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Combien d'heures travaille-t-il par jour pendant les différentes saisons ?

De quel travail s'occupe la femme du cultivateur? Ne travaille-t elle pas trop ?

Et les enfants du cultivateur, à quoi les occupe-t-on? A partir de quel åge travaillent-ils? Combien d'heures par jour?

74. – R. Le grand cultivateur ne travaille pas. Il prend la haute direction de l'exploitation. Il a un chef de culture et un ou deux chefs-ouvriers. Madame surveille les servantes et ses femmes à journées. La vie du grand fermier est une vie de « gentleman farmer ». Il a chevaux et voitures. Il va à la chasse. Il voyage beaucoup, va aux grandes villes, à la mer, etc.

Les moyens cultivateurs ont disparu.

Le petit cultivateur trime du matin au soir. Le dimanche il est retenu chez lui pour soigner le bétail, pour conduire les animaux en påture aux champs.

Le nombre d'heures de travail varie avec la saison et le genre de travail. Nulle part le petit cultivateur ne travaille autant que dans nos localités rurales. Il travaille tant qu'il y a de la besogne et que la clarté du jour le permet. En été, la besogne commence à 4 heures du matin pour finir à 8 ou 8 1/2 heures du soir. En hiver, la durée du travail va de 5 heures du matin à 5 1/2 ou 6 heures du soir. Il est à remarquer que les repos accordés à l'ouvrier agricole à 8 heures, à midi et au goûter (4 heures), sont fortement réduits en ce qui concerne le cultivateur. La femme du cultivateur s'occupe de la basse-cour, de la laiterie, du ménage. Elle prend part aux travaux des champs : binage des betteraves, plantation des pommes de terre, fenaison, moisson, arrachage des betteraves et des pommes de terre, battage des grains, etc. Elle travaille trop, à moins qu'elle n'ait une ou plusieurs jeunes filles pour l'aider.

Les enfants du petit cultivateur travaillent fort jeunes, à 10, 11 ou 12 ans (souvent avant la première communion) aux betteraves et aux pommes de terre. Ils sont préposés à la garde

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des enfants en bas âge, à la garde du bétail en påture. Une fois qu'ils ont atteint l'âge de 15 à 16 ans, ils travaillent quasi comme les adultes. Notons qu'un certain nombre de ces enfants vont s'occuper dans les grandes fermes (travaux de betteraves, fenaison, moisson, battage des grains, etc.).

Q. Quels sont les rapports des cultivateurs entre eux ? Les voisins s'aident-ils, par exemple, pendant la moisson, en cas de maladie, à l'occasion du vêlage des vaches, etc?

75. R. Les rapports des cultivateurs entre eux sont satisfaisants.

Les voisins ou plutôt les parents s'aident à l'occasion.

76. – Q. Les cultivateurs sont-ils querelleurs ? Le sont-ils plus ou moins qu'il y a cinquante ans ? Sont-ils procéduriers? Y a-t-il de vieilles disputes entre familles ?

76. – R. Non, on n'est pas querelleur. Avec des gens comme à Trognée, on pourrait supprimer les tribunaux.

77. Q. Sont-ils, lors de la vente de leur récolte ou d'animaux, enclins à la fraude?

77. - R. Il n'y a pas d'abus à signaler; il y a cependant ici comme partout des exceptions.

78. – Q. Quels rapports les cultivateurs ont-ils avec les ouvriers?

78. – R. Les rapports des grands cultivateurs avec les ouvriers, sans être cordiaux, sont passables. L'ouvrier n'a plus le même respect pour le patron qu'il y a cinquante ans.

79. – Q. Les cultivateurs sont-ils religieux ? Le sont-ils autant qu'il y a cinquante ans ? Quelle classe de population rurale - cultivateurs, ouvriers, artisans, bourgeoisie – est la plus religieuse? Sont-ils superstitieux ? En quoi consiste celle superstition?

79. -- R. Les cultivateurs sont religieux. Il y a cependant du relâchement dans la pratique de la religion. C'est la classe des bourgeois qui est la plus religieuse, puis viennent les cultivateurs, les ouvriers agricoles, les artisans et, enfin, les ouvriers industriels qui vont travailler dans le pays de Liége. Il y a encore des gens superstitieux, en petit nombre cependant.

Cette superstition consiste en présages, en pèlerinages auxquels s'ajoute une pratique superstitieuse. Des ménagères, quand le beurre n'arrive pas au barattage, s'imaginent qu'une voisine ou un voisin joue le rôle de mauvais esprit, etc.

80. Q. Ont-ils le respect des morts? 80. · R. Oui.

81. – Q. La moralité est-elle bonne? Quelle classe de la population rurale est la plus morale? Les naissances hors mariage sont-elles nombreuses? Y a-t-il beaucoup de mariages forcés à la suite de conception hors mariage? A quel âge se marient les fils des cultivateurs ? Combien d'enfants ont les cultivateurs en moyenne?

81. - R. La moralité est moins bonne que jadis. La classe bourgeoise est la plus morale. Chaque année il y a une ou plusieurs naissances hors mariage et cela pour une population de 450 habitants. Dans la classe ouvrière il y a beaucoup de mariages forcés à la suite de conception hors mariage. On peut même dire que c'est la règle. C'est rare quant aux cultivateurs. Ceux-ci se marient souvent à un age assez avancé, 25 à 42 ans et plus. Les cultivateurs ont des familles nombreuses : 4 à 7 enfants en moyenne. Les grands fermiers ont moins d'enfants : 2 à 3. 82.

Q. Quels sont les jeux et les distractions du cultivateur? Engage-t-il de l'argent dans les jeux ? Les kermesses sont-elles fréquentes dans la commune? Danse-t-on beaucoup? Braconne-t-on ? Le cultivateur lit-il? Quoi? Par quels moyens pourrait-on favoriser le goût de la lecture? Y a-t-il des festivités à la ferme par exemple lors de la rentrée de la moisson?

82. – R. Le grand fermier mène une vie de gentleman. Le petit cultivateur a peu de distractions. Il est du reste très tenu de par son travail continu. Il a parfois des pigeons voyageurs pour lesquels il engage de l'argent. Il y a deux kermesses par an. On danse beaucoup. On braconne très peu ou pas du tout. Le petit cultivateur ne lit pas. Le goût de la lecture n'existe pas. Le cultivateur a déjà de la peine à lire un opuscule agricole quelconque, et encore, un mois après, le livre est disparu ou il est déchiré par les enfants.

Les festivités à la ferme sont supprimées depuis longtemps.

83. – Q. Quel usage le cultivateur fait-il de la boisson? Que boit-il? Va-t-il à l'estaminet seulement le dimanche ou également pendant la semaine? Le cultivateur boit-il actuellement plus ou moins qu'il y a cinquante ans ?

La femme du cultivateur boit-elle?

83. R. Le cultivateur est sobre de boissons. Il boit de la bière et du genièvre. Il va à l'estaminet le dimanche, rarement pendant la semaine. Le cultivateur boit plus cependant qu'il y a cinquante ans. Alors il y avait dans la commune 2 cabarets, présentement il y en a 10. La femme du cultivateur ne boit pas, à moins que de la petite bière au repas.

84. – Q. L'esprit d'épargne est-il répandu parmi les cultivateurs ? Où épargnent-ils : à la poste? à la caisse Raiffeisen? chez le notaire? dans le bas de laine?

Le cultivateur est-il avare? Fait-il chercher le médecin quand il est malade ?

84. – R. Les petits cultivateurs épargnent à la poste, chez le notaire ou dans le bas de laine. Il existe une caisse d'épargne et de crédit, système Raiffeisen, mais les gens n'y épargnent pas, ils sont défiants. Les grands fermiers épargnent aux banques. Ils achètent des valeurs. Les grands cultivateurs ne sont pas avares, mais les petits le sont souvent.

En ce qui concerne le médecin, les petits cultivateurs, qui sont inscrits au bureau de bienfaisance et qui ont par suite ses visites gratuitement, le mandent très vite. Les autres le font trop tard, dans la plupart des cas.

8.5. - 0). Les cultivateurs sont-ils prévoyants : quels contrats d'assurance ont-ils : contre l'incendie?

Contre la mortalité du bétail?
Contre les accidents du travail ?

85. – R. Les cultivateurs sont prévoyants. Ils s'assuren! aux compagnies d'assurance contre l'incendie. Ils ne s'assurent pas contre la mortalité du bétail.

Les grands fermiers sont assurés contre les accidents du travail. Les petits cultivaleurs ne s'assurent pas contre les accidents, ils n'occupent ni domestiques ni ouvriers.

86. – Q. Ont-ils l'habitude de faire des contrats de mariage et des testaments?

86. – R. On fait des contrats de mariage. Des testaments sont faits par les ménages sans enfants et par les célibataires qui ont quelque chose à laisser.

87. – Q. Quels moyens préconisez-vous pour améliorer la situation des cultivateurs au point de vue de l'hygiène, au point de vue intellectuel, au point de vue moral?

87. R. Des conférences ou causeries faites par des gens compétents, l'instituteur, le médecin, le vétérinaire, l'agronome de l'État, le curé, des maîtresses de laiterie et d'économie domestique seraient très utiles. Mais il est difficile de réunir des gens en nombre suffisant. Les paysans n'ont pas le goût de la lecture et sont très peu instruits.

L'ouvrier et le domestique agricoles.

88. – Q. Que gagnent les domestiques et les servantes logeant et nourris à la ferme? Oni-ils, en dehors de leurs gages, certains avantages accessoires ?

Comment les gages ont-ils oscillé depuis 1830? Ne pouvezvous pas donner quelques exemples de cette Oscillation. Y a-t-il des domestiques ou des servantes mariés? A partir de quel âge s'engage-t-on comme domestique ou servante de ferme?

88. – R. Un chef de culture a de 1,000 à 1,200 francs par an. Il est en outre nourri et logé (lui et sa famille).

Les domestiques ont 30 à 35 francs par inois.
Les scrvantes ont 23 francs par mois.

Mais ils ont encore certains avantages : pourboires, corvées avec les attelages pour le lopin de terre qu'ils cultivent.

Les gages étaient, en 1850, pour les domestiques, de 19 à 20 francs par mois et, pour les servantes, de 10 à 25 francs.

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