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les éclats de rire des paysans prenant le frais sur le pas de leur porte ou les aboiements des chiens de garde qui se répondent (1).

A l'inverse des villages campinois, ceux de la Hesbaye sont très peu importants et en même temps très agglomérés; comme ils se trouvent généralement disséminés derrière un rideau de verdure, on peut souvent faire des trajets de plusieurs lieues à travers la campagne sans apercevoir aucune habitation, sauf parfois une ferme d'origine seigneuriale ou ayant dépendu

(1) Voici comment Thomassin, au début du XIXe siècle, décrivait la Hesbaye «La Hesbaye, d'après ces principes, comprend toute la partie du département de l'Ourthe qui est au nord-ouest des côteaux qui bordent la rive gauche de la Meuse. C'est un pays plat qui se rattache aux plaines qu'on a longtemps désignées sous le nom de Pays-Bas. On verra, par la table des hauteurs annexée à ce paragraphe, que cette partie du département s'abaisse graduellement, non seulement dans la direction de la Meuse, mais encore de l'est à l'ouest; aussi les eaux du canton de Landen se versent dans le bassin de l'Escaut.

» Cette partie est regardée à juste titre comme le grenier du département, sa fertilité la rapproche aussi bien que sa position géographique des postes les plus riches de la Belgique. La plaine n'y est point entrecoupée de clos, comme dans une partie du département du nord; au contraire, toutes les campagnes sont découvertes, on ne voit des arbres qu'auprès des habitations. Les principales productions de cette contrée consistent dans les graines céréales et oléagineuses; tout y est cultivé avec soin, partout une terre excellente, d'un travail facile, permet au laboureur d'espérer la juste récompense de ses peines.

>> L'uniformité de ces plaines n'est pas même interrompue par les rivières qui les traversent; elles entrent sans vallées sensibles. Les deux cantons de Héron et de Huy ressemblent aux contrées de la rive droite de la Meuse, où l'on trouve des côteaux prononcés et où les terres labourables sont entremêlées de petites forêts. >>

(Mémoire statistique du département de l'Ourthe, par LOUIS-FRANÇOIS THOMASSIN, Commencé dans le courant de l'année 1806, édité sous la direction de la Société des bibliophiles liégeois. Liége, L. Grandmont-Donders, 1879,

p. 3).

jadis de l'une ou de l'autre abbaye, située un peu à l'écart des autres habitations (1).

Le voyageur qui désirerait avoir une idée complète de la Hesbaye serait, nous semble-t-il, satisfait s'il se rendait en chemin de fer de Bruxelles à Tongres, à Landen et Saint-Trond, en côtoyant la Hesbaye flamande, puis, toujours en chemin de fer, de Tongres à Liers et Ans, en longeant les côteaux pierreux qui avoisinent la vallée du Geer (Glons), traversant ensuite tout le haut plateau hesbignon d'Ans à Landen pour bifurquer, dans la direction de Huy, en traversant les immenses plaines de Hannut et en descendant ensuite vers la Meuse par la vallée, d'abord tranquille, puis rapide, rocheuse et d'aspect ardennais de la Méhaigne. Pour celui qui voudrait pénétrer encore plus au cœur du pays, nous conseillerons le trajet en chemin de fer vicinal de Hannut à Fexhe-le-Haut-Clocher ou à Jemeppe-sur-Meuse. Cette dernière excursion permettrait de se rendre mieux compte de la situation du pays au point de vue foncier et de répondre à la question si souvent posée Y a-t-il en Hesbaye concentration ou morcellement des cultures?

Climat. Par sa situation centrale et son altitude en général modérée, elle (la région limoneuse et sablo-limoneuse, dont

(1) Les bâtiments de la ferme se trouvent généralement au milieu du village. Ce que Richard Courtois (Recherches sur la situation physique, agricole et médicale de la province de Liége, Verviers, chez M. R. Beaufays, 1828, p. 187) observa relativement aux villages hesbignons, est malheureusement encore vrai : « Je ne puis m'empêcher de signaler la mauvaise tenue des villages et des fermes de cette partie où les fientes et les urines des animaux, outre qu'elles sont perdues pour l'agriculture, forment de véritables marais d'où s'exhalent pendant tout l'été des miasmes putrides, ce qui, joint à la mauvaise qualité et à la rareté des eaux, peut être regardé comme une des causes épidémiques, typhoïdes que l'on remarque plutôt dans cette partie que dans celle de la pro

vince ».

fait partie la Hesbaye) jouit d'un climat qui représente le climat moyen de toute la Basse-Belgique et même d'une partie de la Haute-Belgique. En hiver, il y fait moins doux que dans la zone maritime, mais moins froid que dans la Campine; en été par contre, il y fait plus chaud qu'au bord de la mer, mais moins chaud que dans la région campinoise (1).

Il semble résulter des observations consignées dans la Monographie agricole de la région, qu'il pleut plus en Hesbaye que dans les autres parties de la région sablo-limoneuse (2), la neige n'y est pas sensiblement plus fréquente ni plus abondante qu'au centre du pays (3).

Étant donnés l'humidité du climat et la nature limoneuse du sol, on conçoit que le terrain soit très poussiéreux en été et très boueux en hiver. A l'exception de quelques jours de gelée, le Hesbignon circule six mois de l'année dans une boue brunâtre. Cette situation doit avoir des conséquences funestes au point de vue de l'hygiène et les médecins doivent constater l'existence de beaucoup d'affections inconnues dans les pays à climat sec.

La région qui nous occupe est l'une de celles où les coups de foudre sont les plus fréquents; de temps en temps les orages y donnent lieu au phénomène de la trombe (4).

La grèle est particulièrement désastreuse pour la Hesbaye; la région la plus exposée est le plateau central (environs de Waremme).

Très souvent les coups se produisent avant la moisson et l'aspect de la région est alors vraiment lamentable; les extrémités de la contrée plus ondulées sont aussi plus épargnées.

Altitudes.

Les altitudes de la plaine hesbignonne sont très variées. C'est ainsi que de 40 à 50 mètres aux environs de

(1) Monographie agricole, p. 2.

(*) Ibid., p. 14.

(3) Ibid., p. 20.

(4) Ibid., pp. 21 et 22

Saint-Trond, l'altitude est de plus de 100 mètres sur les hauteurs qui dominent les petits villages flamands arrosés par la Herck et ses affluents. Elle est de 130 à 140 mètres sur le plateau central de la Hesbaye, de 150 dans le pays de Hannut, de 160 à 200 sur les hauteurs qui dominent la vallée de la Meuse.

Terrain. La couche arable de notre région se compose de limon homogène dit hesbayen. Ce limon y recouvre, dit la monographie agricole, presque toute la surface du sol. Cependant << vers la bordure méridionale, on trouve assez bien de >>> terrains sableux, par suite de l'existence de massifs tongriens, » et dans le fond des vallées principales le terrain crétacé, on >> trouve comme sol une argile extrêmement compacte, empà>> tant souvent des éclats de silex (1).

>> La terre arable de la Hesbaye est sablo-argileuse, elle est » de teinte plus ou moins foncée, rouge, brune, grisâtre ou » jaunâtre, formée des éléments minéraux les plus variés, >> mais principalement de sable et d'argile sous un état très » ténu, mélangé d'humus. De par sa composition même, ses >> propriétés physiques ne sont pas extrêmes et, sous ce rapport, >> elle constitue une excellente terre arable.

» On remarque, en Hesbaye, que les terres sont d'autant plus fertiles que la quantité d'argile qu'elles renferment est plus grande. »

Les terres fortes sont recherchées, elles se rencontrent surtout en grandes étendues dans la province de Liége ainsi que dans la majeure partie des cantons de Saint-Trond et de Looz et dans une partie de celui de Tongres. Elles sont parfois trop compactes. Le fumier, la chaux et les engrais verts, ainsi que d'énergiques façons de culture par un temps favorable sont les moyens mis en œuvre pour les améliorer (2).

(1) Monographie agricole, p. 24. Il importe aussi de signaler les gisements de phosphates de la partie orientale voisine de Liége.

(*) Ibid., pp. 30 et 31. Voir aussi G. SMETS, Monographie agricole des terrains du Limbourg. Hasselt, Ceysens, 1894.

Voies de communication. - Le développement et l'industrialisation de la culture, surtout dans la partie liégeoise du pays, sont dus à l'extension considérable qui y a été donnée aux voies de communication et, cependant, durant toute la première partie du siècle, ainsi que le constate M. Hallet-Degeneffe, commissaire de l'arrondissement de Waremme, dans son rapport de 1875, « une seule grande route, celle de Liége vers » Bruxelles (1), longeait l'extrémité nord de l'arrondissement, >> l'ancienne chaussée romaine qui parcourait le centre, se >> trouvait dégradée et impraticable pendant sept, huit mois » de l'année; à l'exception des communes de Waremme et de >> Hannut dont l'intérieur possédait quelques petits bouts de >> pavages sans suite, toutes les autres localités pataugeaient >> dans la boue. Pendant la moitié de l'année, les transports >> s'effectuaient à dos de cheval et même d'homme. C'était le >> temps des blatiers et botteresses; on connaît l'énergie avec >> laquelle ces dernières ont lutté longtemps et s'efforcent de »lutter sur quelques points avec les moyens de transport >> perfectionnés. » Ce n'est que vers 1840 que l'élan fut donné, l'Etat s'occupa de la construction de tout un réseau de routes qui sillonnèrent en tous sens la plaine hesbignonne. Aussitôt des sociétés composées de communes et de particuliers se constituèrent pour la création de routes d'intérêt plus secondaire. La province de Liége emboîte le pas soit en construisant, soit en subsidiant des chemins vicinaux de grande communication (2). C'est ainsi que chaque année, de 1840 à 1870, les

(1) Construite en 1720; il faut y ajouter, dans les arrondissements de Liége et Tongres, la grand'route de Liège à Bois-le-Duc par Tongres et Hasselt construite sous les princes-évêques, et la route de Saint-Trond à Tongres et Maestricht construite sous le régime hollandais.

(2) Au début. les subsides n'étaient pas importants: la commune de Rosoux reçoit, en 1846, pour un travail évalué à 19,643 franes, un subside de la province et de l'État qui ne se monte qu'à 3,000 francs. Voir l'Exposé de la situation administrative de la province de Liége. Tableau de la répartition des subsides à la voirie vicinale.

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