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imposant; ce sont des espèces de moines appelés Rhaboans qui sont chargés de l'éducation de la jeunesse dans leurs kioums, ou retraites sacrées : cette éducation est gratuite, et l'on n'y fait aucune distinction entre les enfans des premières classes et ceux du peuple : c'est avec ces élèves que les Rhaboans ont soin de se recruter.

Les Birmans (c'est le nom que Symes donne au peuple d'Ava, que Hunter, comme on l'a vu, appelle Birmahs), en faisant la conquête du Pégu, y ont multiplié les processions, qui déjà y étoient en usage, et que les Indiens en général aiment singulièrement. Les funérailles, la profession monastique, et plusieurs autres cérémonies, en fournissent fréquemment le prétexte.

Ce fut le vice-roi lui-même qui fut chargé de conduire l'ambassade jusqu'à la capitale du royaume d'Ava; elle y trouva une légation chinoise dont elle reçut la visite. Le temps qui s'écoula entre l'arrivée de Symes et l'audience de l'empereur qu'on lui fit long-temps attendre, fut employé par ce chef de l'ambassade à s'instruire de tout ce que le royaume d'Ava pouvoit offrir d'intéressant.

La religion des Birmans est une secte de celle des Hindous. Leur code de loix porte l'empreinte de la plus saine morale. Les peines sont graduées pour le vol ainsi qu'il suit : pour la première fois, on imprime d'une manière ineffaçable, avec de la poudre à canon, sur les deux joues (1) et sur la poitrine du coupable, le mot voleur et le nom de la chose dérobée ; mais si sa valeur excède la somme de cent ; livres sterlings, ou si le vol a été accompagné de muti

(1) Au rétablissement de la peine de la marque en France, on a opposé que cetle flétrissure ineffaçable avoit l'inconvénient d'ôter aux coupables toute espérance d'être réintégrés un jour dans la société sans aucun vestige subsistant d'infamie, et qu'elle les affermissoit en quelque sorte par-là dans la route du crime. Celle considération n'a pas prévalu, et peut-être n'a pas dû prévaloir sur la nécessité d'imprimer aux criminels une tache indélébile, dont l'opprobre toujours subsistant pût épouvanter ceux que la crainte

lation ou de meurtre, alors il emporte la peine de mort. Quelque médiocre que soit la valeur de la chose volée, à la récidive on coupe le bras du voleur. A la troisième fois, dans ce cas-là même on lui tranche la tête, ce que les bourreaux birmans, observe Symes, exécutent avec une singulière adresse.

Toutes les fois qu'il s'agit d'une peine capitale, les vice-rois des provinces et les chefs des quatre jurisdictions de la capitale, sont tenus de transmettre par écrit au conseil d'Etat l'instruction du procès et leur opinion. Après un examen bien approfondi, ce conseil fait son rapport à l'empereur qui ordonne la punition ou fait grace. Toutes les affaires du royaume peuvent être portées à ce conseil, mais cette mesure occasionne de grands frais, dans lesquels il faut compter la rétribution des avocats, qui, au nombre de huit seulement, peuvent plaider devant le conseil : il y en a un très-grand nombre de répandus dans l'empire, pour diriger les parties dans leur défense.

L'administration publique a paru à Symes très-bien ordonnée à Ava. L'hiérarchie des rangs et des places est marquée, soit par l'habillement, soit par quelque ornement extérieur. Le gouvernement birman ne reconnoît ni emplois, ni dignités héréditaires : à la mort du titulaire, tout retourne à la couronne.

Les magasins royaux renferment jusqu'à vingt mille fusils pour les déprécier, Symes observe que ce sont

de la simple exposition sur la place publique n'auroit pas le pouvoir d'arrêter sur la pente du crime: mais la latitation de la marque qui s'imprime simplement sur les épaules, a l'effet fâcheux de ne pas tenir en garde les hommes honnêtes contre les individus qui ont été flétris par la justice; on avoit donc proposé dans quelques écrits, d'infliger d'une manière ostensible la peine de la marque : c'est ce qui se pratique, comme on le voit, dans le royaume d'Ava.

des armes de manufacture française (1), ou des fusils de rebut des arsenaux anglais dans l'Inde. La partie la plus respectable des forces militaires des Birmans, est leur établissement de chaloupes de mer: cela tient essentiellement à la nature du pays qui s'étend beaucoup sur les côtes, et oblige de diriger vers leur défense les principales forces de l'empire. Chaque ville considérable située dans le voisinage d'une rivière, est tenue de fournir un certain nombre d'hommes et une ou plusieurs chaloupes. On assura à Symes que l'empereur d'Ava pouvoit en très-peu de temps en rassembler jusqu'à cinq cents; elles sont construites avec ce bois de teck dont parle Hunter. Les Birmans sont fort exercés à la guerre qui se fait avec ces chaloupes, et leur attaque est très-impétueuse ils cherchent toujours à en venir à l'abordage, et déploient beaucoup de courage, de force et d'agilité.

les

Les Birmans ont beaucoup de ressemblance avec les Chinois, pour usages et les moeurs. Symes entre à cet égard dans un grand détail, qui n'est pas susceptible d'un simple apperçu. Quant à la population de l'empire, îl la porte, sans y comprendre celle de l'Aracan, qui fait partie de l'empire, à plus de quatorze millions d'habitans, et en y comprenant l'Aracan, il l'estime au moins de dix-sept millions. Telle est l'importance du royaume d'Ava, dont le nom nous étoit à peine connu avant la relation de Symes. Malgré cette grande population, on ne connoît la mendicité dans aucune partie de l'empire: cela seul peut donner une haute idée de la bonté de l'administration.

Après beaucoup de dégoûts que Symes eut la prudence de dévorer, il parvint à faire avec l'empereur un traité de commerce, dont les principaux objets sont, 1°. de tirer du Pégu des approvisionnemens réguliers de bois propre à la

(1) Les Anglais, dans leur métropole même, ont-ils des armes à feu supérieures à celles qui sortent de la manufacture de Versailles et de plusieurs autres?

construction des vaisseaux, et sans lesquels la marine anglaise de l'Inde ne pouvoit être que très-bornée, les bois indigènes du Bengale n'étant pas propres au service (1); 2°. de faire passer à Ava et au Pégu autant de marchandises anglaises qu'il en faut pour la consommation des habitans, et de se ménager des débouchés pour ces mêmes marchandises au nord-ouest de la Chine, par la grande rivière d'Ava; 3o. de surveiller avec soin les mouvemens que pourroient faire des nations étrangères, pour détourner le commerce dans d'autres canaux, et obtenir un établissement dans un pays si voisin de la capitale des possessions anglaises dans l'Inde.

Les deux descriptions qui forment un appendice à fa relation de Symes, mais sur-tout celle des ruines de Mavali-Pouram, qui paroissent être les restes d'une grande cité détruite depuis plusieurs siècles, sont de nature à exciler et à satisfaire la curiosité des lecteurs.

ROYAUME DE SIAM.

1

RELATION du royaume de Siam, par Joost Schutten, traduite du hoilandais par Melchisedech The

venot.

Cette relation se trouve dans sa Collection (partie 1re).

(1) Plus d'une fois les papiers publics ont parlé des grands avantages que, pour leur "marine de l'Inde, les Anglais retirent des bois du Pégu, depuis la conclusion de ce traité. Si l'événement suivant, annoncé récemment dans les journaux, est bien constaté, et qu'il ait les suites qu'on doit en attendre, la compagnie anglaise sera obligée de traiter, pour le commerce au Pégu, avec une nouvelle puissance.

« Une lettre datée de Madras du 12 janvier 1803, porte qu'un » corps de cinq mille insurgés de la Cochinchine, ayant envahi >> le Birman', le neveu du roi marcha contre eux à la tête de deux >> mille cavaliers et de cinq mille fantassins. Le combat ne fut >>> pas long : le neveu du roi eut la tête emportée d'un coup de >canon, et les soldats s'enfuirent, en laissant une centaine des » leurs sur le champ de bataille.

Les relations ultérieures nous ont donné beaucoup plus de lumières sur cette contrée que la relation de Schutten, qui remonte à l'année 1634, et même aux années antérieures.

RELATION historique du royaume de Siam, par Delisle. Paris, Delaques, 1684, in-12.

RELATION de l'ambassade du chevalier de Chaumont à la cour de Siam, avec figures. Paris, Seneuse, 1687, in-12.

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La même, traduite en hollandais. Amsterdam, 1687, in-4°.

JOURNAL du voyage de l'abbé de Choisy à Siam, Paris, Cramoisy, 1687, in-4°.

- Le même, ibid.; Amsterdam, 1687; Trévoux, 1741, in-12.

Ce journal est écrit avec beaucoup d'agrément; c'est son seul mérite, car il est fort superficiel, et ne renferme sur le royaume de Siam que quelques particularités d'un assez médiocre intérêt.

PREMIER VOYAGE de Siam des PP. Jésuites envoyés par le Roi aux Indes et à la Chine, avec leurs observations astronomiques et leurs remarques de physique, de géographie, d'hydrographie et d'histoire (rédigé par le P. Tachard).—Second Voyage du P. Tachard et des Jésuites envoyés par le Roi au royaume de Siam, contenant diverses remarques d'histoire, de physique, de géographie et d'astronomie, avec figures. Paris, 1686 et 1689, 2 vol. in-12.

-Les mêmes, traduits en hollandais. Utrecht, 1687, in-4°.

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