solummodo unus de filiis suis >>habeat vicariam cum castello.... Et ille qui castellum et vica>>riam habuerit faciat hominiscum domino Montispessulani. » (Mémorial des Nobles, fol. 55 v.) Il n'est question dans cette charte que des enfants de Bernard-Guillem, Raymond, en sa qualité d'évêque de Nimes, n'en ayant pas eu, de sorte que ce fut exclusivement la postérité de ce Bernard-Guillem qui, en définitive, se perpétua dans la charge de vicaire de Montpellier.

* Cette église, sans doute fort petite, était dédiée à S. Nicolas. Elle était comme suspendue au-dessus de la rue de l'Aiguillerie, qu'elle traversait sur un arceau, presque au milieu de son parcours. Elle existait encore au XVI° siècle; car elle est mentionnée dans le testament de Jacques Capons, rédigé en 1507, et couché sur le Grand Thalamus, fol. 224. Tout à côté de cette église Saint-Nicolas s'élevait le château vicarial, avec ses murailles et ses tours d'enceinte.

cité ; ils arrivent même à un tel degré de puissance, qu'ils chassent le seigneur, au moyen d'un soulèvement populaire.

La ville de Montpellier, malgré le peu d'étendue de son enceinte, reconnaît donc sous les Guillems jusqu'à trois juridictions distinctes, celles de l'évêque, du seigneur et du vicaire, trois pouvoirs régulièrement et hiérarchiquement constitués 2, fonctionnant parallèlement et à côté l'un de l'autre. Alors même que Guillem VIII, à la fin du XIIe siècle 3, concentre de

1 Voyez, à la fin du volume, la Note I.

2 Hiérarchiquement constitués, en ce sens que le seigneur de Montpellier devait hommage à l'évêque de Maguelone, et recevait, à son tour, l'hommage du vicaire. « Ille qui castellum et >> vicariam habuerit faciat hominiscum domino Montispessulani »>, dit expressément l'acte du 24 janvier 1103 déjà cité. Plus tard, le seigneur, se plaignant du peu de fidélité des vicaires, emploie des termes analogues: « Ego Guillelmus de Montepessulano >> conqueror super Gaucelmo de Clareto et nepotibus suis, qui >> feudum quod de me tenent mihi non serviunt, sicuti servire >>debent; item, de hominio et sacramento, quod pro vicaria >> mihi facere debent, quod nec mihi fecerunt, nec et represen>>taverunt... » (Mémorial des Nobles, fol. 64.) Ajoutons que, dans la Charte des fiefs du même Mémorial, le vicaire de Montpellier figure en tête des vassaux du seigneur : « De feua>>libus domini Guillelmi Montispessulani Raimundus Aimoinus »primus », y est-il écrit.

3 En 1197 et en 1200, par deux actes représentant deux ventes partielles. (Voy. Mém. des Nobles, fol. 63 et 64. )

nouveau dans ses mains toute la seigneurie par le rachat des droits des vicaires, Montpellier n'en continue pas moins d'obéir à deux puissances, l'évêque de Maguelone y conservant, sous le patronage du St.-Siége, les honneurs et les prérogatives de la suzeraineté féodale.

Mais poursuivons nous allons voir sous ce Guillem VIII se dessiner davantage encore les liens qui devaient unir bientôt Montpellier à l'Espagne. Ce ne sont plus seulement des colons qui nous arrivent de la Péninsule, ou des relations féodales qui nous mettent en rapport avec elle. Nos seigneurs, après avoir reçu de l'Aragon des secours et des terres, en reçoivent aussi des femmes, comme le révèle le double mariage de Guillem VIII avec Eudoxie et Agnès.

Le roi d'Aragon Alphonse II, voulant contracter une grande alliance, s'était adressé à l'empereur d'Orient Manuel Comnène, pour lui demander la main de sa fille Eudoxie. Le césar la lui avait accordée; mais la

Nous adoptons ici l'opinion des continuateurs de D. Bouquet (Script. rer. gallic. et francic., XIX, 448), contrairement au texte de Guillaume de Puy-Laurens (Hist. Albigens., ibid. XIX, 201), qui fait d'Eudoxie la nièce et non la fille de Manuel Comnène. La généalogie que nous suivons est aussi celle de la Chronique de Jayme I, dont rien ne saurait là-dessus infirmer le témoignage.

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