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De mon fils déchiré fuir la sanglante image.
Confus, persécuté d'un mortel souvenir,
De l’uinvers entier je voudrais me bannir.
Tout semble s'élever contre mon injustice ;
L'éclat de mon nom même augmente mon supplice :
Moins connu des mortels, je me cacherais mieux.
Je hais jusques aux soins dont m'honorent les dieux;
Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières,
Sans plus les fatiguer d'inutiles prières.
Quoi qu'ils fissent pour moi, leur funeste bonté
Ne me saurait payer de ce qu'ils m'ont Oté.

PHÈDRE.
Non , Thésée, il faut rompre un injuste silence;
Il faut à votre fils rendre son innocence :
Il n'était point coupable.

THÉSÉE.

Ah! père infortuné!
Et c'est sur votre foi que je l'ai condamné!
Cruelle! pensez-vous être assez excusée...

PHÈDRE.
Les moments me sont chers; écoutez-moi, Thésée :
C'est moi qui, sur ce fils chaste et respectueux,
Osai jeter un vil profane, incestueux.
Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste :
La détestable OEnone a conduit tout le reste'.
Elle a craint qu'Hippolyte , instruit de ma fureur,
Ne découvrit un feu qui lui faisait horreur :
La perfide , abusant de ma faiblesse extrême,
S'est hâtée à vos yeux de l'accuser lui-même.
Elle s'en est punie, et, fuyant mon courroux,
A cherché dans les flots un supplice trop doux.
Le fer aurait déjà tranché ma destinée ;
Mais je laissais gémir la vertu soupçonnée :
J'ai voulu, devant vous exposant mes remords,
Par un chemin plus lent descendre chez les morts.
J'ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veines
Un poison que Médée apporta dans Athènes.
Déjà jusqu'à mon cæur le venin parvenu
Dans ce cæur expirant jette un froid inconnu;
Déjà je ne vois plus qu'à travers un nuage
Et le ciel et l'époux que ma présence outrage;
Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté,
Rend au jour qu'ils souillaient toute sa pureté.

1 « Elle a combattu sa funeste passion , et n'a cédé qu'aux artifices de sa nourrice. » (Eurip , v. 1295.) C'est Diane qui parle ainsi après la mort de Phèdre, et elle rend justice à la victime de Vénus. Ici Phèdre n'est pas sincère en accusant de tout Enone, quand elle a fait elle-même l'aveu de sa passion à Hippolyte, et qu'après le retour de Thésée, elle a dit

te: Fais ce que tu voudras , je m'abandonne à toi.

sa

542
PHÈDRE, ACTE V, SCÈNE VII.

PANOPE.
Elle expire, seigneur!

THÉSÉE.

D'une action si noire Que ne peut avec elle expirer la mémoire ! Allons, de mon erreur, hélas ! trop éclaircis, Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils! Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste, Expier la fureur d'un veu que je déteste : Rendons-lui les honneurs qu'il a trop mérités; Et pour mieux apaiser ses mânes irrités, Que, malgré les complots d'une injuste famille, Son amante aujourd'hui me tienne lieu de fille !

FIN.

ESTHER

TRAGÉDIE

TIRÉE DE L'ÉCRITURE SAINTE.

1689

PRÉFACE.

La célèbre maison de Saint-Cyr ayant été principalement établie pour élever dans la piété un fort grand nombre de jeunes demoiselles rassemblées de tous les endroits du royaume, on n'y a rien oublié de tout ce qui pouvait contribuer à les rendre capables de servir Dieu dans les différents états où il lui plaira de les appeler. Mais en leur montrant les choses essentielles et nécessaires, on ne néglige pas de leur apprendre celles qui peuvent servir à leur polir l'esprit et à leur former le jugement. On a imaginé pour cela plusieurs moyens, qui, sans les détourner de leurtravail et de leurs exercices ordinaires, les instruisent en les divertissant; on leur met, pour ainsi dire, à profit leurs heures de récréation : on leur fait faire entre elles, sur leurs principaux devoirs, des conversations ingénieuses qu'on leur a composées exprès, ou qu'elles-mêmes composent sur-le-champ; on les fait parler sur les histoires qu'on leur a lues, ou sur les importantes vérités qu'on leur a enseignées : on leur fait réciter par cour et déclamer les plus beaux endroits des meilleurs poëtes : et cela leur sert surtout à les défaire de quantité de mauvaises prononciations qu'elles pourraient avoir apportées de leurs provinces; on a soin aussi de faire apprendre à chanter à celles qui ont de la voix, et on ne leur laisse pas perdre un talent qui les peut

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