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fluence, même au point de vue de ceux qui ne s'adressent pas à ces institutions. Pour arriver encore à placer avantageusement et en toute sécurité leur argent, les capitalistes concédent souvent à ceux qui sollicitent un emprunt la faculté du remboursement par annuités.

Ventes publiques d'immeubles. - Il résulte de notre enquête, qu'à l'inverse de ce qui se passe dans d'autres régions du pays, on n'a à se plaindre d'aucun abus sérieux en matière de vente d'immeubles; tout au plus les acheteurs ou le notaire, en leur nom, sont-ils tenus d'offrir quelques verres aux assistants ; cependant l'usage tend plutôt à disparaitre.

Coutumes successorales. Il existe assez peu d'uniformité en ce qui concerne les coutumes sur cessorales. Il est rare que l'on vende par licitation des biens d'une certaine importance. Dans ce cas, il y a presque toujours partage. Souvent, pour conserver une certaine consistance à la propriété, plusieurs enfants s'unissent et reprennent l'habitation familiale et une notable partie des biens. C'est ainsi que nombre de frères et seurs célibataires continuent à vivre ensemble ou même parfois avec l'un ou l'autre frère marié dont ils adoptent alors pour ainsi dire les enfants. Le système de crédit foncier dont il a été question plus haut encourage singulièrement ces combinaisons de reprise moyennant soulte de l'héritage paternel, le successible se trouvant facilement à même, à moins que la part lui revenant dans la succession ne soit absolument trop réduite, de servir immédiatement la soulte à ses cohéritiers.

Le lopin de terre et la petite maison de l'ouvrier sont encore souvent vendus après son décès, surtout lorsqu'il délaisse beaucoup d'enfants, mais il existe cependant une tendance à la reprise par un seul du petit patrimoine, tendance que la bonne organisation du crédit et les dispositions des lois du 20 novembre 1896 portant modification aux droits successoraux du conjoint survivant et du 16 mai 1900 concernant la reprise de petits héritages ne peuvent qu'encourager.

Droits d'usage, etc. – Il n'existe plus guère en Hesbaye de ces anciens droits, à l'exception toutefois du droit que les habitants possèdent parfois sur des biens communaux. A Grand-Leez notamment, certains biens sont répartis par lotissement entre les habitants. Dans d'autres endroits, les habitants ont le droit vie faire brouter par leur bétail l'herbe de certains prés communaux (brouks en wallon, broeken en flamand). Ailleurs encore, en vertu d'une tolérance, tous les bestiaux du village parcourent les prés non clos après l'enlèvement de la seconde herbe, c'est-à-dire de fin septembre à fin novembre.

CHAPITRE III.

Le Hesbignon.

Dans les chapitres qui suivent, nous traiterons du cultivateur ct de l'ouvrier agricole, spécialement au point de vue des conditions économiques et sociales dans lesquelles ils vivent. Ici nous groupons ce qui caractérise la population agricole de la Hesbaye, surtout au point de vue intellectuel et moral.

Et dès le début, nous devons noter ces paroles de Baudrillard dans la préface de son étude sur Les Populations agricoles de la France : « Les conclusions que je tire ou que je laisse tirer de ces recherches ne sont pas optimistes, si on entend par là des conclusions entièrement satisfaisantes. Le progrès moral n'a pas marché de pair avec le progrès matériel (1) ».

La Hesbaye est essentiellement une région agricole, c'est pourquoi nous avons pu intituler ce chapitre : Le Desbignon. Elle fournit cependant un grand nombre de bras à l'industrie du bassin de Liége et quelque peu à celle du bassin de Char

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leroi. En parlant de l'exode rural, nous aurons à dire quelques mots de cette émigration journalière ou hebdomadaire vers l'industrie, mais ici déjà nous devons la caractériser :

Souvent ces ouvriers migrateurs gardent quelque attache avec la terre ; ils sont fils d'ouvriers agricoles, ils ont un jardin ou un petit champ, parfois ils ne vont pas travailler dans l'industrie sans espoir de retour à la terre; ils reviendront après qu'ils auront amassé un petit pécule, ou après qu'ils auront goûté de cette vie d'ouvrier industriel.

Pourquoi ils quittent la terre ?

Parce que celle-ci n'a pas toujours du travail à leur fournir; parce que l'industrie paie de plus gros salaires; parfois, mais c'est plus rare, parce qu'ils veulent amasser un petit pécule.

L'esprit d'indépendance joue un très grand rôle dans l’exode rural de la Resbaye; ceux qui vont travailler dans l'industrie

et on commence quand on est jeune se soustraient par là au regard continuel des parents, ceux-ci ne savent pas exactement ce qu'on gagne dans l'industrie, s'il n'y a pas de de jours de chômage, et, dès lors, une bonne partie du salaire peut ne pas leur être remis; dans l'industrie, on travaille moins longtemps que ne le font les ouvriers agricoles, on est libre tous les dimanches, parfois le lundi, tandis que les domestiques de ferme sont toujours tenus; il y a un long voyage à faire par chemin de fer jusqu'à Liége; on rencontrera des compagnons et en cours de route et sur le lieu du travail, on s'amusera. Mais quand on demande si ces ouvriers gagnant de plus gros salaires vivent mieux que les ouvriers agricoles restant sur place, la réponse est généralement négative; le coupon du chemin de fer ne coûte pas cher, mais il faut être mieux habillé, on boit plus, on est plus dépensier. C'est surtout au point de vue physique et moral que cet exode vers l'industrie a de mauvaises conséquences : les ouvriers qui y participent, surtout ceux de la partie flamande de la région, sont employés à des travaux durs auxquels ils ne sont pas habitués; ils ne mangent pas convenablement, ne dorment pas assez, devant faire parfois, en dehors du trajet en chemin de fer, une longue

course à pied; bien souvent ils sont usés avant l'âge. La boisson et des excès de toute nature contribuent naturellement à cette « usure »).

Les ouvriers qui ne reviennent chez eux que le dimanche, privés qu'ils sont pendant la semaine de leurs ménages, rapportent parfois chez eux les pires maladies. On nous a cité telle commune où la syphilis précédemment était inconnue et où actuellement même des femmes en sont atteintes. Dans le bassin de Liége, le néo-malthusianisme est très répandu et son programme trouve parmi les ouvriers migratenrs des propagandistes dans notre région agricole.

En voilà assez pour ces ouvriers des campagnes qui vont travailler dans l'industrie ; revenons-en à la population agricole.

Au point de vue du genre de vie, du caractère, des mæurs, il faut distinguer ici les gros fermiers, l'aristocratie de l'agriculture, véritables agriculteurs-industriels, beaucoup en voyage, sortant à cheval et en voiture, allant à la chasse, réalisant le type du gentleman farmer anglais, et d'autre part les ouvriers agricoles et les petits cultivateurs, ceux-ci sortis bien souvent de la classe des ouvriers, et ayant conquis leur indépendace et quelques lopins de terre parce qu'ils ont eu plus de chance que les autres, parce qu'ils ont été plus prévoyants, parce qu'ils ont davantage peiné.

Voyons le portrait du Hesbignon fait par Thomassin au début du XIXe siècle ; nous dirons ensuite s'il est encore ressemblant. Thomassin commence par établir une distinction presque fondamentale entre Wallons et Flamands, « Les habitants de la plaine ou de la Hesbave, écrit-il, forment en quelque sorte deux nations distinctes; ce sont les Flamands et les Wallons, les premiers descendus des anciens Germains, et les autres des anciens Gaulois. La plus grande antipathie et une véritable haine règne entre ces deux peuples confondus dans un très petit espace. La différence du langage et du caractère en est sans doute la principale raison. »

Et il continue, faisant, au physique, le portrait des uns et des autres : « Le Flamand, en général, a le visage plus arrondi et mieux rempli, une belle carnation et des cheveux blonds. L'un et l'autre sexe est enclin à l'embonpoint : l'humidité du climat et la bière dont ils font un usage habituel doivent naturellement l'augmenter.

» La taille des Wallons présente une charpente plus forte, plus de variété dans les traits de la figure et dans la couleur des cheveux et des yeux, les muscles sourciliers très prononcés et presque toujours partagés à la racine du nez. Les enfants naissent tous avec des cheveux plus ou moins blancs tirant sur la couleur de la paille, et prenant avec l'âge toutes les nuances depuis le blond jusqu'au noir (1) ».

« En général, le Wallon, quoique intlammable, est difficile à émouvoir, parce qu'il est égoïste, laborieux, sobre, économe et même enclin à l'avarice (2). »

« Le fermier et le cultivateur en Hesbaye se déterminent difficilement à la plus légère dépense pour faire administrer des secours à sa femme, à ses enfants dangereusement malades, et ils prodiguent l'argent dès qu'il s'agit de procurer des remèdes pour leurs chevaux, Jeurs vaches, leurs moutons, etc. (3). »

« Le Hesbanien est le plus dur dans ses termes et le plus grossier dans ses expressions (comparé aux autres habitants du département de l'Ourthe): cela tient au caractère des habitants, en général, les moins polis du département (). »

En traitant de l'état de l'instruction publique avant et pendant la révolution française, Thomassin dit : « Dans aucun département l'instruction n'est plus nécessaire, c'est peut-être l'un de ceux où le défaut s'en fait le plus fortement sentir. C'n septième à peine de la population sait lire et écrire et l'on croit pouvoir assurer que dans ce nombre, il n'y a pas la moitié qui sache plus que signer son nom et qui joigne à ces premiers

(4) Ouvrage cité, p. 214. (9) Ibid , p. 214.

Ibid., p. 216. (5) Ibid, p.-6.

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