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les arrêts, lettres patentes et bulles sur lesquelles ils prétendaient appuyer leurs opérations. Devant une résistance si résolue, les pauvres commissaires durent se résigner au départ. Le cardinal de Rohan-Guéménée, évêque de Strasbourg, prit ses hospitaliers sous sa protection, et leur permit de se recruter par des novices, de sorte qu'ils subsistèrent jusqu'à la révolution.

Dijon fut moins heureux. La connivence du bureau de l'hôpital de la Charité fut la cause qui en amena la perte. Le 17 mai 1768, un traité passé entre M. Bouhier de Lantenay, délégué du Bureau, et le comte de SaintFlorentin, partagea les biens des hospitaliers entre les deux parties l'hôpital s'adjugeait les bâtiments, les fonds et les cens situés à Dijon; l'ordre de Saint-Lazare recevait les domaines plus éloignés et la maison de Fouvent, destinés à former une commanderie. Frère Calmelet s'opposa naturellement à ce partage qui le dépouillait sans même l'entendre. Peut-être, grâce à l'appui du gouverneur de Bourgogne, le marquis de la Tour-du-Pin, baron de Fouvent', aurait-il réussi à l'empêcher, sa vie durant. Mais on lui fit comprendre, dit-il, que, l'extinction de l'Ordre étant inévitable par suite de son défaut de recrutement, il ne lui servirait de rien de se raidir contre les volontés royales, et il finit par consentir au traité, moyennant une pension annuelle de 1500 livres, la jouissance des bâtiments d'habitation, la liberté de finir ses jours au service de l'hôpital, et enfin une pension de 800 livres au frère Petit, son dernier religieux, s'il survivait au commandeur'.

Telle fut la fin de cette belle maison hospitalière de Dijon, où pendant cinq siècles les disciples de Gui de Montpellier avaient répandu à pleines mains les bienfaits.

'D. Calmelet, chap. VII.

⚫ Calmelet était originaire de Fouvent, où sa famille avait eu pendant plus d'un siècle la justice de cette baronnie (Ibid.)

D. Calmelet, ibid.

La dernière satisfaction du bon commandeur, frère Calmelet, après plus de trente ans de service, fut de penser que les biens de sa chère maison continueraient à servir au soulagement des pauvres et des orphelins, selon le but des fondateurs; car l'hôpital de la Charité, issu du SaintEsprit, héritait de ses œuvres de miséricorde.

Dans la Franche-Comté, l'extinction des religieux ne fut due, ni à l'ordre de Saint-Lazare, ni à la bulle de Clément XIII, qui furent impuissants, mais uniquement à l'interdiction qui leur avait été faite de recevoir des novices. Par suite de cette interdiction, la maison-mère de Besançon fut obligée, par le défaut de sujets, de renoncer successivement à la direction de tous les hôpitaux de la province.

A Poligny, après la mort de frère Jean-Baptiste Bas (1756), il n'y eut plus qu'un administrateur ecclésiastique, pris dans le clergé de la ville. Un prêtre séculier avait également succédé, en 1760, à frère Mathieu Guillemin, commandeur de Neufchâteau; l'année suivante, mourut frère Jacques Jacob, qui avait été recteur de Vaucouleurs pendant plus de quarante ans. Jean-François Bullet, frère du célèbre érudit, travaillait lui-même depuis dix-neuf ans à rebâtir son hôpital d'Arlay, lorsqu'un jour, en 1759, on le trouva sans vie dans la carrière de son enclos; une grosse pierre l'avait écrasé. Frère Archimbaud, trentehuitième et dernier recteur de Gray, mourut en 1771; toute la ville, par l'organe de ses magistrats, « rendit un respectueux hommage à sa mémoire, à ses vertus et au soin tout particulier qu'il avait des enfants trouvés 3. » Enfin, à Besançon, les religieux s'étaient éteints peu à peu, le vieux commandeur, Nicolas Bardenet, finit par demeurer seul. Trop infirme pour pouvoir suffire au service spirituel de l'hôpital, il fit abandon de ses droits à la mense conven

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J. Gauthier, Notice hist. sur l'hôpital de Gray, p. 32.

tuelle, moyennant une pension de 1500 livres, et se retira à Tours (1772), où il mourut en 1780 '.

Ainsi finit en France, dans sa branche masculine et principale, cet ordre si longtemps illustré par sa splendeur et surtout par ses bienfaits. Les rois de France, ses protecteurs naturels, furent la première cause de sa décadence, en le séparant de son chef, le grand maître romain; car, relâcher les liens de l'obéissance, c'est ouvrir la porte à tous les désordres. Quand, plus tard, les maisons demeurées fidèles prirent à cœur de relever les ruines accumulées par le protestantisme et les milices d'aventuriers, la même cause vint paralyser tous leurs efforts. Sans chef, inhabiles à combattre les intrigues nouées à la cour, ils étaient condamnés à succomber. Et Louis XV, en défendant à l'Ordre de se recruter, le frappa au cœur, bien plus sûrement que lorsqu'il le livra, vingt ans après, aux chevaliers de Saint-Lazare et du Mont-Carmel.

Cependant, hâtons-nous de le dire, notre ordre ne périt pas tout entier, et les hôpitaux de Lorraine et de FrancheComté ne cessèrent point de jouir de ses bienfaits: nous allons voir les sœurs du Saint-Esprit, demeurées seules, continuer courageusement la mission de charité qu'auparavant elles partageaient avec leurs frères.

A. Castan, Notice, II, p 190.

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MAISON-MÈRE DES SCURS DU SAINT-ESPRIT, A POLIGNY

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