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mette sur la scène que des hommes impeccables; mais je les prie de se souvenir que ce n'est point à moi de changer les règles du théâtre. Horace nous recommande de peindre Achille farouche, inexorable, violent!, tel qu'il était, et tel qu'on dépeint son fils. Aristote, bien éloigné de nous demander des héros parfaits, veut au contraire que les personnages tragiques, c'est-à-dire ceux dont le malheur fait la catastrophe de la tragédie, ne soient ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants ?. Il ne veut pas qu'ils soient extrêmement bons, parce que la punition d'un homme de bien exciterait plus l'indignation que la pitié du spectateur; ni qu'ils soient méchants avec excės, parce qu'on n'a point pitié d'un scélérat. Il faut donc qu'ils aient une bonté médiocre, c'est-à-dire une vertu capable de faiblesse , et qu'ils tombent dans le malheur par quelque faute qui les fasse plaindre sans les faire détester.

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Honoratum si forte reponis Achillem,
Impiger, iracundus , inexorabilis , acer,

Jura neget sibi nata , nihil non arroget armis... ( Ars poet., v. 120.) 2 Aristote, ch. XII de sa Poétique, établit qu'un héros de tragédie ne doit être ni tout vertueux ni tout vicieux, le malheur du méchant n'ayant rien de terrible, et celui de la vertu étant trop douloureux ; et il ajoute : « Il reste le milieu à prendre : c'est que le personnage ne soit ni trop vertueux, ni trop juste; et qu'il tombe dans le malheur, non par un crime atroce ou une méchanceté, mais par quelque faute ou erreur, qui le précipite du faite des grandeurs et de la prospérité, comme Edipe , Thyeste, et les autres personnages célèbres de familles semblables. » (Trad. par l'abbé Batteux.)

SECONDE PRÉFACE.

Virgile au troisième livre de l'Énéide (c'est Énée qui parle) :

Littoraque Épiri legimus, portuque subimus
Chaonio, et celsam Buthroti ascendimus urbem ...

Solemnes tum forte dapes, et tristia dona...

Libabat cineri Andromache, Manesque vocabat
Hectoreum ad tumulum, viridi quem cespite inanem,
Et geminas, causam lacrymis, sacraverat aras...

Dejecit vultum, et demissa voce locuta est :
a O felix una ante alias Priameia virgo,
Hostilem ad tumulum, Trojæ sub mænibus altis,
Jussa mori, quæ sortitus non pertulit ullos,
Nec victoris heri tetigit captiva cubile!
Nos patria incensa, diversa per æquora vectæ,
Stirpis Achilleæ fastus, juvenemque superbum,
Servitio enixæ, tulimus, qui deinde, secutus
Ledæam Hermionem, lacedæmoniosque hymenæos...
Ast

illum, ereptæ magno inflammatus amore
Conjugis, et scelerum Furiis agitatus, Orestes
Excipit incautum, patriasque obtruncat ad aras. »

Voilà, en peu de vers, tout le sujet de cette tragédie; voilà le lieu de la scène, l'action qui s'y passe, les quatre principaux acteurs, et même leurs caractères, excepté celui d'Hermione, dont la jalousie et les emportements sont assez marqués dans l'Andromaque d'Euripide.

C'est presque la seule chose que j'emprunte ici de cet auteur. Car, quoique ma tragédie porte le même nom que la sienne, le sujet en est pourtant très-différent. Andromaque, dans Euripide, craint pour la vie de Molossus, qui est un fils qu'elle a eu de Pyrrhus, et qu'Hermione veut faire mourir avec sa mère. Mais ici il ne s'agit point de Molossus. Andromaque ne connaît point d'autre mari qu'Hector, ni d'autre fils qu’Astyanax. J'ai cru en cela me conformer à l'idée que nous avons maintenant de cette princesse. La plupart de ceux qui ont entendu parler d’Andromaque ne la connaissent guère que pour la veuve d'Hector et pour la mère d'Astyanax. On ne croit point qu'elle doive aimer ni un autre mari, ni un autre fils; et je doute que les larmes d'Andromaque eussent fait sur l'esprit de mes spectateurs l'impression qu'elles y ont faite , si elles avaient coulé pour un autre fils que celui qu'elle avait d'Hector.

Il est vrai que j'ai été obligé de faire vivre Astyanax un peu plus qu'il n'a vécu; mais j'écris dans un pays où cette liberté ne pouvait pas être mal reçue. Car, sans parler de Ronsard, qui a choisi ce même Astyanax pour le héros de sa Franciade ', qui ne sait que l'on fait descendre nos anciens rois de ce fils d'Hector, et que nos vieilles chroniques sauvent la vie à ce jeune prince, après la désolation de son pays, pour en faire le fondateur de notre monarchie?

Combien Euripide a-t-il été plus hardi dans sa tragédie d'Hélène! Il y choque ouvertement la créance commune de toute la Grèce : il suppose qu'Hélène n'a jamais mis le pied dans Troie; et qu'après l'embrasement de cette ville, Ménélas trouve sa femme en Égypte, dont elle n'était point partie; tout cela fondé sur une opinion qui n'était reçue que parmi les Égyptiens, comme on peut le voir dans Hérodote.

Je ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple

1 Ronsard n'a pas achevé cette malheureuse épopée, écrite en vers de dix syllabes. On peut lire l'analye des quatre chants qu'il a composés, p. 91, t. III du Plutarque français.

d'Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai prise. Car il y a bien de la différence entre détruire le principal fondement d'une fable et en altérer quelques incidents, qui changent presque de face dans toutes les mains qui les traitent. Ainsi Achille, selon la plupart des poètes, ne peut être blessé qu'au talon, quoique Homère le fasse blesser au bras, et ne le croie invulnérable en aucune partie de son corps. Ainsi Sophocle fait mourit Jocaste aussitôt après la reconnaissance d'OEdipe, tout au contraire d’Euripide, qui l'a fait vivre jusqu'au combat et à la mort de ses deux fils. Et c'est à propos de quelques contrariétés de cette nature qu’un ancien commentateur de Sophocle remarque fort bien' « qu'il ne faut point s'amuser à chicaner les poëtes pour quelques changements qu'ils ont pu faire dans la fable; mais qu'il faut s'attacher à considérer l'excellent usage qu'ils ont fait de ces changements, et la manière ingénieuse dont ils ont su accommoder la fable à leur sujet. »

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PERSONNAGES.

ANDROMAQUE, veuve d'Hector, captive de Pyrrhus.
PYRRHUS, fils d’Achille, roi d'Épire.
ORESTE, fils d’Agamemnon.
HERMIONE, fille d'Hélène, accordée avec Pyrrhus.
PYLADE, ami d'Oreste.
CLÉONE, confidente d'Hermione.
CÉPHISE, confidente d’And que.
PHOENIX, gouverneur d'Achille, et ensuite de Pyrrhus,
Suite d'Oreste.

La scène est à Buthrote, ville d'Épire, dans une salle

du palais de Pyrrhus.

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