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Muna e -

PRÉFACE
DE LA PREMIÈRE ÉDITION,

12-1-58

PUBLIÉE EN 1820.

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Plusieurs grands critiques ont commenté Racine; c'est cependant de tous nos poëtes celui dont l'intelligence est la plus facile : comme il parle toujours au coeur, il est toujours entendu. Mais il a introduit dans la langue un si grand nombre de locutions nouvelles; sa poésie, riche, hardie, est tour à tour si simple et si sublime; il y a tant de force dans la conception de ses plans, dans le développement de ses caractères, que souvent, au milieu de l'admiration qu'il inspire, nous sentons le besoin d'un guide qui nous révèle les secrets de son génie. Les observations qu'on nous présente sont-elles neuves, elles nous instruisent; se rencontrent-elles avec les nôtres, elles les confirment; et, dans tous les cas, notre goût s'éclaire, notre style se perfectionne, et notre intelligence s'agrandit ; car tel est toujours l'effet d'une étude approfondie de Racine. Pénétré de cette vérité, nous avons relu plusieurs fois ses ouvrages comme lui-même lisait ceux des grands écrivains de l'antiquité, un crayon à la main. L'examen du poëte nous a conduit naturellement à l'examen de ses commentateurs, puis au choix de leurs observations, puis enfin à l'étude des auteurs anciens, dont la présence , si l'on peut s'exprimer ainsi, se fait sentir à chaque page de l'auteur moderne. Telle est l'origine du travail que nous présentons au public. C'est le premier essai d'un Variorum français, où les critiques les plus judicieux viennent tour à tour déposer leur tribut. Séduit par les charmes d'une poésie divine, nous avons été involontairement entraîné à faire un ouvrage de ce qui n'avait d'abord été qu'un délassement d'occupations plus sérieuses.

Parmi les commentateurs de Racine, il en est huit' qui

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I

'Louis Racine, d’Olivet , Desfontaines, Nadal, Luneau de Boisjermain, La Harpe, Geoffroy, M. Fontanier.

RACINE. - T. I,

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ont embrassé la presque totalité de ses oeuvres. Louis Racine est le premier. Non-seulement il a servi de modèle à tous ceux qui ont écrit sur le même sujet, mais encore il est peu d'observations de détail qu'il n'ait au moins indiquées. Luneau de Boisjermain a emprunté à ce premier essai presque tout ce que son travail a de raisonnable. La Harpe et Geoffroy, à leur tour, l'ont souvent copié, en le citant et sans le citer : enfin Louis Racine a recueilli les principaux passages des poëtes anciens qui avaient servi de modèles à son père. Nous ne dirons rien d'une multitude de notes devenues inutiles, parce que leur but était d'excuser ou de condamner des locutions alors nouvelles, et qui sont presque toutes aujourd'hui consacrées par l'usage.

Quant aux critiques générales sur les effets de la scène, sur les convenances théâtrales, Louis Racine ne pouvait être un bon juge. Sa profonde piété ne lui ayant jamais permis d'assister au spectacle, il a dû se tromper souvent. Heureusement La Harpe et Geoffroy ne laissent rien à désirer à ce sujet, et il est rare que leurs décisions n'attestent pas en même temps la délicatesse de leur goût et l'attention qu'ils avaient donnée à cette partie de l'art.

Nous n'entrerons dans aucun détail sur Luneau de Boisjermain; d'autres en ont trop parlé. Non-seulement son commentaire a été critiqué sévèrement, mais on a tenté d'en faire honneur à un jésuite nommé Roger, mort en 1810, et dont M. Simonin a publié quelques fragments sur Molière. Dépouillé de ses notes, Luneau s'est encore vu dépouiller de ses traductions : elles furent attribuées à Blin de Saint-Maur, qui a toujours gardé le silence sur cette accusation. Bref, ce commentateur, ou ces trois commentateurs, nous ont fourni quelques remarques; car leur travail, quoique très-décrié, n'est cependant pas sans mérite.

Les notes de d'Olivet ne sortent pas des limites de la grammaire : la plupart sont justes; elles le seraient toutes , si les règles n'avaient pas été établies depuis que Racine a écrit. Les fautes du poëte appartiennent le plus souvent à son siècle, ses beautés ne sont qu'à lui : il copia les unes et eréa les autres.

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En effet, lorsqu'on voit la multitude de tournures nouvelles dont il a enrichi la poésie, et dont l'usage est devenu vulgaire, on est tenté de croire que Racine a fait une partie de la langue que nous parlons.

Desfontaines n'a pris la plume que pour contredire d’Olivet. Ses raisons sont faibles. Nous avons fondu dans ce commentaire ce qu'il y avait d'intéressant dans ses remarques. Quant à d'Olivet, il méritait un autre sort; et son travail, fait en conscience, se retrouve ici avec quelques légères modifications.

Nous avons fait peu d'emprunts à Nadal, qui ne mériterait pas l'honneur d'être nommé, si La Harpe et Geoffroy ne lui devaient la première idée d'un très-petit nombre de bonnes observations.

Le meilleur commentaire qui ait été publié sur Racine est le La Harpe; mais cet habile critique oublie trop souvent son auteur

pour s'occuper de Luneau; acharné sur lui, comme sur une proie, il relève toutes ses inexactitudes, compte toutes ses fautes, et triomphe sans cesse et sans jamais se lasser de triompher. Cependant, au milieu de ces discussions fastidieuses, on trouve des notes rédigées avec talent, et des jugements dictés par le goût le plus exquis. Ce commentaire, pour être excellent, n'avait besoin que d'être dégagé de toutes les observations étrangères à Racine.

La même édition renferme quelques remarques qui n'appartiennent pas à La Harpe, et dont nous avons profité.

છે Un autre littérateur, qui pendant vingt ans charma l'Europe, dont il dirigeait le goût, Geoffroy, vint se joindre aux commentateurs de Racine. Mais ces badinages pleins de verve, ces critiques légères et piquantes, qu’on admirait chaque jour dans un feuilleton, perdirent tout à coup de leur prix en passant dans un commentaire. Loin d'éviter les défauts de son prédécesseur, il semble vouloir les surpasser; en un mot, il s'attache à la mémoire de La Harpe comme La Harpe s'était attaché à celle de Luneau, et dans cette lutte fatigante il cherche moins à bien juger qu'à contredire les jugements de son rival. De là toutes ses erreurs, et une multitude de

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notes dont le moindre défaut est d'être inutiles. Ainsi notre siècle, comme celui des Scaliger, des Casaubon, des Saumaise, devait offrir deux exemples de cette vérité, que rien n'est plus froid qu’un commentaire , et que cependant rien n'est plus passionné que les commentateurs.

Après avoir fait la part de la critique, il est juste de faire celle de l'éloge. Le travail de Geoffroy, comme celui de La Harpe, n'avait besoin que d'être débarrassé de toutes les discussions étrangères à Racine. On y trouve alors une profonde connaissance des anciens, l'expérience de la scène, des rapprochements heureux, des aperçus neufs, et ce tact fin et délicat qui distingue les critiques habiles.

Les feuilletons de Geoffroy nous ont fourni quelques notes qui ne se trouvent pas dans son commentaire.

Quant aux erreurs de ces deux grands critiques, il est nécessaire de remarquer que La Harpe s'est trompé dans le jugement qu'il a porté d'Esther, comme Geoffroy dans celui qu'il a porté d'Iphigénie. Le premier voulait qu'Esther ne fût pas une tragédie; le second , dans sa prévention pour les Grecs, plaçait l'Iphigénie de Racine au-dessous de celle d'Euripide. La comparaison des deux pièces condamne Geoffroy, sans cependant trop abaisser Euripide.

Il nous reste à parler d'un livre moins connu; c'est celui de M. Fontanier. Le but de cet écrivain étant de rectifier les critiques dont Racine a été l'objet , il a cru devoir recueillir les notes de tous les commentateurs, sans choix, sans ordre, avec les répétitions et les contradictions. Ainsi, dans ce vaste recueil, chaque sujet, après avoir été traité sept ou huit fois, est terminé par une longue note, dans laquelle M. Fontanier juge à son tour tout ce qui vient d'être jugé, et les jugements euxmêmes. C'est donc encore un commentaire sur les commentateurs. On y trouve plus d'instruction que de goût, des dissertations grammaticales très-bien faites, mais noyées dans un fatras scolastique dont il n'est pas facile de les dégager.

Tels sont les commentaires généraux publiés jusqu'à ce jour sur Racine. Nous ne parlerons point des écrivains qui se sont bornés à l'examen de quelques pièces, tels que Subligny,

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