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dir. Ici encore, en traitant des conditions économiques et sociales des cultivateurs, il nous faut faire la distinction entre grands et moyens cultivateurs d'une part, petits cultivateurs de l'autre. Mais, tout d'abord, qu'entend-on par grand, moyen et petit cultivateur? C'est là, comme on le sait, une notion très peu nette, se modifiant avec les régions où elle s'applique. Ce qui est considéré comme grande ferme, dans les Flandres, est ici une ferme moyenne. La monographie agricole de la région limoneuse et sablo-limoneuse indique comme grande culture dans la llesbaye liégeoise celle qui a de 60 à 200 hectares, comme moyenne culture celle ayant de 15 à 60 hectares; les exploitations de 3 à 15 hectares sont considérées comme étant de la petite culture. Dans la Hesbaye limbourgeoise, les chiffres donnés sont moindres. Ici on considère comme grande culture une exploitation de 70 à 110 hectares, comme moyenne culture les exploitations de 25 à 50 hectares, tandis que par petite culture on entend les exploitations de 10 à 20 hectares (1).

Dans la Hesbaye même, ces appellations s'appliquent à des étendues diverses, d'après le degré plus ou moins morcelé de la culture.

Nous avons noté dans l'introduction comment, durant toute la première partie du XIXe siècle et même plus tard encore, la Hesbaye n'étail guère citée comme exemple de bonne culture. Bornons-nous à rappeler ici la discussion assez vive que menèrent, dans le Journal d'Agriculture, d'Économie rurale et des Manufactures du royaume des Pays-Bas, en 1822, M. JeanMarie Calès, qui, dans un mémoire couronné par la Société d'émulation de Liége (2) sur les obstacles qui ont nui à la propagation des mérinos, ne sut pas dire assez de mal de la

() Page 91.

(9) Tome XIII, voir pp. 3 à 43; 129 à 139 et 384 à 391, et t. XIV, pp. 57 à 68 et 397 à 412.

manière d'exploiter la terre en Hesbaye, et M. Eloy de Burdinne, qui défendit la culture et l'élevage hesbignons. Dans son étude Recherches sur la statistique physique, agricole et médicale de la province de Liége, Richard Courtois assigna comme principaux obstacles à l'amélioration de l'agriculture dans cette partie de la province : « 1o l'ignorance des cultivateurs, qui leur fait suivre encore l'assolement triennal; 2° le trop grand développement de la culture des céréales, qui en est la suite; 3° la trop grande étendue des fermes; 4o la trop courte durée des baux ». Les trois premiers obstacles ont disparu, au moins en grande partie, et, déjà en 1863, le commissaire d'arrondissement de Waremme, dans son rapport annuel, pouvait constater que les cultivateurs recherchent les procédés nouveaux et que, s'ils ont un reproche à encourir, ce serait plutôt de se lancer trop légèrement dans des innovations hasardeuses et de ne pas se donner le temps de faire des expériences concluantes (1).

Beaucoup de grandes fermes ont été morcelées, nous l'avons déjà noté; nous aurons encore l'occasion d'y revenir. La science agricole a fait faire à la culture et à l'engraissement du bétail des progrès considérables, mais c'est surtout la culture de la betterave qui a exercé une heureuse influence. Léonce de Lavergne raconte, dans son Économie rurale de la France, qu'en 1853 la ville de Valenciennes a inscrit sur un arc de triomphe ces mots : « Production du blé dans l'arrondissement avant la fabrication du sucre, 353,000 hectolitres; nombre de bæufs, 700. Production du blé depuis l'industrie du sucre, 421,000 hectolitres; nombre de beufs, 11,500 (2) ».

En Hesbaye, on peut en dire de même. de Lavergne fit observer que « cette curieuse statistique n'est pas tout à fait sans réplique, en ce sens qu'on peut toujours se demander si

(1) Exposé de la situation de la province, 1863. () Paris, Guillaumin, 1860, p. 81.

la production du bétail et du blé n'aurait pas augmenté plus encore depuis 40 ans dans le cas où l'attention des cultivateurs flamands se serait uniquement portée de ce côté (1) ».

Mais il est de fait que c'est à la suite de l'introduction de la culture de la betterave à sucre, et seulement alors, que la situation s'est complètement modifiée en Hesbaye.

Du 21 au 24 septembre 1848, il se tint à Bruxelles un «Congrès agricole de Belgique » et, dans le programme provisoire de la 3e section, nous lisons une question libellée comme suit : « Par quels moyens peut-on modifier utilement la cullure de certaines contrées telles que la Hesbaye, de manière à y introduire l'engraissement du bétail à l'étable et un bon assolement avec production de racines ? »

Au 3° Congrès international d'agriculture réuni à Bruxelles en septembre 1895, M. Arthur Jadoul, directeur de sucrerie à Bernissem (Saint-Trond), a pu développer, dans un court mais substantiel rapport, que la culture de la betterave à sucre a exercé une influence considérable sur l'amélioration du sol et l'augmentation de production qui en découle et sur la situation de l'ouvrier rural.

Nous le remarquions déjà : à ne voir que la situation dans les autres régions du pays, on serait tenté de croire qu'en Hesbaye, la terre étant de haut prix, elle doit être exploitée par des fermiers, Le fermage prédomine en Belgique, aussi en Hesbaye, mais on y trouve cependant assez bien de cultivateurs propriétaires de toutes et surtout d'une partie des terres qu'ils exploitent. Les derniers chiffres que nous possédons sont ceux du recensement général de 1895. ,Voici la situation pour 4 cantons complètement hesbignons, en négligeant les exploitations qui ne dépassent pas 50 ares. Nous croyons que, depuis lors, la proportion s'est améliorée en faveur du faire-valoir direct.

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De 51 ares

Exploitations en faire-valoir

direct pour la lolalité.
Canton de Landen

Waremme
Avennes
Eghezée

E.rploitations en faire-valoir

direct pour plus de moitié.
Canton de Landen.

Waremme
A vennes
Eghezée.

Exploitations en location

pour la totalité.
Canton de Landen

Waremme
Avennes

Eghezée
Exploitations en location

pour plus de moitié.
Canton de Landen

Waremme.
Aveunes
Eghezée

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Pendant la crise agricole quelques propriétaires, ne sachant pas louer leurs terres à un prix qui leur semblait rémunérateur, l'ont exploitée en régie, mais ce système de mise en valeur a été bientôt abandonné.

Aux environs de Tongres, il y a eu, jusqu'il y a une vingtaine d'années, un peu de métayage. Actuellement, il n'en existe plus si ce n'est pour les vergers. Il est parfois stipulé, dans les actes de bail dans la région de Tongres et de Looz, où les arbres fruitiers sont nombreux, que la moitié des fruits revient au propriétaire.

Fermage. — Il faut distinguer, quant au fermage, entre le bail de grandes et moyennes exploitations et le fermage de lopins de terre consenti à de petits cultivateurs. Les grandes et moyennes fermes appartiennent d'ordinaire à d'anciennes familles nobles ou à des familles industrielles, ayant parfois un château dans le pays, habitant généralement en hiver nos grandes villes.

Les grands et moyens fermiers ont la plupart du temps un acte de bail écrit, parfois notarié. Il en est cependant qui n'ont pas de contrat de bail écrit. A Bouckout, dans le sud du Limbourg, nous avons rencontré un grand cultivateur à la tête d'une exploitation de 60 hectares : son père avait eu un bail en 1866 quand il était entré, depuis il n'était plus intervenu de contrat écrit pour cette ferme; mais c'est là une situation exceptionnelle. En règle générale, il y a pour les grandes fermes un bail écrit, fait pour neuf ans, mais résiliable parfois pour la fin de la troisième ou de la sixième année. Les conditions de bail different naturellement d'une ferme à une autre. En général, on y dit que le fermier ne peut pas vendre de la paille, qu'il sera chargé de telle et telle corvée au profit du propriétaire, corvées consistant en transport gratuit de bois, de charbon, de substances alimentaires, qu'il paiera toutes les contributions. Le contrat stipule souvent que le fermier ne peut cultiver qu’un nombre déterminé d'hectares de betteraves et que le propriétaire se réserve le droit de planter des arbres sur les terres affermées.

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