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du trône et de la morale. Enfin, ce qui est bon l'est toujours, ce qui est mal ne peut en aucune manière cesser de l'être. Nous le répétons, les partis qui pour le malheur de la France combattirent longtemps dans son sein, ne seront point certainement satisfaits, nous ne leur avons fait aucune concession. Nous avons dit la vérité; peu nous importe qui elle blesse. Les martyrs de leur fidélité à la cause royale, les héros, les hommes habiles qui sous l'empire ont tant ajouté à la splendeur de la patrie, ont reçu de nous un égal tribut d'éloges; mais ces personnages de toutes couleurs, ces Jacobins de plusieurs époques, et qui ont marché sous divers drapeaux ; ces fanatiques des temps anciens et modernes, ont été dépeints de manière à les rendre odieux à la postérité. Le premier devoir de l'historien est d'être tout à la fois impartial et sévère.

Il est encore un autre écueil contre lequel nous avons évité de nous briser; c'est celui qui par un sentiment prétendu national, engage certains auteurs à tout excuser, à tout applaudir de ce qui vient de leur terre natale. Nous avons pensé différemment, en cherchant à nous isoler de nos affections particulières, de nos préjugés d'enfance, et sur-tout de celui qui naît d'un respect immodéré pour tout ce qui touche la patrie, (presque tous les rédacteurs de cet ouvrage étant Toulousains. ) Il est des personnes, et par avance nous en sommes convaincus, qui nous reprocheront d'avoir extrait de certains livres, de quelques documens aujourd'hui inconnus, des anecdotes malignes selon eux, en ce qu'elles dévouent au blame telle famille, tel individu, comme aussi peut-être d'exposer au grand jour des faits peu honorables pour la ville de Toulouse. Quant au premier grief, nous y répondrons les ouvrages de nos prédécesseurs à la main. Ce qui est écrit est écrit, a-t-on dit; nous ajouterons: Ce qui est imprimé peut s'imprimer de nouveau, quand la voix publique ne l'a pas dévoué à la clandestinité. Tant pis d'ailleurs pour ces hommes pervers sur lesquels nous appelons de nouveau la vindicte des siècles. Il est bon de montrer aux oppresseurs du peuple et des talens, à ceux qui abusent de leur pouvoir, de leur crédit, de leur génie même, que l'inexorable histoire ne les perd point de vue. Les siècles passent, tout finit; elle seule, sans relâche infatigable, reprend de nouvelles forces, et quand les méchans ont cru, après de longues années, jouir enfin du repos de l'oubli, la voilà qui se présente devant leur tombe; elle appelle à haute voix des noms qu'elle réveille, des cendres qu'elle flétrit d'une odieuse célébrité.

Quant au second reproche qui tourbera sur la tache imprimée volontairement à la ville de Toulouse par d'inutiles révélations, notre réponsesera plus facile encore. Il est rare qu'un fait puisse envelopper toute une ville dans cette honte résultante d'une indigne action. Il

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faudrait pour que ce cas se présentât, un concours de circonstances impossibles à rencontrer à la fois ; il faudrait que le délire se fût saisi de tous les citoyens, que toutes les idées du bien et du mal fussent confondues; enfin, que la raison, la prudence, la modération, en un mot, toutes les vertus se mêlangeassent à tel point avec le crime et les vices, que tous les excès de ces derniers appartinssent en partie aux qualités qui leur furent toujours opposées. Cela ne peut être, ne s'est point vu, et ne se verra jamais; mais en revanche, et nous en convenons sans peine, telle sottise, tel forfait isolé, non seulement atteint les hommes qui ne sont plus, et qui les ont commis, mais encore les vivans qui ont marché sur leurs traces, et dont quelques actions sont la fidèle image de celles qui sont tout à coup dévoilées. Par exemple, si Cujas fut abreuvé de dégoûts dans sa ville natale faut-il en accuser tous les Toulousains de son temps ? La chose serait injuste; le blame doit seulement retomber sur les meneurs de l'époque, les intrigans, les fonctionnaires faibles, ignorans ou mal intentionnés. Assurément nul ne fera peser sur toute la cité de Paris le crime atroce de la mort de Louis XVI; on aurait tort pourtant de taire, par ce motif peu réfléchi, un événement terrible qui répété sans cesse épouvantera les cœurs capables dans la suite de se souiller d'un pareil sacrilége. A plus forte raison peut-on condamner la partialité d'un magistrat, la vanité d'un officier municipal, sans encourir la censure publique? Les actions ne condamnent que ceux qui les font. Les concitoyens des hommes pervers, non seulement ne sont pas responsables de leurs fautes, mais encore lorsqu'ils en souhaitent la publicité, il est de fait qu'ils repoussent toute idée de participation ou de consentement.

Nous savons bien néanmoins que le tableau rafraîchi des injustices passées, est désagréable à ceux qui en commettent au temps présent. Si l'on a eu tort autrefois envers un jurisconsulte, vous voyez aussitôt ceux qui de nos jours ont voulu écarter un professeur estimable dont ils redoutaient les talens, s'imaginer qu'on a voulu les désigner. Parle-t-on des listes de proscription du temps de la ligue, de l'inaction des magistrats pendant l'assassinat d'un président célèbre ? voilà qu'on afflige ceux qui ont dressé des tables de suspicion en 1793, les auteurs des catégories plusieurs années après, etc. etc. Parle-t-on des honneurs qu'on a dénié à un savant illustre, à un habile capitaine ? c'est tout de suite rappeler la mémoire de l'érudit, des guerriers qui viennent de mourir sans qu'on ait posé des couronnes sur leurs tombes, et dont on voudrait que la mémoire fût anéantie, parce qu'on sent qu'en possédant leurs places, on n'a pas hérité de leurs talens. Enfin l'éloge ou le blâme frappent et blessent toujours ceux dont ils sont la censure indirecte; car on peut tout tromper,

tout endormir, hors le remords et le cri de la conscience, et la conviction que le public, ébloui pour un temps, finit toujours par ouvrir les yeux, et voir clair.

Cette explication doit satisfaire les gens de bien; leur amour propre national sera à couvert ; nous leur conseillons de s'emparer pour leur compte de tous les faits brillans qui assurent la gloire de leur patrie, comme de laisser les faits honteux (sans vouloir s'en tourmenter en aucune manière) à ceux qui en furent les auteurs ou les complices. Ce serait une étrange aberration que celle de l'homme de bien voulant faire cause commune avec le méchant, et consentant à prendre sa part d'une déshonorante action, parce qu'elle se serait passée dans sa ville natale! Cette conduite, empreinte de faiblesse, ne sera jamais la nôtre; nous resterons fiers d'être Toulousains, quels que soient d'ailleurs les anecdotes désagréables pour tel ou tel individu que nous aurons rafraîchies. Nous ne rougirons pas du titre d'enfans de la cité Palladienne, parce que nous publions les excès d'un petit nombre de mauvais citoyens notre cause ne fut jamais la leur; nous ne marchâmes en aucun temps sous les mêmes enseignes; ce serait trop avoir à rougir que de les envelopper de notre manteau, et de nous croire blessés des traits que la vérité et que l'indignation pourraient lancer sur eux.

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Nos adversaires, pour nous punir, éplucheront attentivement notre ouvrage, tout leur déplaira, les recherches, le style, le nombre des notices. En insérant plus de neuf cents articles dans la Biographie Toulousaine, notre intention n'a pas été de donner tous les hommes dont nous parlons, comine des personnages faits pour occuper un rang distingué dans les fastes des nations. Il en est d'un intérêt purement local, d'autres qui se rattachent par quelque endroit à de grandes époques, et dont les noms servent à les lier entre elles. Nous avons voulu offrir dans les auteurs particulièrement, un tableau fidèle de la littérature dans ses différens âges, montrer ses périodes, ses phases dans l'Occitanie, si l'on peut s'exprimer ainsi. Nous avons cité une foule d'ouvrages présentés aux Jeux Floraux, cela devait être ; les archives de cette compagnie illustre, commençant avec le quatorzième siècle, renferment la collection la plus complète qu'on puisse rencontrer de toutes les productions des troubadours inconnus au Moine des îles d'Or, à Nostradamus, et plus tard à Sainte-Palaye, à Millot, au duc de la Vallière. C'est dans ces registres précieux qu'on doit, suivre la décadence de l'art, qui fut depuis la seconde moitié du treizième siècle, toujours en déclinant jusqu'à Clémence Isaure, morte peu de temps avant 1500. La poésie dans les œuvres de cette fille célèbre, dans ceux de la Dona de Villeneuve et du Gentil chevalier de Roaix, se relevant encore

quelque peu, demeure après leur mort sans vigueur, sans élégance durant environ un siècle, et se ranime enfin plus tard avec Galaut pour les vers français, avec Godolin pour ceux écrits en langue moundine (toulousaine.)

Nous avons cru devoir donner ces explications pour neutraliser à l'avance les plaisanteries fines, et neuves sur-tout, que certains critiques, toujours plus occupés d'amuser que d'instruire, ne manqueront pas de faire sur les Jeux Floraux, ses mainteneurs et les auteurs couronnés. Voilà les motifs qui nous ont porté à réunir tant de noms par le fait peu célèbres; chacun d'eux forme un anneau de cette chaîne historique ou littéraire qui lie les époques les plus reculées des fastes occitaniens avec celles de nos jours. Ces noms sont, pour ainsi dire, les divers degrés de la généalogie des sciences et des arts: quelques-uns appartinrent à de grands hommes, ceux-là font la gloire de la famille; d'autres moins éclatans servent à joindre les divers rameaux, et à former un tout complet

Nos deux volumes, nous osons le croire, offriront une ample moisson aux Biographies universelles. Outre un grand nombre de notices présentant toutes quelque intérêt, elles y trouveront plus de deux cents articles inédits, et dignes par leur importance de figurer dans les meilleurs Dictionnaires historiques. Le reste pourra plus ou moins piquer la curiosité, et ne sera pas toujours inutile à ceux qui veulent

s'instruire en s'amusant.

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Quelque défectueux que puisse être un travail auquel nous avons cependant apporté tous nos soins, nous espérons que nos concitoyens nous en sauront quelque gré. Dorénavant ils pourront sans se lasser à parcourir de nombreux volumes, rencontrer sous leur main, et au premier coup d'œil, cette foule de faits curieux qui signalent l'histoire de Toulouse. Jusqu'ici, ou par négligence ou par de puissantes considérations, on n'avait connu des événemens passés dans cette ville, que le petit nombre de ceux qu'on trouvait par-tout, et dont d'inquiètes censures permettaient la révélation. Les temps ont changé, on ne peut plus craindre de blesser tel corps, telle société. Le caprice des hommes en place n'est plus le thermomètre de la société ou de la littérature. Nous avons pu librement puiser aux sources, et nous l'avons fait. La France a obtenu, pour prix de ses malheurs durant la révolution, une liberté complète, fondée sur la volonté des souverains et du peuple. On n'est désormais responsable de ses écrits qu'à la loi impartiale, à moins toutefois qu'on n'écrive des Journaux; alors le cas est différent, car on n'a pas remis aux censeurs de cette partie les balances de la justice.

Nous avons donc cherché à répandre, parce que nous le pouvions, un véritable intérêt sur l'histoire anecdotique de Toulouse. Le travail

le plus opiniâtre n'a pu nous coûter pour parvenir à un heureux résultat ; nous avons compulsé une foule considérable de manuscrits, de registres, de documens perdus dans la poudre des dépôts nationaux. Les bibliothèques publiques de la ville, celles bien plus considérables de la capitale, les cabinets des divers particuliers, tout a été mis à contribution, sinon avec talent, du moins avec zèle. C'est ici le lieu sans doute de témoigner notre gratitude à ceux qui ont mis à notre disposition les trésors littéraires dont ils étaient les maîtres.

Le baron de Bellegarde, maire de Toulouse, s'est empressé de nous faire fournir, avec l'obligeance qui le distingue, les documens nécessaires à notre travail, et que renfermaient ses bureaux. Il a senti combien cette entreprise était intéressante pour la ville qu'il administre à l'avantage du public et à la satisfaction du gouvernement qui lui en a donné naguère d'éclatans témoignages.

Nous ne pouvons assez nous louer de l'obligeance avec laquelle MM. Jamme et d'Auzat, conservateurs des deux bibliothèques de la ville, nous ont ouvert les vastes dépôts confiés à leurs soins, et ont cherché à nous faciliter, par leurs indications, des recherches sans cela bien pénibles. Nous devons des remerciemens à ce savant et vertueux Polonais qui, possédant l'urbanité française unie à une vraie science, se cache dans sa modestie, et qui se plaindra peut-être des justes éloges que nous lui donnons. Il serait encore injuste à nous de passer sous silence M. Lacroix, libraire, aussi habile Bibliographe, qu'ami des lettres qu'il a cultivé avec succès. Il nous a constamment offert avec plaisir la nombreuse collection de son magasin, et n'a jamais refusé de nous donner obligeamment des renseignemens, et communiqué des ouvrages que d'autres eussent cachés avec soin, ou fait payer fort cher. Plusieurs autres particuliers, amis des lettres, ont des droits à notre reconnaissance. Nous nous plaisons à la proclamer, et si nous ne citons pas leurs noms, c'est qu'ils nous ont demandé de les taire.

En terminant, nous croyons devoir parler également des soins que l'on a apporté à confectionner la partie typographique de cette Biographie, pour laquelle on a fait fondre des caractères neufs, ne négligeant rien de tout ce qui pouvait servir à sa perfection. On imprime rarement de pareils ouvrages dans la province; tout était nouveau pour ceux qui s'en sont occupés; le corps du dictionnaire, les tables chronologiques présentaient des difficultés que l'intelligence et la bonne volonté ont levé. Il a fallu que les estimables Prote et Compositeurs y apportassent une attention toute particulière; on ne peut leur savoir assez de gré du zèle dont ils nous ont donné de constantes preuves. Ils n'ont pas été rebutés par les obstacles en tout genre que leur présentait le travail confié à leurs mains; eux aussi,

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