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les papes eux-mêmes s'y seraient-ils associés ? En même temps, il est vrai, que nos évêques donnaient la main à cet intolérant système d'exclusion, par une inconséquence des plus bizarres et assez difficile à concevoir, ils ne se faisaient pas scrupule de laisser subsister l'effigie de Mahomet sur les monnaies melgoriennes 2.

La présence d'un élément juif et arabe à Montpellier, au moyen-âge, est donc un fait hors de doute. Combien cet élément ne dut-il pas venir en aide à notre développement scientifique et commercial! Grâce à nos constantes relations avec l'Italie et l'Espagne, rien ne contrariait l'exercice de son action: elle pouvait se

↑ Innocent IV, notamment, mandait, en 1249, à l'évêque de Maguelone, qui l'avait consulté sur ce sujet, de ne pas permettre aux Juifs de s'habiller dans son diocèse à la manière des ecclésiastiques, comme ils avaient coutume de le faire, attendu que beaucoup de gens, par une méprise fàcheuse, leur rendaient, eu égard à leur mise, un honneur auquel ils n'avaient pas droit. Innocent. pap. IV epist., ap. Baluz., Miscellan. VII,

407 sq.

2 Cette bizarrerie est attestée par une lettre de Clément IV, du 26 septembre 1266, à Bérenger de Fredol. « Quis enim ca»>tholicus », écrivait alors le pape à notre évêque, « monetam »debet cudere cum titulo Mahumetis?» (Archiv. départ., Bullaire de Maguelone, fol. 20 v° et 54 v°; Cf. Martène et Durand, Thes. nov. anecdot., II, 403.) - Arnaud de Verdale se trompe en faisant adresser cette lettre à Guillaume Christol. Guillaume Christol était mort en 1263.

déployer librement jusqu'au fond des deux péninsules

par la grande voie de la Méditerranée; et Benjamin de Tudela nous en indiquait tout-à-l'heure les effets. Montpellier était devenu, dès le XIIe siècle, un des principaux marchés du Midi : toutes les denrées y affluaient; les trafiquants de toutes les races et de toutes les langues s'y donnaient rendez-vous. De là ces traités de commerce avec Pise et Gênes, conclus au nom de Guillem VIII, et conservés dans nos archives. De là les priviléges octroyés à nos marchands, en 1187, par Conrad de Montferrat dans sa principauté de Tyr. De là l'institution de nos consuls de mer, dont nous parlerons bientôt d'une manière plus explicite.

L'élément juif et arabe en question, tout en favorisant nos intérêts commerciaux, nous rendait aussi d'autres services. Il dut, selon toute apparence, alimenter dans le principe notre enseignement médical, si même il ne le créa pas complètement. La ville de Montpellier, pour son école de médecine, a été, au moyen-âge, directement tributaire des universités juives et arabes, de même qu'elle l'a été, pour son école de droit, de l'université de Bologne.

Car, personne ne l'ignore, Montpellier avait autrefois une école de droit célèbre, une école qui a joué

un rôle très-important dans l'histoire de nos institutions municipales. Cette école existait déjà sous les Guillems son origine remonte vraisemblablement à 1460. C'était alors un temps de rénovation pour le vieux droit romain. Irnerius venait de lui rendre un organe dans l'université de Bologne, et cette université était devenue depuis, grâce aux circonstances, le centre d'un mouvement intellectuel d'autant plus fort qu'il trouvait un stimulant quotidien dans la lutte des empereurs de la maison de Souabe avec les républiques lombardes. Ce fut à l'école de Bologne et dans les traditions encore vivantes d'Irnerius que se forma Placentin, et ce fut ensuite ce même Placentin qui dota Montpellier d'un enseignement juridique. Montpellier, à ce titre, dérive directement de Bologne, et peut revendiquer l'honneur d'avoir ouvert un des premiers asiles au droit romain. Notre cité, sous ce rapport, comme sous celui de la médecine, mérite sans restriction l'éloge que lui décernait publiquement naguère une voix éloquente, en lui reconnaissant l'initiative pour caractère spécial dans les travaux de l'esprit en France 2.

L'école de droit d'Orléans, jadis fameuse, ne remonte pas au-delà de 1312; celle d'Angers date seulement de 1398.

Voy.le discours prononcé par M. Théry, le 46 novembre 1846, à la séance solennelle de rentrée des Facultés de Montpellier.

On a long-temps répété, sur la foi de Serres et de d'Aigrefeuille, que Placentin était originaire de Montpellier, et les savants auteurs de l'Histoire littéraire de la France ne se sont pas fait faute de reproduire cette assertion. Il y a là, disons-le, excès de patriotisme. Placentin nous apprend lui-même dans un de ses ouvrages qu'il était de Plaisance. La Lombardie l'avait vu naître; il professa même d'abord à Mantoue et à Bologne, et il ne vint ensuite en France que pour se soustraire aux menaces et aux outrages de collègues jaloux. Pourquoi, parmi tant de villes alors célèbres, choisit-il de préférence Montpellier? Fut-ce par le desir bien naturel de s'éloigner le moins possible du climat natal? Fut - ce par sympathie pour quelques étudiants montpelliérains, ses anciens disciples au-delà des Alpes, ou par l'espoir tout-à-fait légitime de rencontrer des protecteurs éclairés dans les Guillems? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il commença à enseigner dans nos murs vers 1160. Il y enseigna long-temps, à deux reprises; et non-seulement il y enseigna, mais il y écrivit des livres de jurisprudence jadis estimés, la Somme du Code et la Somme des Instituts entre

1

<< Civitas Placentia, unde mihi origo est nomenque ac>>cepi.. . . . . . » Summa Codicis, lib. VI, tit. 48.

autres. La bonne ville, reconnaissante, lui décerna, quand il mourut, l'honneur insigne d'une mention spéciale sur ses registres publics. Elle fit plus le 12 février, jour anniversaire de sa mort, devint un jour férié dans notre université de droit, qui adopta pour patronne la sainte de ce jour-là, Ste Eulalie. Il n'y eut pas jusqu'à la masse du bedeau de cette université qui ne fût ornée de l'effigie de Placentin. Lorsque plus tard, au sortir des guerres civiles du XVIe siècle, notre école de droit fut transférée de la Tour Sainte-Eulalie au Collège de la Chapelle-Neuve, le portail du nouvel édifice eut encore pour mission de continuer la gloire de Placentin. On y lisait, et on y lut jusqu'en 1792, époque de la suppression des anciennes universités, cette inscription touchante, quoique un peu prétentieuse peut-être : Aula Placentinea 2.

Magnifique privilége du talent! Le très-haut et trèspuissant seigneur Guillem VIII voulut honorer de sa

1 << En l'an MCLXXXXII, a XII jorns de febrier, anet a Dieu M. Placentin, loqual fo lo primier doctor que jamays legi en Montpellier; e fo sebelit en lo cimeteri de Sant-Bertholmieu, pres de la capela de Sant-Cleophas de part de foras. » Petit Thalamus, p. 330, Chronique romane.

En fait d'inscription, nous préférons de beaucoup celle que l'on dit avoir été découverte, en 1663, parmi les ruines de l'ancienne église et de l'ancien cimetière Saint-Barthélemy, où

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