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times par 100 litres de lait livrés, on peut dire que le lait est travaillé gratuitement et que les sous-produits couvrent, à eux seuls, les frais généraux de l'usine. Pendant l'année 1903, les quarante-cing coopérateurs appartenantà la commune de GrandJamine ont livré 289,058 kilogrammes de lait, dont le rendement en beurre leur a été payé fr. 22,142.80. Il n'est plus de cultivateur qui pratique d'une manière ordinaire l'engraissement du bétail : seul un propriétaire foncier exploite aussi des prairies. Le cultivateur ne se débarrasse que du bétail qui ne peut lui servir ni à la production du lait, ni à la reproduction de l'espèce, et très souvent il trouve plus d'avantage à s'en défaire à l'état maigre (1).

Porcs. - L'élevage du porc se fait en grand, il n'est pas une exploitation, si petite soit-elle, qui ne possède quelques porcs reproducteurs.

Dans les grandes fermes, on ne fait que l'élevage des nourrains, qui sont vendus à 7 ou 8 semaines; chez l'ouvrier et le petit cultivaleur, le porc est conservé plus longtemps; les jeunes truies sont vendues pleines. Les marchés de Tongres et de Saint-Trond sont très importants et très réputés au point de vue de la vente des jeunes porcelets de Hesbaye, qui sont dirigés ensuite vers les régions d'engraissement. Le type le plus commun est le Yorkshire croisé avec les anciennes races indigènes.

Ajoutons que de nombreux porcs sont engraissés sur place pour l'alimentation domestique. La viande de porc forme le fond du régime alimentaire des ouvriers et des cultivateurs

(1) Voici, pour une exploitation moyenne (13 hectares), la statistique du bétail vendu pendant l'année :

a) Un poulain ou jeune cheval;
b) Deux à trois genisses pleines;

Parfois un petit taureau et parfois aussi une vache qu’on élimine pour la remplacer par une génisse pleine;

c) De soixante à cent nourrains.

hesbignons. Au 31 décembre 1905, il y avait dans la commune 3 verrats, 141 truies reproductrices, 90 porcs à l'engrais, 68 porcs de moins de 6 mois et de plus de 2 mois et 190 nourrains de moins de 2 mois. Il serait intéressant d'établir des comparaisons au point de vue de l'importance et de la valeur du cheptel vivant entre des exploitations de même étendue à diverses époques. C'est ainsi que, en 1758, une exploitation d'environ 40 hectares possède 5 vaches, alors qu'une ferme à peu près de même étendue (39 hec. 18 a.) en possède 6, plus 5 têtes de jeune bétail en 1846. En 1905, une exploitation de 44 hectares 50 ares possède 11 vaches plus 2 taureaux et 19 têtes de jeune bétail (1).

La statistique ne nous renseigne pas le nombre de chevaux que comprenait l'exploitation de 1758; celle de 1846 en utilisait 4, elle possédait, en outre, 4 jeunes chevaux et poulains de moins de 3 ans. L'exploitation un peu plus importante que nous relevons dans la statistique de 1905 ne compte pas moins de 7 chevaux de plus de 3 ans et 7 jeunes chevaux et poulains (2).

Il est à remarquer qu'un élément jadis important dans le cheptel vivant d'une ferme, le mouton, a complètement disparu. Il n'était pas de ferme qui n'eût un troupeau de moutons et cela se conçoit : la vaine påture existait encore, en maints endroits une certaine quantité de terrain était chaque année en jachère; les terrains moins bien cultivés étaient parfois, après l'enlèvement de la récolte, envahis par les herbes; les talus des multiples chemins creux étaient recouverts d'un épais gazon; il y avait ainsi tout ce qui était nécessaire à

(1) Faisons observer que la statistique de 1758 ne renseigne pas le jeune bétail.

(*) La statistique de 1758 ne nous renseigne pas au sujet des pores. En 1846, l'exploitation de 39 hectares 18 ares en possédait 22, tous àgés de plus de 2 mois. En 1905, l'exploitation de 44 hectares en comptait dix-huit âgés de plus de 2 mois et onze nourrains ågés de moins de 2 mois.

l'alimentation du troupeau. Aussi la statistique de 1756 nous renseigne-t-elle l'existence de petits troupeaux de moutons dans quatre exploitations.

Celle de 1846 relève des troupeaux importants dans trois exploitations (1) de culture extensive & jachères considérables.

Aujourd'hui, la culture intensive, la disparition des talus gazonnés, la dépréciation de la valeur de la laine par suite de l'introduction des laines étrangères ont fait abandonner complètement l'élevage du mouton. Sauf un cultivateur qui possède un troupeau d'une cinquantaine de têtes, personne ne s'occupe plus actuellement de cette branche de l'industrie agricole.

La valeur du cheptel vivant était autrefois insignifiante, un bon étalon se vendait 600 à 700 francs vers 1838, un poulain 150 à 200 francs, une génisse 70 francs. Nous l'avons vu par les chiffres du recensement de 1846, une exploitation d'une quarantaine d'hectares ne possédait pas plus de trois ou quatre vaches laitières et une couple de génisses, tandis que, actuellement, des exploitations de quatre à cinq hectares comptent jusqu'à cinq têtes de bétail. Pour donner une idée de la valeur d'une tête de bétail à l'heure actuelle, qu'il me suffise de dire que la valeur moyenne par tête assurée à l'assurance mutuelle locale du bétail est de 413 francs.

Cultures et industries accessoires.

Ariculture.- L'aviculture n'est guère pratiquée dans la commune d'une façon rationnelle. Le paysan attache trop peu d'importance à cette branche de son industrie; il possède bien un certain nombre de pondeuses, mais il s'inquiète en général

(* Jean ..., 87 moutons; Sm..., 55 moutons; Perre Gr..., 50 montons.

assez peu de rechercher quelle est la race la plus productrice dans la région qu'il habite. En été, les œufs sont généralement employés dans le ménage ; ils y remplacent de temps en temps la viande au second déjeuner. Pour le surplus et particulièrement en hiver, lorsqu'ils sont chers, ils sont vendus aux messagers qui les écoulent au marché de Liége, ou bien encore échangés contre d'autres denrées chez les petits détaillants de la localité.

Du temps où le lait était traité sur place, la fermière se rendait aux marchés de Tongres et de Saint-Trond pour vendre beurre et eufs, d'où énormes pertes de temps et même d'argent : fort souvent, en effet, son beurre n'arrivait point au marché, elle avait la faiblesse de le céder à l'une ou l'autre négociante accorte et très soucieuse surtout de ses intérêts à elle, qui l'arrêtait au passage et la payait en marchandises; et si même elle écoulait son produit contre numéraire, encore était-elle exposée à la séduction qu'exercent les étalages sur ceux dont la poche est bien garnie. L'engraissement de la volaille est en somme assez peu pratiqué. Il ne porte que sur les jeunes coqs qui ne sont plus d'aucune utilité à la ferme et qui sont achetés par les messagers pour la consommation des villes. Nous serions incomplets si nous omettions de signaler l'élève du coq dit de « bataille », qui est surtout pratiqué par les ouvriers et les petits cultivateurs dont les combats de coqs ont été, jusqu'en ces derniers temps, le sport favori.

Apiculture. Deux ou trois cultivateurs ou ouvriers possèdent des ruches, mais ne vendent pas le miel ; ils se bornent à faire l'élevage d'abeilles et à les vendre ensuite, ils ne possèdent ni ruches ni matériel perfectionnés.

Quelques cultivateurs exercent accessoirement la profession de cabaretier. Un maquignon et un marchand de chevaux s'occupent accessoirement de culture. L'exploitant du moulin à eau cultive des terrains qui lui sont adjoints.

Petits métiers. —Si l'on remonte à la moitié du XIXe siècle,

on trouve signalé, l'existence dans chaque commune, d'un assez grand nombre de petits métiers. Le recensement de 1845 fait mention pour Grand-Jamine, entre autres, de quatre tisserands patrons et d'un ouvrier, de deux tailleurs, d'un ouvrier charron, de deux charpentiers, d'un cordonnier, d'un sabotier et d'un maréchal ferrant. Aujourd'hui, beaucoup de ces métiers ont disparu. Les tisserands à domicile, qui travaillaient la maqière première que leur fournissaient les personnes de la localité, ont été supprimés par la grande industrie textile et par la disparition des bêtes à laine; les petits charpentiers et charrons ont été presque tous éliminés par des entrepreneurs plus importants, s'occupant à la fois de charpenterie, de charronnerie et de menuiserie. Il existe encore actuellement trois ouvriers ou petits cultivateurs effectuant aussi parfois des travaux de menuiserie ou de cordonnerie, mais aucun n'en fait son occupation constante. Le fils du sabotier, que nous signalait le recencement de 1845, a continué le métier, mais il ne travaille que très peu pour la localité. Le gros sabot qu'il fabrique est surtout exporté; on lui préfère ici le petit sabot noir de forme plus élégante.

Malgré la concurrence des magasins de confections de Tongres et de Saint-Trond, trois lailleurs trouvent encore de la besogne dans la commune. Nos paysans ne se laissent pas séduire par le clinquant et le bon marché de l'objet confectionné. Ils préfèrent acheter dans un magasin d'aunages une bonne pièce d'étoffe bien solide et faire confectionner le vêtement sur mesure par le petit tailleur campagnard de leur choix. Ce dernier a d'ailleurs fait parfois son apprentissage en ville, et un journal spécial le tient au courant des coupes nouvelles. On se demandera peut-être comment trois tailleurs trouvent à s'occuper dans une localité de 500 habitants. Certes, s'ils ne devaient effectuer que le travail que leur contient leurs concitoyens, ils resteraient souvent inactifs, mais, jeunes tous trois et assez bien au courant du métier, ils ont gagné des clients dans les villages voisins. L'un ou l'autre d'entre eux a aussi de temps en temps travaillé à domicile pour les grands TOME V. - LETTRES, ETC.

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