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Rentrés chez eux, les ouvriers s'occupent à des travaux agricoles ou s'emploient à l'industrie dans le bassin de la Meuse. Les chapeliers travaillent à la tâche ou à la journée; leur salaire moyen est, dit la monographie agricole, de 5 à 6 francs par jour (1),

Conclusions.

Nos conclusions ne seront pas longues. Nous tenons, avant tout, à donner des faits. Ceux-ci sont trop peu connus et il n'arrive que trop souvent que des théories sont basées sur une connaissance insuffisante de la situation réelle.

Le lecteur tirera les conclusions lui-même. Qu'on nous perinette cependant de résumer ici notre impression :

La situation économique et sociale de la population agricole de la Hesbaye s'est considérablement améliorée dans le courant du XIXe siècle : au début du siècle, il y avait dans chaque commune deux ou trois riches cultivateurs; actuellement, les moyens et petits cultivateurs sont légion, et le personnel ouvrier agricole vit bien mieux qu'il vivait alors.

Malheureusement, nous ne pouvons pas en dire de même du progrès moral. Nous nous sommes suffisamment expliqués à cet égard.

La Hesbaye a été, jusqu'ici, une région de grande culture. Celle-ci pourra-t-elle y étre maintenue? Bornons-nous à dire que nous espérons que la grande, la moyenne et la petite culture pourront continuer à y subsister; la grande culture a été l'initiatrice du progrès. La petite culture a suivi l'exemple et clle a encore beaucoup à apprendre.

(1) « Nos ouvriers et ouvrières, dit un correspondant de Roclengesur-Geer à la Garette de Liége, trouvent de grands avantages pécuniaires à aller travailler hors frontières, en France surtout, notamment à Paris.

» Les chapeliers gagnant 15 et même 20 francs par jour ne sont pas rares à Paris.

>> Aussi l'appåt du gain décide-t-il, chaque année, des familles entières à aller s'installer dans cette dernière ville. »

D'autre part, elle a trouvé de l'aide dans la grande culture; mais, de plus en plus, celle-ci devra s'industrialiser et avoir à sa tête de vrais agriculteurs industriels et commerçants.

La petite culture progresse en Hesbaye, nous l'avons plus d'une fois constaté. Nous ne voulons reproduire ici que le numéro 28 de la Monographie de la commune de JandrainJandrenouille, exposée au concours agricole de Bruxelles de juillet 1907. Voici comment l'auteur de ces réponses, l'instituteur communal Piersotte, s'exprime : « Les grandes exploitations ont une étendue de 180 hectares, se répartissant en trois fermes, deux de 75 hectares, une autre de 30 hectares. Les moyennes exploitations ont une étendue de 70 hectares dont deux de 20 hectares environ et deux autres 15. Le reste de l'exploitation, soit 500 – (180 + 70) ou 250 hectares, est réparti en trente-deux petites exploitations, qui, en moyenne, ont une étendue de 6 hectares si l'on tient compte des terres occupées par les ouvriers et les autres personnes. En 1880, il у avait trois grandes exploitations, cultivant ensemble 340 hectares environ; de plus il y avait trois exploitations moyennes de 20 hectares chacune. Il restait donc 100 hectares distribués entre les petites exploitations beaucoup moins nombreuses que maintenant ».

Le petit cultivateur travaille parfois trop. Sa situation n'est pas toujours plus enviable que celle de l'ouvrier agricole, mais il est indépendant, et la petite culture peut être pour lui un échelon pour arriver à une situation meilleure.

Au point de vue agricole, bien des progrès sont encore réalisables en Hesbaye, spécialemeut chez le petit cultivateur : les étables pourraient y être mieux organisées, l'air et la lumière y font encore trop défaut, la voussure y constituerait aussi un réel progrès. Les petits cultivateurs pourraient exploiter leur bétail d'une façon plus intelligente : mieux connaitre la valeur de la nourriture, ne pas garder une vache parce qu'elle a été bonne ou parce qu'elle est belle, ils devraient faire un peu plus de commerce de bétail et ne pas se contenter de ce qu'ils ont. Assez souvent il y a, toute proportion gardée, plus de bétail chez les petits que chez les grands cultivateurs. Il est cependant de petits cultivateurs qui pourraient avoir plus d'animaux qu'ils n'en ont.

Le fumier de ferme pourrait être mieux soigné; il est trop facilement lavé par les eaux de pluie, et l'on voit souvent le purin déborder et s'écouler le long de la voie publique!

Les petits cultivateurs emploient comme force motrice leurs vaches, parfois ils ont des bæufs; mais il en est qui croient, à tort, qu'il est plus honorable de cultiver avec des chevaux!

La terre est bien travaillée, mais la fumure est souvent faite d'une façon peu intelligente. On ne connait pas la valeur ni l'emploi des engrais de commerce. Les semences ou les plants sont parfois pris dans le tas, sans un triage préalable.

Enfin, il est à noter que les aufs ne produisent pas grand' chose dans les fermes hesbignonnes.

Surtout les petits cultivateurs pourraient tirer grand profit des associations : associations pour l'achat en commun des engrais et des matières alimentaires pour le bétail, petites assurances mutuelles du bétail, caisses d'épargne et de crédit. Non seulement ces associations leur rendraient service au point de vue économique, mais aussi le caractère hesbignon y gagnerait beaucoup.

L'instruction, en Hesbaye, laisse beaucoup à désirer. Il faut trouver le moyen pour que les enfants aillent plus régulièrement et plus longtemps en classe. Dans certaines communes, il y a des écoles d'adultes, mais elles ne sont pas toujours suffisamment suivies. Le travail ménager, notamment des notions de cuisine, devraient faire partie du programme des écoles primaires de jeunes filles.

Nous avons dit pour la Hesbaye toute l'importance de la culture betteravière. Plus que toutes autres, cette culture dépend de la législation fiscale; il est du plus grand intérêt que l'on puisse continuer à cultiver les betteraves en Hesbaye.

Enfin, rappelons ici que beaucoup de routes, en Hesbaye, sont en très mauvais état. Un des grands services à rendre à l'agriculture, c'est de lui procurer de bonnes routes.

PARTIE SPÉCIALE.

I. — Monographie de la commune de Grand-Jamine,

canton de Saint-Trond, arrondissement de Hasselt (province de Limbourg).

CHAPITRE PREMIER.

Situation et description générale.

Grand-Jamine, en flamand Groot Gelmen, est une commune de 500 habitants, située dans la partie flamande de la Hesbaye, à 6 bons kilomètres de Saint-Trond et à 1 1/2 kilomètre de la chaussée qui, en passant par cette ville, conduit de Bruxelles à Liége. Avant la construction, par les princes-évêques, de celte grande voie de communication, vers 1720, le chemin le plus direct de Saint-Trond à Liége traversait le centre de l'agglomération de Grand-Jamine.

Depuis une cinquantaine d'années, la commune est reliée par une voie carrossable à la chaussée de Liége, qui est desservie, depuis une dizaine d'années, par un chemin de fer vicinal ayant comme points terminus Ans et Saint-Trond. L'accès de la route de Saint-Trond à Tongres et de la halte de Houppertingen (ligne de Tirlemont-Tongres, dont la construction remonte à 1882) fut notablement facilité par la réfection du chemin y conduisant.

La superficie totale de la localité est de 480 hectares situés, en majeure partie, sur le plateau hesbignon qui domine la plaine de Saint-Trond et qui y atteint jusque 90 mètres d'altitude.

Le reste forme une étroite vallée arrosée par les eaux d'une source excellente, située en plein village et se dirigeant vers la rivière La Herck, qui forme, au nord-est, la limite du territoire. La partie nord-ouest et sud-est est accidentée, et la composition du sol s'en ressent; la couche arable n'est que légère et l'on rencontre à peu de profondeur le sable et les cailloux. Quant à la partie ouest et est, elle est presque sans déclivités; aussi la couche arable est-elle composée du meilleur limon hesbayen.

La majeure partie du territoire est mise en culture. L'agglomération située, pour les deux tiers, dans la vallée est entourée de prairies et de vergers qui se continuent dans la vallée et le long de la rivière La Herck.

La température est celle de la Belgique centrale. Beaucoup de pluie, assez peu de gelée et de neige. Parfois des chaleurs suffocantes. Le sol est boueux deux cents jours de l'année; en été, la poussière de lerre forte est intolérable.

Etant donnés la situation et la nature du terrain, on conçoit que les cultures maîtresses soient celles des céréales et de la betterave à sucre. Cependant, vu les bas prix des céréales, leur culture n'est plus pratiquée que pour l'alimentation domestique et celle de la ferme. La betterave et le bétail étant les deux produits les plus rémunérateurs, la culture de la sucrière et des diverses plantes fourragères tend de plus en plus à dominer.

Grand-Jamine, se trouvant à proximité des voies suivies par les troupes de passage, a été souvent pillé par la soldatesque durant les guerres de l'ancien régime. Elle fut soumise à d'énormes impositions au moment des guerres de l'Empire.

La communauté de Grand-Jamine faisait partie du banc de la commune Lossaine de Gelinden, lequel banc ressortissait en appel et demandait la rencharge à la cour de Vliermael (1).

L'autorité du prince-évêque comte de Looz était représentée, tant au point de vue administratif que judiciaire, par le haut drossart de l’Ammenie de Montenaeken (Landdrossartschap van Montenaeken) (?).

(1) V. Rob. CLENs. La Communauté de Grand-Jamine sous l'ancien régime. Ancien Pays de Looz, 1908, pp. 41 et suiv.

(9) Le quartier de Montenaeken comprenait les communes suivantes : Brusthem, Corthys, Halle, Houtain-l'Evêque, Montenaeken, Walsbetz; Wezeren, Bouckhout, Engelmanshoven, Gelinden, Grand-Jamine, Hal

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